Equipe de France: «Un rêve de voir autant de médias»… Du néant à la cohue, retour sur la révolution médiatique du foot féminin

Les Bleues, assaillies par les photographes au Parc des Princes après le succès contre la Corée du Sud.. — Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

  • La coupe du monde féminine 2019 jouit d’une couverture médiatique jamais égalée dans l’histoire de la compétition. 
  • Cet engouement incroyable ravit les joueuses de l’équipe de France. 
  • Cela permet aussi de mesurer le chemin parcouru en dix ans par le football féminin. 

Dans le métier de journaliste sportif, il y a truc tout bête pour mesurer l’engouement qui entoure ou non un événement footballistique. Il suffit de se rendre en zone mixte et de compter le nombre de nos confrères qui entourent la personne interrogée. Quand nous sommes allés à Orléans, au stade de la Source, pour assister à l’avant-dernier match de prépa des joueuses de l’équipe de France contre la Thaïlande, on a failli s’étouffer en constatant que : 1/ On était arrivé à la bourre pour avoir une place de choix afin de parler aux joueuses après la rencontre, et 2/ Qu’il allait falloir jouer de la machette pour se tailler une place dans la meute et espérer tendre assez près notre téléphone pour parvenir à enregistrer leurs déclas.

Tout ça pour dire qu’à l’approche de la Coupe du monde féminine, la question de l’engouement médiatique était déjà réglée : oui, nous allions bel et bien assister à un Mondial féminin de ce point de vue. Le constat s’est vite confirmé par la suite. Lors de la conférence de presse d’avant-match, jeudi au Parc, Corinne Diacre et Amandine Henry ont eu le plaisir de voir qu’elles étaient rentrées dans une autre dimension. « Ça fait un petit moment qu’on n’avait pas eu autant de monde », souriait la sélectionneuse des Bleues, avant de se faire corriger par la capitaine : « On n’avait même jamais vécu ça ! C’est un rêve de voir autant de médias. »

Les médias mettent le paquet

Du côté de la Fédération française de foot non plus, on n’en revient pas. « Les médias jouent un rôle important. Le nombre d’images, de reportages passés depuis un mois nous aide énormément. C’est bien évident que quand ce sont des compétitions confidentielles, personne ne sait. Là, voir tous ces médias… Je n’en ai jamais vu autant pour les filles, confiait récemment à l’AFP son président Noël Le Graët, avant de réfléchir et de se reprendre. Et même pour les garçons en fait. »

Dans la plupart des médias français, ce Mondial féminin a été pris très au sérieux et les moyens matériels, humains et financiers n’ont jamais été aussi important que cette année, preuve que le football professionnel pratiqué par les femmes est entré dans une nouvelle dimension. A 20 Minutes non plus, on n’a pas fait les choses à moitié. En plus de votre serviteur, qui va suivre les Bleues pendant toute la durée du Mondial (en espérant que ça dure jusqu’au 7 juillet), nous avons dépêché des envoyés spéciaux dans chaque ville hôte de la Coupe du monde afin que vous ne ratiez rien de cette belle fête populaire.

En zone mixte, du néant aux embouteillages

Rencontrée à Clairefontaine quelques semaines avant le lancement de la Coupe du monde, la troisième gardienne tricolore Solène Durand avait déjà pu sentir la sauce monter : « Ce sont mes premières convocations en équipe de France A donc c’est un peu compliqué de faire un comparatif avec ce qui se faisait par le passé, mais celles qui sont là depuis longtemps nous disent “holala, les points presse, avant il y avait trois personnes et maintenant il y en a trente !” Enfin, j’exagère peut-être un peu mais disons que c’est l’idée. »

Non, non, vous n’exagérez même pas. En tout cas pas si l’on en croit notre consœur Virginie Bachelier, journaliste sportive pour le quotidien Ouest France. Et il n’y a aucune raison de ne pas la croire, en ce sens qu’elle fait partie des rares à avoir régulièrement suivi les Bleues depuis plus d’un an et demi et la nomination de Corinne Diacre à la tête de l’équipe de France en septembre 2017.

« Pour donner un ordre d’idée, je fais 1,64m et, en zone mixte, je pouvais voir qui je voulais, quand je voulais, sans avoir à me battre pour me faire une place, rigole-t-elle. Alors que lors des deux derniers matchs de préparation, on était carrément sur une zone mixte de gros match de Ligue 1, on n’avait JA-MAIS vu ça ». De quand date la bascule exactement ? « Au moment de France-Etats-Unis au Havre en janvier dernier, affirme la journaliste du tac au tac. Deux mois auparavant, la France affrontait le Brésil à Nice et si on était six ou sept à couvrir le match, c’était déjà énorme. »

En dix ans, tout a changé

Pourtant, les Bleues partaient de trèèèèèèèès loin. Pour bien se rendre compte du gap monstrueux qui sépare le passé relativement récent de l’équipe de France du présent, nous avons retrouvé l’ancien attaché de presse de l’équipe de France féminine de 2008 à 2011, Matthieu Brelle-Andrade : « Lors de la Coupe du monde en Allemagne, en 2011, la compétition avait débuté avec trois ou quatre journalistes français sur place, pas plus. A l’arrivée, quand elles se sont qualifiées pour les quarts puis pour les demies, on a vu de nouveaux contingents arriver. »

Il n’empêche, ça reste de la gnognotte comparé à ce à quoi on assiste aujourd’hui. Après la victoire contre la Corée du Sud, là encore il a fallu la jouer fine pour se faufiler entre tous nos confrères et tenter d’avoir accès aux joueuses. Pour le prochain match des Bleues à Nice, mercredi soir face à la Norvège, on s’attend à ce que ce soit encore la guerre en zone mixte. Mais ce coup-ci on est prêt, chaque matin on claque vingt pompes et huit développé couchés. Venez nous chercher !!!

La Fédé part à la pêche aux journalistes

Mais revenons aux années 2010 avec Matthieu Brelle-Andrade, à une époque où « il fallait aller chercher les médias un par un » pour les convaincre de daigner s’intéresser un tant soit peu à l’équipe de France féminine. « Malheureusement, à cette époque, il ne suffisait pas de les appeler pour qu’ils viennent. Il a donc fallu mettre en place certains artifices pour avoir des retombées médiatiques. » Et voilà comment la cellule de com’ des Bleues a mis sur pied des campagnes promotionnelles bien particulières pour appâter le chaland.

« On a mené des campagnes coups de poing, se souvient-il. En 2009 par exemple, on a réalisé un shooting photo avec les joueuses lors duquel elles posaient dénudées, et on a rajouté le slogan « Faut-il en arriver-là pour que vous veniez nous voir jouer ? ». En 2011, on avait centré la campagne sur l’aspect technique en invitant des journalistes à Clairefontaine afin qu’ils viennent se mesurer aux joueuses dans des petits duels (tennis-ballon, séances de dribbles). » S’il reconnaît volontiers le « côté provocateur » de la démarche, le témoignage de Matthieu Brelle-Andrade est précieux pour véritablement prendre la mesure de la révolution qui a eu lieu sur ce point en à peine dix ans en France.

« Je tiens à dire, et c’est très important, que les joueuses ont toujours été les meilleures VRP de leur discipline. Elles ont toujours eu conscience qu’il fallait qu’elles mettent les mains dans le cambouis pour que les médias parlent d’elles. » Qu’elles se rassurent, les footballeuses peuvent désormais garder les mains propres, désormais c’est nous qui courrons derrière pour les mettre en lumière.

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