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Etats-Unis : Trump ne jamais été aussi fragilisé avant l’état de l’union.

Vendredi, la Cour suprême a estimé que la plupart des droits de douane de Donald Trump étaient illégaux. Depuis novembre 2025, le président américain n’est sorti des Etats-Unis qu’à une reprise, lors d’un passage express à Davos.


Dans le jargon, cela s’appelle un week-end particulièrement difficile. Vendredi, Donald Trump a subi son premier désaveu institutionnel majeur, lorsque la Cour suprême a jugé que la majorité de ses droits de douane étaient illégaux. Dimanche, deux nouveaux sondages ont révélé une impopularité croissante du président, avec seulement 39 % d’avis favorable. Ces mauvaises nouvelles arrivent alors que l’homme fort des États-Unis doit prononcer ce mardi son discours sur l’état de l’union – un événement central de la politique américaine où le président présente les perspectives pour l’année – et que les élections de mi-mandat approchent en novembre.

Cette période difficile se reflète également dans son action, de plus en plus restreinte. Au cours de ses premiers mois de mandat, le président émettait plus de trente décrets par mois, tandis qu’il en émet désormais moins de dix mensuels dès sa deuxième année. Concernant la politique étrangère, le constat est similaire. Depuis novembre 2025, le président américain n’a effectué qu’un seul déplacement à l’étranger, lors d’un court voyage à Davos, marqué par plusieurs confrontations avec les Européens. Cela contraste fortement avec les 25 jours passés à l’étranger entre janvier et octobre.

Un style trumpien contre-productif
« Il est désormais très impopulaire sur tous les dossiers », souligne Marie-Christine Bonzom, politologue et ancienne correspondante de la BBC à Washington. Pendant les premiers mois de son second mandat, il avait le soutien d’une majorité, du moins sur les questions d’immigration et de criminalité. « Tout président américain est jugé sur son action mais aussi sur sa gouvernance. Or, le style et la rhétorique de Trump contribuent à lui nuire », ajoute la spécialiste.

Concernant l’immigration, « la majorité des Américains, tant démocrates que républicains, soutiennent l’expulsion des migrants illégaux, mais la méthode utilisée au Minnesota et la mort de deux citoyens américains ont provoqué un rejet important. » Fin janvier, des policiers fédéraux ont abattu, à deux semaines d’intervalle, Renee Good, une mère de famille revenant de l’école, et Alex Pretti, un infirmier, suscitant la colère des citoyens. L’absence de condamnation de Trump concernant les actions de l’ICE ou de la Border Patrol dans ces affaires sensibles a joué contre lui, même au sein de son propre camp.

Evidemment, l’affaire Epstein lui reste également accroché. Donald Trump avait promis en début de campagne de déclassifier les dossiers, affirmant que cela nuirait principalement à des démocrates. Cependant, le président semble réticent à la transparence, et les documents qui sortent le font au compte-gouttes et de façon incomplète, précise Alexis Pichard, enseignant en civilisation étasunienne et chercheur politique.

« S’en tenir à de la politique interne »
La promesse d’une amélioration économique n’est pas non plus respectée : l’inflation augmente et la réforme du One Big Beautiful Bill Act a fait grimper les coûts des assurances santé. « Donald Trump a déçu sa base MAGA. Les droits de douane, l’augmentation du nombre de visas pour les étudiants chinois ou les ingénieurs étrangers qualifiés en informatique, l’intervention au Venezuela ou les projets concernant le Groenland… Pour certains de ses partisans, cela contredit le *America first* », insiste Marie-Christine Bonzom.

Un symbole fort : l’une de ses plus ferventes soutiens, la députée Marjorie Taylor Greene, lui a tourné le dos. Pour regagner le soutien de son camp, Donald Trump « devrait prioriser la politique intérieure », poursuit-elle. Cependant, l’accumulation d’avions près de l’Iran ces derniers jours semble indiquer une direction contraire…

L’échec à venir, simple tradition ou particularité ?
Ce fléchissement pourrait-il coûter cher à Donald Trump lors des élections de mi-mandat ? « Dans un système bipartisan comme aux États-Unis, le mécontentement se traduit habituellement par un vote sanction qui bénéficie à l’autre parti », rappelle Marie-Christine Bonzom. Le président au teint orangé n’est d’ailleurs pas le seul à en faire les frais.

Depuis 1970, seuls deux présidents ont gagné des sièges lors des Midterms : Bill Clinton en 1998 et George W. Bush en 2002, dans un contexte post-11 septembre très particulier. La tradition veut que les présidents échouent, souvent de manière plus ou moins lamentable, lors de ces élections de mi-mandat, les rendant alors des *lame duck* – canard boiteux, terme utilisé pour désigner les présidents de fin de mandat sans grande influence.

Fatalité de la vie politique ?
La cote de popularité de Donald Trump n’est en réalité pas si basse par rapport à celle de ses prédécesseurs. En moyenne, il atteint 42,7 % de satisfaction dans les sondages, soit 7 points de moins qu’en janvier 2025, selon la politologue. Son score reste comparable à celui de ses deux prédécesseurs récents réélus : à la même période de leurs seconds mandats, George W. Bush était à 42,5 % de satisfaits en 2006, et Barack Obama à 44,2 % en 2014. Rien d’extraordinaire.

L’hôte de la Maison Blanche est-il simplement destiné à subir la fatalité de la politique américaine ? Si la défaite est commune à tous, le cas Trump soulève quelques questions uniques. « Généralement, un président est jugé et puni sur son bilan macroéconomique », note Alexis Pichard. Obama, par exemple, a souffert d’un « vote sanction » lors des Midterms de 2010, principalement en raison de l’Obamacare et des aides aux banques. « Là où Trump est évalué sur des questions judiciaires, morales, presque philosophiques concernant « Qu’est-ce que doit être la démocratie américaine ? » » En cas de revers au congrès, le président serait de nouveau sous la menace d’une procédure de destitution.