Etats-Unis : Biden ou Trump, qui risque le plus gros sur les documents classifiés ?

Avec le recul, Joe Biden regrette peut-être d’avoir qualifié « d’irresponsable » l’attitude de Donald Trump avec les informations sensibles. Depuis trois semaines, des révélations au compte-gouttes sur des documents confidentiels retrouvés dans un ancien bureau de Biden et dans son garage font plutôt désordre pour le président américain. Comme pour Donald Trump, le ministre de la Justice a nommé un procureur spécial chargé d’enquêter sur ces ratés. Mais si la menace d’une inculpation est bien réelle pour son prédécesseur, Joe Biden semble, pour le moment, perdre du capital politique.

L’ampleur : Dix fois plus de documents confidentiels chez Trump que chez Biden

Pour Donald Trump, le feuilleton a duré plus de deux ans. Les Archives nationales ont d’abord réclamé et obtenu 15 cartons emportés par les équipes de Trump lors de son déménagement de la Maison Blanche vers Mar-a-Lago contenant 184 documents confidentiels. Les avocats de Trump ont ensuite remis 38 supplémentaires sensibles après une assignation d’un tribunal. Et le FBI, qui soupçonnait qu’il en restait, en a retrouvé 103 autres lors d’une perquisition, dont certains marqués « top secret ». Selon le Washington Post, le plus sensible concernait les capacités nucléaires défensives d’un pays étranger. Au total, cela fait un total de 325 documents « classifiés » problématiques. En tant que président, Donald Trump avait, certes, le pouvoir de déclassifier n’importe quel document mais il ne semble pas avoir suivi la procédure nécessaire – et sa défense d’une déclassification « par la pensée » ne convainc pas les experts juridiques.

Les équipes de Joe Biden ont entrepris un audit l’an dernier. Début novembre, elles ont averti les Archives nationales que des documents sensibles remontant à la vice-présidence de Biden avaient été découverts dans un de ses anciens bureaux au Penn Biden Center, à l’université de Pennsylvanie. Le 20 décembre, les avocats du président ont ensuite trouvé, dans le garage de la maison de Wilmington, « un petit nombre de documents » potentiellement confidentiels, et averti le ministère de la Justice. Le 11 janvier, ces avocats ont mis au jour un document confidentiel, cette fois dans la pièce adjacente au garage de la maison. Le lendemain, l’avocat de la présidence y a découvert les cinq pages supplémentaires. On ignore le chiffre officiel, mais selon CBS, on se situait autour d’une vingtaine de documents, certains « top secret », avant la dernière salve, ce qui ferait un total de 26.

Les risques judiciaires : Biden protégé pendant qu’il est président, Trump face au risque de l’obstruction

Une loi de 1978 oblige les présidents et vice-présidents américains à transmettre, à l’issue de leur mandat, l’ensemble de leurs emails, lettres et autres documents de travail aux Archives nationales. Joe Biden a sous-entendu qu’il ignorait tout de la présence de ces documents, et ses avocats ont assuré qu’ils avaient été déplacés par « inadvertance », et qu’ils collaboraient avec le département de la Justice. Il s’agit d’un point crucial : « le département de la Justice (DOJ) lance rarement des poursuites » quand une infraction à la loi de 1978 est « accidentelle et qu’il n’y a pas d’obstruction », selon Moss. Sans compter que le DOJ considère qu’un président en exercice ne peut pas être inculpé – il peut toutefois l’être rétroactivement à la fin de son mandat.

Donald Trump, lui, ne bénéficie plus de cette protection. Et la perquisition du FBI montre qu’il était visé – avant qu’un procureur spécial ne soit nommé – par une enquête pour rétention « délibérée » de documents classifiés. En clair, l’ancien président est accusé d’avoir volontairement fait transporter ces documents dans ses cartons, et d’avoir refusé pendant 18 mois de les rendre. Des charges, en théorie, chacune passible d’un maximum de 10 ans de prison.

Ce qui est certain, c’est que ces deux enquêtes de procureurs indépendants risquent de peser sur la présidentielle de 2024, alors que Donald Trump s’est déjà lancé et que Joe Biden y réfléchit. Même si techniquement, ni une inculpation, ni même une condamnation, ne peuvent empêcher une personne d’être candidate.