Etats-Unis : Qu’est-ce que le « Dixie Fire », qui génère son propre climat ?

La saison des incendies est de plus en plus longue et de plus en plus intense chaque année en Californie. 2021 ne fait pas exception avec, notamment, le « Dixie Fire », qui a brûlé des dizaines de milliers d’hectares et est déjà le troisième incendie le plus important de l’histoire de l’Etat. Et ce n’est probablement pas terminé. Il est si puissant qu’il crée son propre climat. 20 Minutes fait le tour de l’incendie.

Qu’est-ce que le Dixie Fire ?

« Dixie Fire » est le nom donné à un incendie géant qui ravage une partie du nord de la Californie située autour du lac Almanor. L’incendie s’est déclenché autour du 14 juillet et a brûlé en trois semaines 110.000 hectares de végétation. Pour vous donner une idée, cela représente quasiment deux fois le territoire de Paris et des trois départements de la petite couronne (Val-de-Marne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis). Ces dernières heures il est devenu le 3e pire incendie de l’histoire de l’Etat. Vendredi soir, quatre personnes étaient portées disparues mais aucun blessé n’était à déplorer, d’après les autorités locales.

Les flammes semblent hors de contrôle et favorisées par des vents continus et bien sûr la chaleur. La petite ville de Greenville, 800 habitants et habitantes, a été rayée de la carte dans la nuit de mercredi à jeudi. Des ordres d’évacuation des habitants, vers l’est, ont été lancés. Sans, toujours, être suivis des faits : « Nous avons des pompiers qui se retrouvent face à des armes braquées sur eux, à cause de personnes qui ne veulent pas évacuer », a expliqué à l’AFP Jake Cagle, chef de section au sein de l’équipe de gestion de crise.

Comment s’est déclenché le Dixie Fire ?

Il y a plusieurs manières pour déclencher un incendie mais il y a toujours des conditions sine qua non, explique à 20 Minutes Florence Vaysse, la référente nationale pour les questions d’incendie de végétation. D’abord il faut du combustible, « c’est-à-dire une végétation sèche, donc une longue période sans pluie ». Ensuite, il faut des conditions météo « favorables ». Il faut réunir trois facteurs : de fortes températures, du vent et une hydrométrie de l’air très basse. « On oublie souvent cette dernière condition or elle est très importante : si dans un secteur vous avez une végétation sèche, de hautes températures, du vent mais 80 % d’humidité dans l’air, il n’y aura pas d’incendie », explique la spécialiste.

La Californie, qui connaît des sécheresses répétées d’année en année, est dans ce cas mais ça ne suffit pas. En France, 90 % des incendies ont une étincelle de départ d’origine humaine, affirme Florence Vaysse. C’est probablement le cas du Dixie Fire aussi. L’enquête reste à faire mais tous les regards se portent vers les lignes électriques qui traversent la forêt. Le maire de la commune voisine de Paradise, ravagé par les flammes du Camp Fire, en 2018, a affirmé à NPR que l’incendie avait commencé au même endroit. Probablement à cause des mêmes lignes défectueuses.

Pourquoi dit-on qu’il « crée son propre climat » ?

Petit ou grand, un incendie, c’est toute une météo. Quand il y a un incendie, il se crée une masse d’air chaud au-dessus. « Comme dans une cheminée, cet air remonte et laisse de la place, ce qui crée un appel d’air », décrit Florence Vaysse. C’est ce qui provoque du vent autour d’un incendie et attise les flammes. Dans le cas du Dixie Fire, l’air chaud a rencontré une masse d’air humide. « A partir de là, c’est un processus classique : de l’air chaud qui rencontre de l’air humide, ça forme un cumulus. » En l’occurrence, un pyrocumulus.

Comme le Dixie Fire est un incendie très intense, il n’a pas créé un pyrocumulus mais un pyrocumulonimbus : un nuage d’orage. Le Dixie Fire a, en quelque sorte, lui-même créé de quoi s’entretenir et se développer, les éclairs étant quasiment la seule cause d’incendie non une humaine, avec les éruptions volcaniques. C’est le scénario du pire : « Les éclairs peuvent créer de nouveaux feux, il y a d’énormes appels d’air qui provoquent beaucoup de vent et peuvent transporter des étincelles incandescentes très loin qui, à leurs tours, peuvent engendrer de nouveaux incendies », décrit la spécialiste de Météo-France.

Comment les pompiers peuvent-ils y mettre fin ?

C’est une véritable armée de pompiers et pompières, 7.500, qui luttent contre les flammes du Dixie Fire. Dans ce combat disproportionné, on ne peut qu’essayer d’éviter le pire, sans toujours réussir, comme avec l’incendie de Greenville. Les services de secours semblent désarmés : « Ce ne sont plus les mêmes incendies auxquels nous étions habitués il y a encore dix ans, explique au New York Times Chris Aragon, le chef des pompiers de Californie. Ils sont si chauds et se propagent si vite. »

Une chose est certaine, à ce niveau d’incendie, les pompiers et pompières n’arriveront pas seuls à maîtriser les flammes. Il leur faudra un coup de pouce du ciel : on parle de la météo. Dans les prochaines heures le vent devrait s’apaiser, paradoxalement l’immense nuage de fumée va donc faire un peu baisser la température au sol, explique le New York Times. Le répit pourrait n’être que de courte durée et l’incendie brûler encore des semaines.