Eurobasket : Sortez le pop-corn… France-Espagne en finale, nouvelle page d’une incandescente rivalité

Depuis son canapé à Los Angeles, Nicolas Batum ne rate pas une miette de cet Eurobasket. Le capitaine des Bleus, qui a fait l’impasse sur la compétition pour mieux préparer la saison à venir avec les Clippers, pousse derrière ses coéquipiers, défend les leaders Evan Fournier et Rudy Gobert quand ça tangue… et si on en croit son compte Twitter, passe à deux doigts de l’arrêt cardiaque quand les Bleus reviennent de l’enfer, comme contre la Turquie et l’Italie. Plus serein après la demi-finale totale maîtrise face à la Pologne, le Normand salive déjà de ce qui attend l’équipe de France dimanche : une finale face à cette bonne vieille Espagne, ennemi héréditaire de la nation.

« On se déteste mais on se respecte », résumait Batum avant le quart de finale entre les deux équipes aux JO 2016, qui avait tourné au carnage pour les Bleus (défaite 92-67). Un affrontement parmi tant d’autres dans ce qui constitue la plus grande rivalité du basket européen. C’est bien simple, depuis 20 ans, les deux nations se sont retrouvées face à face dans chaque grande compétition ou presque. Avec en dénominateur commun une ambiance « muy caliente », entre des Français pas toujours très bons perdants et des Espagnols maîtres dans l’art d’en faire des caisses.

Parmi les souvenirs les plus brûlants, on en citera trois :

  • Quart de finale des JO de Londres. Dans un quatrième quart-temps au cordeau, les Bleus finissent par perdre leurs nerfs à force de voir les insupportables Navarro, Calderon et Fernandez flopper (simuler) à tout va, contester, râler, chambrer avant de se cacher dans les jupons de l’arbitre. Batum craque et en colle une à Navarro. « Ça leur donnera une bonne raison de flopper (simuler) », dira l’ailier après cette courte défaite (59-66).
  • Demi-finale de l’Euro 2013. Il y a tout dans ce match, le faux départ des Bleus, le coup de gueule mythique de Tony Parker à la mi-temps (à 31’45 sur la vidéo qui suit), la remontée folle, la balle de match pour l’Espagne, la prolongation et enfin « la plus belle victoire de l’histoire du basket français » (75-72), dixit TP, chef de la rébellion avec ses 32 points. Les Bleus iront ensuite chercher leur premier titre international face à la Lituanie.
  • Quart de finale de la Coupe du monde 2014. L’Espagne, qui a écrabouillé les Bleus en phase de poule (88-64), entend bien remporter son Mondial, disputé à la maison. Mais en quarts, l’équipe de France, privée de Tony Parker, Nando De Colo et Joakim Noah, lui donne la leçon. Le jeune Rudy Gobert écœure Pau Gasol dans la raquette, et les Bleus prennent le large en fin de match. C’est le fameux « THOMAS HEURTEL DONNE-MOI TON SHORT » du commentateur David Cozette, après un shoot stratosphérique à trois points du meneur français pour donner 8 longueurs d’avance aux Français à une minute de la fin. Le pied absolu.

Les Espagnols auront leur revanche un an plus tard, en éliminant la France en demi-finale de l’Euro à Lille. De manière générale, d’ailleurs, la génération Gasol a bien plus souvent botté les fesses des Bleus que l’inverse, et lors de la dernière finale en date entre les deux nations, lors de l’Euro 2011, c’est l’Espagne qui l’avait emporté (98-85). « L’Espagne a la meilleure école de basket, celle qui domine le continent depuis 20 ans, reconnaissait Vincent Collet vendredi, avant de connaître le résultat de l’autre demi-finale. Tout le monde a essayé de lui contester cette suprématie sans toujours y parvenir. »

Certes, en cette année 2022, le paysage a bien changé côté espagnol. Les frères Gasol profitent de la retraite en sirotant des cocktails, Ricky Rubio et Sergio Llull sont blessés. Huit joueurs sur douze disputent là leur premier tournoi international. Heureusement, il y a toujours le vétéran Rudy Fernandez (37 ans), vestige des batailles les plus acharnées et qui voudra perpétuer la tradition, six ans après la dernière confrontation. Mais les Bleus se sont bien échauffés en mordant les mollets des Polonais pendant 40 minutes, et n’ont pas prévu de baisser l’intensité. Surtout pas face aux Espagnols. Un morceau d’histoire va encore se jouer, ce dimanche, à Berlin. Et comme nous tous, Nicolas Batum sera devant sa télé avec le pop-corn.