Etats-Unis : « Donald Trump suscite toujours l’inquiétude pour 2024 », pense Nicole Bacharan

Nous ne sommes même pas un an après sa défaite à l’élection présidentielle américaine de 2020, mais Donald Trump semble déjà de retour dans l’agenda politique. L’a-t-il même quitté ? Oui, tout de même, puisqu’il a été privé de sa caisse de résonance privilégiée sur les réseaux sociaux.

Alors Donald Trump tente un retour par les meetings : il était samedi dernier dans l’Iowa pour soutenir un sénateur républicain candidat à sa réélection lors du scrutin de mi-mandat de novembre 2022. Et l’Iowa, c’est un Etat clé : c’est toujours par cet Etat que commence la campagne des primaires pour la présidentielle. La présence de Donald Trump n’est donc pas un hasard. 20 Minutes a posé la question de l’éventuel retour de l’ancien président à l’historienne Nicole Bacharan, autrice avec Dominique Simonnet de Les Grands Jours qui ont changé l’Amérique (Périn).

Donald Trump est-il est en train de revenir ?

Il essaye de revenir, en tout cas. Mais sa position est très compliquée. Parce que, de ce que j’observe, malgré tout il glisse un peu vers le passé : on sait qu’il n’est plus sur Twitter et franchement les médias ne parlent plus trop de lui. Donc il cherche à exister à travers les meetings parce que, quand il fait des meetings, il se retrouve dans l’ambiance qui lui plaît, avec des gens qui l’adorent, qui l’applaudissent tant et plus. Et puis, du coup, on parle de lui dans les médias. Donc il essaye, mais il me semble que c’est difficile.

Vu de France, depuis qu’il a quitté la Maison-Blanche, qu’il n’a plus accès aux principaux réseaux sociaux, on a l’impression qu’il est un peu tombé dans les limbes. Est-ce qu’on s’est trompés ou est ce qu’effectivement il a du mal à revenir sur le devant de la scène ?

Franchement il a du mal, notamment à cause des lois sur le financement des campagnes : il ne peut pas franchement déclarer dès aujourd’hui sa candidature. Il le fait quand même, mais en utilisant toujours une formule un petit peu ambiguë. Et puis le parti républicain est aussi dans une position très ambiguë à l’égard de Donald Trump : il y a ceux qui se disent que l’avenir, c’est l’électorat de Trump, mais peut-être pas Trump lui-même.

Dans le meeting qui a eu lieu dans l’Iowa, on a vu les figures locales importantes du parti républicain être là et le soutenir… Mais qui, en même temps, pourraient prendre sa place si jamais il ne se présentait pas ou s’il se présentait dans des conditions difficiles. Donc, certes, il a encore la main sur le parti républicain, mais, même parmi ses partisans, beaucoup pensent nettement à l’après Trump. Ils ne veulent pas compromettre leur avenir en se mettant à dos l’électorat de Trump mais ils sont prêts à prendre sa place.

Le parti républicain aujourd’hui, c’est toujours le parti trumpisé qu’on a connu sur la fin de son mandat ?

En grande partie, parce que les méthodes de Trump, les grands thèmes de Trump sont toujours très présents. Une bonne partie des sénateurs sont alignés là-dessus. Beaucoup de choses vont se jouer aux législatives de mi-mandat de novembre 2022, où Donald Trump a fermement l’intention – il a d’ailleurs déjà commencé – à imposer des primaires républicaines aux élus et aux candidats qui ne sont pas alignés sur ses positions, pour leur opposer des républicains à son image : c’est-à-dire des ultra-durs de l’ultra droite. Jusqu’à quel point ça va marcher ? Quels seront les résultats ? Est-ce que l’électorat sera fidèle au rendez-vous ? Ce sera le grand test pour l’avenir politique de Trump.

Pour les démocrates, le retour de Trump c’est une bénédiction dans le sens où ça peut mobiliser leur base ou ils le voient comme un risque ?

Les démocrates voient un vrai risque dans ce retour, d’après les conversations que je peux avoir avec des Américains. Ils sont assez inquiets, parce que le clivage représente aussi pour eux une difficulté pour faire passer le programme législatif de Joe Biden. Tant que tout le monde au parti républicain est pétrifié à l’idée de susciter la colère de Trump et donc de son électorat, personne ne veut prendre le moindre risque d’avoir l’air de soutenir, si peu que ce soit, une politique ou l’autre de Joe Biden. Donc déjà dans l’immédiat ça leur complique la vie. Et en vue de 2024, je ne crois pas que Donald Trump soit vu comme un « bon candidat » pour les démocrates : il fait toujours peur. De par son emprise sur l’électorat et le fait qu’il radicalise l’électorat d’une manière profondément dangereuse pour le pays. Donc non, il suscite toujours l’inquiétude pour 2024.