Espace : Et si vous restiez allongé durant soixante jours pour mieux préparer les vols habités tout en étant payé ?

Est-ce que les astronautes devraient faire un peu plus de vélos lorsqu’ils sont dans l’espace pour mieux amortir les conséquences de l’apesanteur ? A chacun de ses séjours dans la Station spatiale internationale, Thomas Pesquet s’est astreint à courir ou encore pédaler, plus de deux heures par jour, histoire de se maintenir en forme. Mais surtout afin de limiter la perte osseuse et musculaire en raison de l’apesanteur.

Est-ce que ce rythme est le meilleur pour le corps des astronautes ? Est-ce qu’il faut mettre en place d’autres mesures pour prévenir tout risque pour leur santé ? Pour préparer les futurs vols spatiaux, la clinique spatiale de Toulouse (MEDES) réalise régulièrement des études en soumettant des volontaires à la simulation de la micropesanteur, alors qu’ils se trouvent bien sûr le plancher des vaches.

Tester les effets du vélo

Il y a un peu plus de cinq ans, dix hommes ont ainsi passé deux mois allongés, le corps incliné à 6 degrés, pour voir si un mélange d’antioxydants et d’anti-inflammatoires pouvait avoir un intérêt. Au printemps, une nouvelle opération du même genre, baptisée BRACE, pour Bed rest with artificial gravity and cycling exercise, aura lieu.

Les douze hommes qui seront sélectionnés ne devront pas s’envoyer un cocktail de pilules au petit-déjeuner avant de s’installer bien confortablement sur leur lit incliné à mater les dernières séries télé. Pour cette nouvelle étude, une partie des 12 téméraires va devoir faire du vélo, parfois même alors qu’ils se trouveront dans une centrifugeuse qui tourne à toute vitesse.

« Nous voulons tester l’efficacité de l’exercice physique couplé à la gravité artificielle, c’est-à-dire la centrifugation. Par tirage au sort, un tiers des volontaires fera du vélo couplé à la centrifugeuse six jours sur sept, un tiers uniquement du vélo et un tiers n’auront aucun exercice et serviront de témoin », indique Arnaud Beck, un des médecins coordinateurs de l’étude.

Quatorze équipes scientifiques profiteront de cette expérience pour regarder de près l’impact de la micro-gravité, simulée par l’alitement incliné, sur le métabolisme, des yeux au myocarde, en passant par le cerveau. Les douze volontaires seront auscultés sous toutes les coutures et bénéficieront d’un check-up plus que complet.

Une indemnité de 18.000 euros

Une étude hors du commun financée par l’Agence spatiale européenne et le CNES qui vient de lancer le recrutement de ses premières recrues, puisqu’une deuxième campagne aura aussi lieu l’an prochain. Pour postuler, il ne faut pas avoir un CV long comme le bras. Mais quelques critères sont tout de même requis.

Ici, dans la centrigugeuse du Medes.
Ici, dans la centrigugeuse du Medes. – Prodigima

Il faut être âgé de 20 à 45 ans, être en parfaite santé, faire du sport régulièrement, avoir un indice de masse corporelle compris entre 20 et 27, ne pas fumer, ne pas avoir d’allergie ou de restriction alimentaire. Ceux qui ont échoué aux portes de Koh-Lanta, libres durant 88 jours au printemps prochain, peuvent d’ores et déjà se mettre sur les rangs. Tout comme ceux qui ont un intérêt pour la science ou la conquête spatiale.

Lors de leur séjour à la clinique spatiale, sur le site de l’hôpital Rangueil, ces douze hommes passeront 60 jours allongés, la tête légèrement plus basse que les pieds. Mais ils suivront aussi une batterie d’examens deux semaines avant, ainsi qu’une remise sur pied durant les quinze jours qui suivent le lever. Ceux qui s’engagent ne le font pas uniquement pour la gloire et l’amour de l’espace : une indemnité de 18.000 euros est prévue par le Medes.