Et si vous partagiez de l’électricité solaire entre voisins ?

A eux cinq, ils pourraient bien inventer un nouveau modèle d’Amap. A la manière des paniers bios entre un agriculteur et un groupe local de consommateurs, des habitants de Simiane-Collongue, un village entre Aix-en-Provence et Marseille, ont décidé de se regrouper pour partager entre voisins l’électricité solaire produite par l’un d’eux. Leur Amep (association pour la mutualisation d’une énergie de proximité) est ainsi née en juillet dernier, avec déjà des résultats visibles sur la facture d’électricité – entre 15 % et 25 % d’économisé sur la période de l’été – même si ce n’est pas leur visée première.

« L’idée m’est vraiment venue en mangeant des raisins », sourit Christophe Brun. La vigne de sa maison, où il s’est installé en famille à l’été 2021, est abondante. Alors tout naturellement, il en donne aux voisins : « Jamais on aurait pensé à leur vendre des grappes. » Pourquoi, dès lors, ne pas faire de même avec le surplus d’électricité solaire produite par les seize panneaux photovoltaïques qu’il a fait installer sur le toit ? « Nous nous sommes dit que ce serait intéressant de tester le partage gratuit, de voir ce que cela donne », poursuit-il.

« Il crée une communauté qui vaut de l’or »

« La base de la transition écologique, c’est le lien social, c’est l’idée qu’ensemble on peut faire des actions concrètes au niveau du territoire », explique Julie Lacombe, cofondatrice de l’Amep avec Christophe Brun, à qui elle apporte régulièrement des confitures de son jardin en troc de l’électricité reçue. « Il n’y a pas de fil électrique entre nos maisons », sourit-elle. La seule contrainte technique est un rayon de 2 km autour de la maison productrice. Après, tout se fait via Enedis qui redirige le surplus d’électricité vers les quatre consommateurs de l’Amep, selon une clé de répartition établie par convention.

Virginie, locataire d’un appartement à Simiane, est l’une des récipiendaires. « Cela m’a intéressée de pouvoir, à mon niveau, participer à un projet autour de la production d’énergie, raconte-t-elle. Je trouve chouette le projet dans sa globalité. C’est l’idée du circuit court, de fonctionner à l’échelle d’un village, de relocaliser l’énergie comme l’alimentation. Cela crée du lien entre habitants. » « Christophe autoconsomme 80 % de sa production, les 20 % qu’il donne représentent quelques centaines d’euro. Pour ce prix-là, il crée une communauté qui vaut de l’or », abonde Julie Lacombe.

« N’importe quel groupe de voisins partout en France »

L’Amep voit d’ores et déjà plus loin. « L’objectif était de tester, on voit que ça marche, avance Flora, membre du groupe consommateur de l’Amep. Dans l’avenir, nous aimerions que l’électricité aille à des personnes en précarité énergétique et des associations. » L’association travaille à les identifier, en espérant un jour pouvoir alimenter la communauté Emmaüs de Plan-de-Campagne, actuellement à l’extérieur du rayon de 2 km. Il faut pour cela recruter de nouveaux producteurs, le bon ratio étant selon l’Amep un producteur pour cinq consommateurs. Plusieurs devraient rejoindre l’aventure en 2023.

L’association a aussi développé une expertise pour le volet administratif du dossier avec Enedis. « Nous avons créé un support qui peut servir à n’importe quel groupe de voisins qui voudraient faire pareil partout en France », indique Christophe Brun, qui a déjà reçu des appels de Valenciennes, Brest, Digne-les-Bains ou encore Dieulefit. « Avec ce projet, on travaille aussi sur la sobriété énergétique, assure-t-il. Quand on s’intéresse à sa consommation, mécaniquement on va la réduire. »