Espace : La sonde Juice prête pour un voyage de 2 milliards de km pour aller ausculter Jupiter et ses lunes

Au pied de la sonde européenne Juice haute de 5 m, dans une salle blanche de l’entreprise Airbus Defence & Space de Toulouse, Jerôme, Florent et Nicolas, trois jeunes ingénieurs, savent qu’ils vivent un moment unique. Loin des « classiques » satellites de communication, depuis plusieurs mois, ils travaillent sur ce vaisseau spatial, petit bijou de technologies, qui, le 14 avril prochain partira de Kourou à bord d’Ariane 5 pour un voyage de huit années, direction Jupiter et ses lunes.

« Tout est nouveau, c’est unique. Ce n’est pas une plateforme générique, donc tous les problèmes qu’on a connus, ce sont des nouveaux problèmes qu’on n’avait pas eus avant », relèvent les trois salariés qui avouent avoir eu parfois des sueurs froides lors des phases d’assemblage et de tests.

Un sarcophage de plomb contre les radiations

Véritable défi technique, Juice et ses dix instruments vont devoir faire face à des conditions compliquées au cours de leur voyage de 2 milliards de kilomètres qui les mènera à Jupiter et ses trois lunes glacées : Ganymède, Europe et Callisto.

« La sonde va devoir survivre à un environnement très agressif autour de Jupiter, elle va subir des dommages à cause des radiations. Pour la protéger, ainsi que ses instruments, nous avons dû les blinder au plomb, créer un coffre-fort qui protège les équipements les plus sensibles. C’est la première fois qu’on utilise ce type de technique », détaille Cyril Cavel, responsable du projet chez Airbus Defence & Space qui a mobilisé près de 500 personnes pour donner vie au projet imaginé par l’Agence spatiale européenne (ESA).

« Juice a comme objectif premier de chercher des conditions favorables à la vie telle qu’on la connaît sur Terre, dans des habitats profonds, sous la glace des lunes autour de Jupiter. Les données de Galiléo, une mission précédente, ont montré qu’autour de ces lunes il y avait des perturbations du champ magnétique de Jupiter. Et ces perturbations de champ magnétique sont liées à des couches conductrices sous la glace, très probablement de l’eau liquide avec des sels dissous qui permettent un phénomène d’induction magnétique », explique Nicolas Altobelli, en charge de la mission scientifique Juice à l’ESA.

Sous la glace des lunes

Pour mieux comprendre ces phénomènes, les caméras, spectromètres infrarouges ou spectrographe ultraviolet vont observer de loin Jupiter et ses lunes. D’autres instruments, vont eux renifler ce qui se passe autour de la sonde. Et peut-être réussiront-ils à capter au passage des éléments leur permettant de confirmer que cette matière organique existe sous la couche de glace. « Quand on regarde de loin on voit certaines compositions, certaines caractéristiques physiques de la matière. On se dit qu’il faut arriver à reconstruire les propriétés physiques et chimiques de cette matière avant qu’elle soit irradiée », poursuit le scientifique de l’Agence spatiale européenne.

Mais avant d’en arriver là, il devra attendre encore huit longues années. La sonde n’arrivera en orbite autour de Jupiter qu’en juillet 2031, après un long voyage au cours duquel elle va utiliser l’assistance gravitationnelle de la Terre, de Vénus, puis à nouveau de la Terre pour prendre son élan et se catapulter jusqu’à Jupiter et ses trois lunes. Celles-là mêmes que Galilée vit à travers son télescope en 1610. Pour rendre hommage au célèbre astronome italien, sur une fiche couche d’isolant noir, on devine la reproduction de la couverture de son traité qui a inspiré bien des générations. A côté, figure une liste de près de 250 noms, ceux qui ont participé à cette aventure qui ne devrait prendre fin qu’en 2035, lorsque Juice ira se cracher sur Ganymède.

On y trouve ceux de Jérôme, Florent et Nicolas, les trois jeunes ingénieurs pas peu fiers de participer « à faire avancer la science pour aller répondre à la question qu’on se pose tous : est-ce qu’il peut y avoir une autre forme de vie ailleurs ? » Mais avant d’avoir la tête dans les étoiles, ils gardent encore les pieds sur Terre, prêts à installer au cours des prochains jours les panneaux solaires XXL de Juice et à suivre la sonde jusqu’en Guyane pour y mettre la touche finale jusqu’au jour du grand départ.