Espagne: Cinq Catalans sortent de prison pour siéger au parlement

Oriol Junqueras, le président du parti Gauche républicaine de Catalogne (ERC) (en bas à droite) lors de la session inaugurale du parlement espagnol, le 21 mai 2019, à Madrid. — Bernat Armangue / POOL / AFP

Elus lors des dernières législatives, cinq indépendantistes catalans incarcérés sont sortis, temporairement, de prison, ce mardi, pour prendre leurs fonctions lors de la session inaugurale du parlement espagnol.

Actuellement jugés pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne de 2017, ces quatre députés et ce sénateur élus le 28 avril pourraient voir les deux chambres décider rapidement de leur suspension.

L’un des députés catalans candidat aux élections européennes

Emprisonnés non loin de Madrid, Oriol Junqueras, Jordi Sanchez, Jordi Turull, Josep Rull et Raül Romeva ont assisté à la session inaugurale du parlement où siègent pour la première fois 24 députés du parti d’extrême droite Vox. Ils doivent ensuite prêter serment sur la Constitution espagnole. Celle-là même qu’ils sont accusés d’avoir violée dans leur marche vers l’indépendance. « On veut nous faire taire et nous marginaliser, et les urnes nous ont redonné voix », a déclaré Oriol Junqueras, ancien vice-président du gouvernement régional catalan.

Principal accusé du procès en cours devant la Cour suprême espagnole, le président du parti Gauche républicaine de Catalogne (ERC) y risque 25 ans de prison. Oriol Junqueras est également candidat d’ERC aux européennes dimanche. Depuis 2017, les séparatistes placent en tête de liste leurs dirigeants en détention ou exilés, comme l’ancien président régional Carles Puigdemont, pour dénoncer leur situation ou tenter de les faire libérer.

Les bureaux des deux chambres devront trancher sur la suspension des élus catalans

En détention provisoire depuis plus d’un an, ces cinq indépendantistes avaient obtenu lundi une première permission de la Cour suprême pour s’enregistrer à la Chambre des députés et au Sénat. Les conservateurs du Parti populaire (PP) et les libéraux de Ciudadanos ont annoncé qu’ils feraient tout pour priver les indépendantistes de leur siège. Il reviendra aux bureaux des deux chambres de trancher la question de la suspension de ces cinq élus, la justice ayant laissé cette responsabilité au parlement.

« Nous ne pouvons nier que la situation et le scénario soient exceptionnels mais dans tous les cas, les décisions judiciaires sont respectées », a déclaré Meritxell Batet, candidate socialiste à la présidence de la chambre des députés. Les socialistes du chef du gouvernement sortant Pedro Sanchez ont remporté les élections fin avril​ mais sans majorité absolue. La suspension des cinq indépendantistes incarcérés pourrait avoir de lourdes conséquences politiques pour Pedro Sanchez.

Deux Catalans pour présider les deux chambres ?

Si les députés indépendantistes sont suspendus, et ne cèdent pas leur siège à leur suppléant, cela abaissera automatiquement le seuil de la majorité et Pedro Sanchez n’aura alors pas besoin des partis séparatistes catalans pour être réélu à la tête du gouvernement espagnol. Pedro Sanchez, qui a renversé en juin 2018 le conservateur Mariano Rajoy, parie sur le « dialogue » avec les Catalans malgré les difficultés.

ERC se dit ouvert à négocier mais persiste à réclamer un référendum d’autodétermination, condition inacceptable pour Madrid, et a empêché l’élection au Sénat du socialiste catalan Miquel Iceta, premier choix de Pedro Sanchez pour présider la chambre haute. Les socialistes ont répliqué en proposant non plus un, mais deux Catalans pour présider les deux chambres : le philosophe Manuel Cruz pour le Sénat et Meritxell Batet, actuelle ministre chargée des relations avec les régions, pour la chambre des députés.

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