Etats-Unis: Où en est le terrorisme d’extrême droite?

La tuerie d’El Paso — Andres Leighton/AP/SIPA

  • Ce week-end, vingt personnes ont été tuées et 26 blessées à El Paso lors d’une fusillade.
  • Le motif raciste de l’attaque est soupçonné, après la découverte d’un manifeste attribué au tireur évoquant une invasion hispanique.
  • Où en est le terrorisme d’extrême droite aux Etats-Unis ? « 20 Minutes » fait le point.

Ce week-end, vingt personnes ont été tuées et 26 autres blessées à El Paso, petite ville américaine du Texas. Une fusillade qualifiée de « terrorisme intérieur » par le procureur fédéral John Bash, alors qu’ un manifeste, attribué au tueur, évoque « une invasion hispanique du Texas ».

Pete Buttigieg, candidat à la primaire démocrate, a lui parlé d’un « terrorisme nationaliste blanc » plus global à l’échelle des Etats-Unis, mentionnant d’autres fusillades comme celles de Charleston, San Diego, Pittsburgh, visant à chaque fois des minorités ethniques.

Le terrorisme le plus meurtrier des Etats-Unis

Un phénomène qui se répand aux Etats-Unis : « Si on regarde le nombre de morts par l’extrême droite américaine, c’est la principale menace et le mouvement terroriste faisant le plus de victimes », atteste Romain Huret, directeur d’études à l’EHESS et spécialiste des Etats-Unis. Le dernier attentat revendiqué par le groupe Etat Islamique remonte, lui, à 2017, avec la fusillade de Las Vegas.

Un mouvement nationaliste « ancien », note le directeur d’étude, et ayant pris des « formes très variées ». Selon l’expert, il se développe à partir des années 1980, après la guerre du Vietnam. « Les guerres qui vont suivre, notamment celles du Golfe, vont également renforcer la dynamique de ces mouvements », précise-t-il.

De la haine de l’Etat à l’enjeu identitaire

François Durpaire, historien et spécialiste des Etats-Unis, remonte même beaucoup plus loin : « L’histoire américaine est particulièrement marquée par ces questions, avec la ségrégation raciale ou le Klux Klux Klan, on trouve des traces de mouvements suprémacistes blancs à n’importe quel moment de l’histoire du pays. »

Mais depuis une quinzaine d’années, un changement s’opère dans le terrorisme d’extrême droite, notamment sur le côté xénophobe. Pour Romain Huret, « si le mouvement n’est pas neuf, il visait avant principalement l’Etat fédéral. C’était vers lui qu’était dirigée la haine. Depuis le début des années 2000, il y a un intérêt très important sur les enjeux identitaires. Ce changement de priorités et de cibles donne une nouvelle dynamique au mouvement, avec des thèses nationales et internationales comme Renaud Camus, et l’adhésion d’hommes blancs de plus en plus jeunes. »

La race au cœur des Etats-Unis

Il faut dire qu’aux Etats-Unis, les questions raciales restent au cœur des débats, pour des raisons historiques et sociétales. « Les statistiques ethniques n’y sont pas taboues, tous les individus se définissent lors du recensement autour d’une race. La société américaine a donc toujours été extrêmement racialisée », commente Romain Huret.

Des statistiques ethniques et des projections démographiques commencent à faire peur à une partie des Blancs, notamment les prévisions montrant un accroissement du pourcentage d’Hispaniques. « Certes, les Blancs resteront encore le premier groupe ethnique pendant une bonne partie du XXIe siècle aux Etats-Unis, mais il perd de son influence démographique », conclut le directeur d’étude.

Au point de viser des villes comme El Paso, qui a longtemps appartenu au Mexique et qui a toujours eu une population hispanique : « C’est intéressant de voir la manière dont les activistes souhaitent reconstruire un passé blanc mythifié qui n’a jamais existé », analyse Romain Huret.

Donald Trump est-il responsable ?

Un cocktail rendu encore plus explosif avec l’élection de Donald Trump. François Durpaire rappelle que les crimes racistes avaient augmenté le mois suivant l’élection du président milliardaire. Même si l’historien évoque aussi la réponse des pro-Trump « qui disent que les crimes racistes n’ont pas attendu son élection pour avoir lieu. Lorsqu’il y a eu une fusillade à Charleston dans une église noire, le président s’appelait Barack Obama. »

Le mandat de Trump verra-t-il donc un pic de terrorisme d’extrême droite, avant de voir ce mouvement baisser en cas de nouveau président moins clivant sur les questions raciales ? Romain Huret ne se montre pas si optimiste : « Certes, le président américain joue sur cette peur de l’autre et s’adresse aux Blancs « oubliés de l’histoire des Etats-Unis ». Mais même s’il disparaît, son électorat blanc inquiet, lui, restera. Le problème sera donc inchangé. »

Néanmoins, la menace d’extrême droite n’est pas l’apanage des Américains, loin de là. Le terrorisme d’extrême droite n’est pas réductible à Donald Trump, ni même aux Etats-Unis. Selon François Durpaire, « il y a désormais une dimension internationale, comme avec les tueries d’Oslo ou de Christchurch, qui sont des crimes de haine raciales n’ayant rien à voir avec les Etats-Unis. Si le pays à des particularités, le terrorisme d’extrême droite est désormais une composante mondiale ».

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