Eric Zemmour : Un an après pour Reconquête, la crainte du grand rabougrissement

Dans un vacarme assourdissant, Eric Zemmour fend la foule. A la tribune, l’ex-éditorialiste de Cnews électrifie ses milliers de partisans en fustigeant journalistes et adversaires politiques. Dont Emmanuel Macron, ce « mannequin de plastique » qu’il s’imagine déjà battre au second tour de la présidentielle. Poussé par des sondages flatteurs, le candidat identitaire réussissait, le 5 décembre 2021, sa mue politique à Villepinte en lançant son mouvement Reconquête pour son premier grand meeting de campagne. 

Mais un an plus tard, au moment de retrouver ses soutiens ce dimanche au Palais des Sports de Paris, l’euphorie est retombée. Balayé au premier tour de la présidentielle (7 %) et sans un seul élu à l’Assemblée nationale, Eric Zemmour a échoué dans son projet d’union des droites. Et pour Reconquête, c’est désormais la question de la survie qui est en jeu.

Reconquête compte ses troupes

Il y a d’abord eu à digérer, on l’a dit, les claques à la présidentielle et aux législatives. Après des mois de ferveur et d’espérance, comme une longue gueule de bois difficile à évacuer. « Il y a eu beaucoup de déception car on se voyait plus haut. Il a fallu prendre un peu de recul, le temps de la réflexion. J’ai vu Zemmour après les législatives, il n’avait pas le moral dans les baskets. Mais pour la base militante, le coup était peut-être plus dur… », reconnaît un ancien cadre de la campagne.

C’est d’ailleurs l’un des objectifs du meeting de ce dimanche : raviver la flamme. Car si le mouvement revendique un peu plus de 130.000 adhésions, environ 55.000 arrivent en fin d’échéance en décembre. La crainte d’une démobilisation est d’autant plus forte que seules 32.000 personnes ont participé au vote interne sur le changement de statuts du parti, en septembre. « Il y a eu cette crainte du découragement cet été, mais je crois que c’est derrière nous, la hype Zemmour est toujours là, balaie Stanislas Rigault, président de Génération Z et membre du bureau politique. On va rester très actifs pour faire adhérer et réadhérer, avec le meeting de dimanche, mais aussi en tournant dans les fédérations », ajoute-t-il, alors que les cadres multiplient les réunions publiques sur le territoire.

Bisbilles internes

Mais au plus haut niveau du parti aussi, le lien s’est parfois effiloché. Si Marion Maréchal, Guillaume Peltier, Nicolas Bay ou Stéphane Ravier sont bien là, d’autres ont en revanche pris leurs distances, comme les anciens « gilets jaunes » Jacline Mouraud et Benjamin Cauchy, ou d’autres cadres tel Jean Messiha, parfois pour rebondir sur les plateaux télé. Gilbert Collard a, lui, piqué une colère après avoir perdu la présidence d’honneur, et l’eurodéputé (ex RN) Jérôme Rivière, déçu de la réorganisation du parti, a fait savoir qu’il n’était plus qu’un « simple militant ». Selon le JDD, une trentaine de coordinateurs départementaux auraient aussi pris, en septembre, la poudre d’escampette.

Un amincissement d’autant plus visible que dans le même temps, le Rassemblement national a le vent en poupe, fort de ses 89 élus à l’Assemblée. « Après deux échecs électoraux, Reconquête est un mouvement en grave crise, avec une direction nationale en voie de disparition. Dans les territoires, certains nous contactent d’ailleurs pour travailler avec nous. On jugera au cas par cas. Enfin… Je ne parle pas des Collard, des Rivière, de ceux qui ont trahi en montant sur le radeau de la Méduse et qui y resteront », raille Gilles Pennelle, directeur général du RN.

Toujours des polémiques

Malgré les difficultés, au sein de Reconquête, on insiste sur la jeunesse du mouvement, rappelant qu’Eric Zemmour est arrivé en quatrième position à la présidentielle, devant les candidates des Républicains et du Parti socialiste, des partis historiques. « Ca serait mentir de dire qu’on se moque de n’avoir aucun député. Notre objectif, c’est d’exister politiquement. Mais je crois qu’on a été audible ces dernières semaines sur la question de l’école ou de l’Ocean Viking », assure Stanislas Rigault. « N’avoir aucun député, c’est un handicap. Mais on a réussi à occuper l’espace politique en menant la bataille culturelle, en mettant notamment dans le débat le terme de francocide », abonde un ancien porte-parole.

Revendiquant des « coups d’éclat » pour exister, le parti s’est toutefois retrouvé au cœur d’une controverse sur l’affaire Lola. Eric Zemmour et ses soutiens ont été accusés de faire de la récupération politique, après avoir acheté des noms de domaine associés à la mort de l’adolescente. « J’étais vraiment gêné, c’était archi-brutal, indéfendable, une vraie erreur de débutant… », souffle cet ancien cadre, toujours proche du parti. La controverse a rappelé les mutiples polémiques ayant émaillé la campagne présidentielle, et probablement affaibli le candidat identitaire. Alors qu’Eric Zemmour peaufine l’écriture d’un nouvel ouvrage, Reconquête multiplie les initiatives, entre formation militante et lancement de revue interne. De quoi tuer le temps en attendant la prochaine échéance électorale. Les européennes, en mai 2024.