EuroMillions : Comment j’ai perdu 30 euros en misant sur l’IA pour gagner le jackpot

A la base, utiliser l’intelligence artificielle pour tenter de forcer la chance à l’EuroMillions me semblait être une bonne idée. Je ne suis pas un joueur régulier et je n’ai pas de combinaison fétiche, alors pourquoi pas confier à plusieurs IA la tâche de trouver les numéros qui me rendraient riche grâce aux statistiques ? L’analyse de données, les stats, les probas… on pouvait espérer que ChatGPT et ses petits copains savaient gérer. Mais ça, c’était avant de me rappeler que ce même ChatGPT n’avait même pas été fichu de me donner l’heure.
Mardi, FDJ United a mis en jeu un faramineux jackpot de 217 millions d’euros à l’EuroMillions (il est monté à 243 millions ce vendredi !). Pour l’expérience et par appât du gain, j’ai donc demandé à ChatGPT, Grok, Perplexity et DeepSeek de m’aider à rafler la mise. Aux quatre, j’ai donné le même prompt : « En te basant sur les résultats historiques et les statistiques disponibles auprès de la FDJ ainsi que sur ta propre analyse, donne-moi trois grilles différentes à jouer pour le tirage de l’EuroMillions. Je veux ta propre analyse en fonction des probabilités, pas en te basant sur les pronostics de sites spécialisés ».
Mêmes méthode, résultats différents
Toutes les IA ont bossé la question de la même manière, chacune produisant une grille avec les numéros « le plus souvent sortis » depuis le début du jeu, une autre avec les numéros « qui ne sont pas sortis depuis longtemps », et une dernière en répartissant de manière « équilibrée » les numéros « chauds » et « froids ». Pour le 3e point, Grok a fait un peu de freestyle, me sortant une grille en « approche semi-aléatoire avec écart ». Me voilà donc avec mes 12 grilles « made by IA ».
Sauf que j’aurais dû me méfier des signes montrant que l’idée était foireuse. Déjà, je ne suis certainement pas le premier à avoir eu l’idée et si c’était concluant, on le saurait. Ensuite, les soi-disant numéros « stars » n’étaient pas du tout les mêmes d’une IA à l’autre alors que leur base de travail était identique. Et puis, en mode « disclaimer », chacune des IA soulignait le côté aléatoire du tirage et l’absence de garantie de gain. « Ces combinaisons n’augmentent pas vos chances de gagner », m’a même balancé Perplexity. Aveuglé par les 217 millions, j’ai quand même joué les 12 grilles et lâché 30 euros.
C’était écrit : j’ai perdu. Sur les 12 combinaisons, une seule comportait deux bons numéros et une étoile (3-17-23-36-44 *6-*11), me rapportant la somme incroyable de 5,50 euros. Merci Perplexity ! J’en suis donc de 24,50 euros de ma poche sans espoir de passer ça en note de frais.
Hasard ou IA, même combat
Une expérience de lose qui m’a valu un mail amusé de Frédéric Jurie, professeur à l’université de Caen et spécialiste de l’Intelligence Artificielle. Bien aimablement, il m’a expliqué pourquoi ma démarche était vouée à l’échec. Selon lui, « les méthodes d’intelligence artificielle basées sur l’apprentissage statistique s’appuient sur l’analyse des corrélations statistiques entre un très grand nombre d’informations ».
Mais puisque « chaque tirage EuroMillions est effectué avec un jeu de boules neuf », « il n’existe aucun lien statistique entre ce jeu de boules et d’autres informations », déduit le spécialiste. La seule manière qui permettrait à l’IA de trouver d’éventuelles corrélations entre les différents tirages serait d’utiliser les mêmes jeux de boules plusieurs fois. Bref, j’avais autant de chances de devenir millionnaire grâce à ChatGPT qu’en choisissant au hasard des numéros.