Espagne : Procès, manifestations, prudence des deux camps… Où en est la course à l’indépendance de la Catalogne ?

Image d’illustration du drapeau catalan. — Josep LAGO / AFP

  • Les Catalans sont appelés à battre le pavé, ce mercredi 11 septembre, jour de la « Diada », fête de la Catalogne.
  • Cette fête, récupérée par les nationalistes, est l’occasion de montrer la force de la cause indépendantiste, deux ans après la tentative de sécession avec l’Espagne.
  • « Pour Madrid, le souci est de ne pas rallumer l’incendie avec une action judiciaire vigoureuse », analyse Philippe Moreau Defarges, spécialiste des mouvements autonomistes.

La Catalogne court toujours après son indépendance. Il y a deux ans, la région engageait une épreuve de force avec  l’Espagne, en déclarant unilatéralement son indépendance. Une trahison à la Constitution que n’a jamais pardonnée Madrid. Ce mercredi, les Catalans sont appelés à se mobiliser dans les rues de Barcelone pour la « Diada », jour de fête régionale devenu une nouvelle occasion de réclamer l’indépendance. C’est aussi une manière pour les partis indépendantistes de compter les forces en présence et l’adhésion à leur cause, et pour 20 Minutes de revenir sur les conséquences de ces deux années de bataille.

Pourquoi les Catalans descendent-ils dans la rue aujourd’hui ?

A Barcelone, le jour de la « Diada » commémore, chaque 11 septembre, la chute de la ville en 1714 face aux troupes de Philippe V, lors de la guerre de Succession d’Espagne. La manifestation doit débuter à 17h14, en hommage à cette date. Depuis quelques années, cette fête régionale a été récupérée par les indépendantistes. « La première grande manifestation a eu lieu en 2012, et se répète année après année. Les positions se sont depuis radicalisées. A tel point que les partis pro-Madrid ont signalé qu’ils ne voulaient pas participer à cette fête », raconte Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique Latine et l’Espagne. Le slogan de la Diada 2019 est d’ailleurs on ne peut plus clair : « Objectif indépendance ».

Deux ans après, où en sont les discussions sur l’indépendance de la Catalogne ?

« On observe qu’un calme apparent s’est installé, mais rien n’est réglé », explique Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’IFRI spécialiste des mouvements autonomistes en Europe. « Le désaccord est très profond : la classe politique espagnole a le sentiment d’avoir concédé assez d’autonomie, mais les indépendantistes catalans restent fidèles à leur volonté d’indépendance totale. Les deux parties sont irréconciliables. » Le gouvernement de Pedro Sanchez, en place depuis 2018, a certes tenté d’ouvrir le dialogue. Mais sans succès jusqu’à présent.

Où en sont les poursuites judiciaires contre les indépendantistes ?

Carles Puigdemont est toujours installé en Belgique pour échapper aux poursuites lancées contre lui par la justice espagnole. Celui qui était président de la Catalogne au moment de la tentative de sécession de 2017 a depuis été élu eurodéputé lors des élections du 26 mai.

En Espagne, douze dirigeants indépendantistes sont toujours emprisonnés, pour certains depuis près de deux ans, pour leur rôle dans la tentative de sécession. Ils risquent de lourdes peines de prison, jusqu’à 25 ans dans le cas de l’ancien vice-président régional Oriol Junqueras.

Le nouveau gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, qui assure la transition après la chute de Mariano Rajoy en 2018, doit composer avec cet héritage et juger ces indépendantistes, malgré un réchauffement des relations avec la Catalogne. « Le gouvernement de Madrid ne peut pas renoncer à ces poursuites, car les chefs d’accusation sont synonymes de trahison. Mais elles sont plus ou moins gelées. Rajoy avait été très brutal et la brutalité ne paie pas aujourd’hui. Le gouvernement actuel ne peut que choisir une tactique de prudence. Pour Madrid, le souci est de ne pas rallumer l’incendie avec une action judiciaire vigoureuse », analyse Philippe Moreau Defarges. La réponse de la Cour suprême est attendue en octobre.

Les partis indépendantistes sont-ils toujours unis face à Madrid ?

En 2017, tous les partis indépendantistes avaient fait front commun. Aujourd’hui, les deux principales formations séparatistes, toujours alliées à la tête de la riche région du nord-est de l’Espagne, sont profondément divisées. Une situation qui n’est pas nouvelle. « Ça n’a jamais été l’union sacrée. Il y a une division très profonde qui a toujours existé », rappelle Philippe Moreau Defarges.

« L’indépendance est un projet, mais il peut en exister un de droite et de gauche : il y a toujours eu des divisions entre les deux partis », abonde Jean-Jacques Kourliandsky. « Une partie des Catalans, qui semble majoritaire, veut rester au sein de l’Espagne pour des raisons économiques. C’est une frange de la population qui reste très prudente et qui a peur du saut dans l’inconnu », explique Moreau Defarges.

Pourquoi l’indépendance de la Catalogne devrait refaire la une dans les prochaines semaines ?

« Ce mois de septembre va être extrêmement important pour voir ce qu’il se passe dans les partis catalans », explique Jean-Jacques Kourliandsky. Mais l’incertitude domine en Espagne, où une autre date butoir est attendue. « Pour négocier, il faut un gouvernement stable à Madrid. Mais le 23 septembre, le gouvernement de transition de Pedro Sanchez va tenter une dernière fois d’obtenir une majorité au congrès. S’il n’y parvient pas, c’est la dissolution des Cortes [le Parlement espagnol] », explique Jean-Jacques Kourliandsky. Des élections anticipées pourraient bien avoir lieu au cours du mois de novembre. Repoussant une nouvelle fois la résolution de la question catalane.

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