Eric Mouzin, le père d’Estelle, disparue: «Il y a eu un déficit d’enquête sur les Fourniret…»

Guermantes (Seine-et-Marne), le 13 janvier 2018. Eric Mouzin participe à une marche en souvenir de sa fille, Estelle, disparue en 2003. — Thomas Samson / AFP

  • Âgée de 9 ans, Estelle Mouzin a disparu en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).
  • Récemment, le tueur en série Michel Fourniret et son ex-épouse Monique Olivier ont évoqué ce dossier devant une juge, relançant l’enquête.
  • Le père de la fillette, Eric Mouzin, demande désormais que des « vérifications soient faites » rapidement.

L’espoir et la crainte de savoir en même temps. Comme 20 Minutes le révèle ce lundi, le tueur en série  Michel Fourniret et son ex-femme, Monique Olivier, ont récemment évoqué le cas d’Estelle Mouzin devant une juge d’instruction parisienne, laissant entendre qu’ils pourraient être impliqués dans sa disparition, survenue il y a 16 ans à Guermantes (Seine-et-Marne). Le tueur en série expliquant même qu’il s’agit d’un « sujet à creuser ».

Alors que le dossier d’instruction doit être transféré à Paris pour que « l’ogre des Ardennes » et son ancienne « muse » en disent davantage, 20 Minutes a contacté Eric Mouzin, le père d’Estelle, pour qu’il réagisse à ce nouveau rebondissement…

De quel œil voyez-vous les récentes déclarations de Michel Fourniret et Monique Olivier ?

Je suis extrêmement partagé. Le problème, c’est qu’on tourne autour de Fourniret depuis des années déjà. Pas plus tard que l’an dernier, nous avons encore eu des fouilles… A ce propos, j’ai ce que j’appelle plusieurs couches, plusieurs sentiments.

La première couche est toute simple : vu le degré de mal de Fourniret et d’Olivier, je cherche à mettre le plus de distance entre eux et moi. Plus c’est loin de moi, mieux je me porte. Ces gens-là ne veulent faire que le mal. Ils sont capables de se mettre là-dedans, de s’accuser de quelque chose concernant Estelle juste pour me faire devenir dingue. Et je ne tomberai pas dans ce piège…

Quel autre sentiment vous habite ?

C’est plutôt de la colère. Quand je vois tout ça aujourd’hui, seize ans après la disparition d’Estelle… Je ne comprends pas que les Fourniret soient les maîtres de l’horloge. Si on en est là aujourd’hui, c’est bien qu’il y a eu un déficit d’enquête sur les Fourniret. C’est parce que leur cas n’a pas été examiné ou pas mieux examiné plus tôt qu’on en arrive là, maintenant.

Quand je vois tout cela, je me dis que nous avons raison de demander, avec mes avocats Corinne Herrmann et Didier Seban, la création d’un pôle de juges spécialisés dans les tueurs en série.

La procureure générale de Paris a demandé que le dossier soit transféré de Meaux à Paris où travaille la seule juge à qui Monique Olivier souhaite se confier. Vous en êtes satisfait ?

Oui mais sa requête date du 7 mai et nous sommes maintenant presque en juin… Toutes les parties ont l’air d’accord pour que cela se fasse. Tout le monde a l’air d’insister sur l’urgence de la chose. Je n’arrive donc pas à comprendre ce qui bloque.

Je veux aussi rendre hommage à la juge de Meaux qui a « remonté » tout le dossier depuis deux ans. On lui enlève au moment où ça bouge pour des raisons indépendantes de sa volonté. J’imagine sa réaction.

Qu’attendez-vous désormais de la suite de l’enquête ?

Que l’on engage des vérifications sans a priori. Je pense qu’une partie du problème, depuis le début, est due au fait qu’on a eu une approche particulière avec les Fourniret. Je veux juste qu’on analyse les choses avec le plus de lucidité possible.

Pour aboutir à un procès ? Vous y pensez réellement ?

Je me suis rapproché du docteur Daniel Zagury [expert psychiatre qui a examiné Michel Fourniret]. Je lui ai demandé conseil. C’est après l’avoir écouté que je me blinde aujourd’hui. Je ne veux pas laisser Fourniret entrer dans mon univers. Pour l’instant, je n’imagine même pas un procès. Et puis, aura-t-il la lucidité nécessaire pour être jugé ? Fera-t-il son cinéma comme il le fait à chaque fois ?

Je vous rappelle que sur le dossier de Marie-Angèle Domèce, il a emmené tout le monde en balade et qu’il n’a finalement jamais indiqué l’endroit où il a dissimulé le corps. Cet homme ne cherche qu’à pourrir la vie des gens.

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