Euro 2021 : Une partie de « rigolade » ou « le plus grand exploit du foot suisse »… A quoi les Bleus doivent s’attendre face à la Suisse ?

Ça en deviendrait presque une habitude. L’Equipe de France va de nouveau retrouver la 
Suisse sur son chemin, cette fois pour les huitièmes de finale de cet Euro 2021, lundi à 21 heures. C’était déjà le cas à l’Euro 2016, en poules, ainsi qu’à la Coupe du Monde 2014, là aussi en phase de groupe. Cette fois, ce sera pour un match à élimination directe.

Le premier tour des Helvètes a été poussif, avec un match nul contre le Pays de Galles (1-1) lors de la 1re journée, alors qu’ils menaient 1-0, avant de prendre une rouste contre les Italiens (3-0). C’est finalement leur victoire 2-0 contre la Turquie, l’une des équipes les plus décevantes du tournoi, qui leur a permis d’arracher cette 3e place qualificative.

Influences multiples

« Ils ont reçu un torrent de critiques après la défaite contre l’Italie, qui n’étaient pas toutes justifiées, notamment sur l’envie de mouiller le maillot. Mais les joueurs pointés du doigt comme Xhaka ou Shaqiri sont aussi ceux qui ont su élever leur niveau de jeu pour obtenir la qualification », relate David Lemos, qui commente les matchs de la Nati pour la Radio Télévision Suisse.

Ce sont d’ailleurs ces joueurs qui ont apporté une identité à cette équipe. « La Suisse est un pays riche au niveau footballistique avec des influences des championnats voisins : l’Italie, l’Allemagne et la France. Mais aussi à travers l’histoire politique du pays, et l’arrivée de Kosovars et d’Albanais après la guerre de Yougoslavie. Ces joueurs-là, comme Xhaka, Seferovic ou Shaqiri ont apporté une touche latine. Il n’y a pas d’identité suisse à proprement parler, ce sont plutôt des influences multiples », détaille Nicolas Dyon, préparateur physique à l’OGC Nice, et anciennement au Grasshoper de Zurich et à Lugano.

Une influence latine dans le jeu, mais aussi et surtout des résultats dans les grandes compétitions internationales. Les Suisses se sont systématiquement qualifiés pour les huitièmes de finale depuis la Coupe du monde 2014. « Il n’y a que la France et la Belgique qui ont réussi à se qualifier pour les quatre derniers grands tournois, preuve de l’exploit », rappelle David Lemos.

Le plafond de verre des 8es

Sauf qu’ils se heurtent systématiquement à un plafond de verre, une fois qualifiés pour les 8es. « C’est comme s’il y avait un complexe. En 2014 tu perds contre l’Argentine, une grosse équipe, à la 118e minute, en 2016 tu perds contre la Pologne, une équipe à ta portée, aux tirs au but, et en 2018, rebelote, tu te fais éliminer contre la Suède, là aussi une équipe à ta portée. Que tu rencontres une grosse équipe, ou une équipe plus faible, ça ne passe jamais. Franchir cette étape contre la France sera loin d’être facile », rappelle Arnaud Cerutti. Ce dernier, lui aussi journaliste pour la RTS, ne parie pas sur un miracle : « Il y a des risques que la Suisse se fasse totalement manger contre la France, qui est une équipe de grands tournois. Les Bleus peuvent vraiment rigoler contre nous ».

« Le plus grand exploit du football suisse » ?

Pour David Lemos, ce serait justement le bon moment pour, enfin, voir un peu plus loin : « Dans tous les cas ils partent gagnants parce qu’on n’attend pas d’eux une qualification. S’ils devaient passer ce serait le plus grand exploit du football suisse. » Et c’est bien Shaqiri qui pourrait débloquer cette situation. « C’est lui qui a toujours fait passer un cap à cette équipe, en 2014 tu dois gagner le dernier match, il met un triplé, en 2016 tu es mené 1-0 en huitième, il inscrit le plus beau but du tournoi pour égaliser. En 2008, c’est lui qui marque le but de la victoire lors du 2e match de groupe, et cette année c’est lui qui met un doublé pour te qualifier contre la Turquie », liste-t-il.

Le préparateur physique Nicolas Dyon, de son côté, veut croire à une montée en puissance de la Nati. « Elle n’a pas encore montré son vrai visage parce qu’elle n’était pas prête physiquement. Beaucoup de joueurs ont perdu leur poste de titulaire dans leur club, ils n’ont que très peu joué cette saison. Leur condition physique s’améliore au fur et à mesure de la compétition. Donc attention, l’équipe de France doit être méfiante parce que cette équipe peut être redoutable. Tout est possible, surtout qu’ils n’ont rien à perdre, tout le monde les voit déjà éliminés et c’est ça leur plus grande chance », rappelle-t-il.