Equipe de France : Bah alors DD, c’est quoi cette liste en béton armé pour le Qatar ?

A Boulogne-Billancourt,

Tradition oblige, c’est dans les locaux de TF1 que Didier Deschamps a annoncé la liste des 25 joueurs sélectionnés pour le mondial au Qatar, sous réserve que personne ne se pète en deux ce week-end, vu comment ça continue de tomber au combat – coucou Sadio Mané – à cause de ce foutu mondial calé entre la poire et le fromage. Enfin, tradition, tradition… Cette année, exceptionnellement, il a fallu se farcir les reportages sur la pénurie de gasoil, le Plan Epargne retraite et les bienfaits des compléments alimentaires avant que notre grand Raïs puisse enfin cracher sa valda, à 20h23 pas trop précise. Et qu’a-t-il annoncé ? On y vient, on y vient, mollo les amigos.

  • Adios Mike, bonjour Steve

On va vous la faire très courte sur le choix des trois gardiens (Lloris, Mandanda et Areola) puisque la blessure de Mike Maignan et son peu de temps de jeu depuis le début de saison ne laissent que peu de place au débat endiablé. DD a choisi de prendre ce vieux briscard de Steve Mandanda à la place de la jeune garde. Son choix de rejoindre Rennes et ses prestations plutôt honorables depuis le début de saison jouent pour lui. Mais c’est surtout son expérience, sa connaissance à la fois du groupe France et des grandes compètes passées à jouer au tarot, ainsi que sa capacité à ne pas faire de vague dans son rôle de doublure, qui ont pesé lourd dans la balance.

DD, c’est à toi : « Steve est là parce que c’est un joueur d’expérience et il a fait en sorte de continuer d’être compétitif. Il y aura une hiérarchie forcément, car c’est important. Mais je préfère les prévenir eux d’abord. Je ne vais pas trop expliquer sur Mandanda sinon je risque de répondre à votre question sur la hiérarchie (rires). » Ok, Mandanda en 2, c’est noté.

  • Zéro surprise devant, même pour Giroud

On ne s’attardera pas beaucoup non plus sur la liste des attaquants, qu’on aurait pu coucher les yeux fermés sur le papier (ce qu’on a fait d’ailleurs), tant elle est sans surprise. Coman, Dembélé et Nkunku accompagneront la triplette gagnante Mbappé-Griezmann-Benzema devant. Notons tout de même que Giroud a finalement gagné son rond de serviette après avoir fait (et bien fait) le taf du côté de Milan ces derniers mois. Ses propos sur le fait qu’il puisse accepter ce rôle de joker sans sourciller malgré son ancien statut de titu’, quand l’ami Deschamps mettait ça en avant pour justifier son choix de le tenir pendant près d’un an à l’écart du groupe, ont payé. Bien joué la Gire !

N’est-ce pas Didier ?  « Son statut ? Il le connaît. J’ai une position par rapport à Olivier, il la connaît à travers les échanges qu’on a eus fréquemment. La situation a évolué [Benzema et sa cuisse endolorie], c’est pour ça que je considère que c’est mieux pour l’équipe de France qu’il soit avec nous. »

  • Une colonie de défense

Maintenant que le tout-venant est expédié, venons-en au Groooooooos dossier, qui va tranquillement nous faire jacter jusqu’au premier match contre l’Australie, à savoir la défense. Mais attention, pas n’importe laquelle. La défense avec un grand D, version Avengers. Du genre grand, lourd, costaud, chargé de bien protéger un Lloris exposé aux quatre vents ces derniers mois. Vous dire qu’on n’avait pas senti venir le coup de Trafalgar serait mentir. Un peu… Après l’élimination contre la Suisse l’été dernier, DD avait admis s’être « certainement écarté de [son] idée première », la solidité défensive. « J’ai cherché à améliorer l’animation offensive, quitte à avoir un peu de déficit défensif, mais j’aurais voulu que ce déficit soit moins important », avait-il lâché un soir de déprime à Bucarest.

Mais sentir le truc dans de telles largeurs ? Non. En emmenant dans ses bagages pas moins de huit défenseurs centraux de métiers, le sélectionneur a clairement annoncé la couleur pour le Qatar : du sang, des larmes et… du sang et des larmes. Exit donc les Lucas Digne, Ferland Mendy ou Jonathan Clauss, et bonjour les Konaté, Upamecano et autre William Saliba pour accompagner les traditionnels Varane, Kimpembe, Koundé et Lucas Hernandez. Autant vous dire qu’on va voyager léger sur les ailes… Mister béton a bien essayé de se justifier en arguant que nombre de ces bonshommes-là pouvaient très bien jouer sur les côtés, on n’achète pas des masses. A la place, on saigne déjà des yeux à l’idée de retrouver le pauvre Koundé le long de la ligne de touche comme face au Portugal à l’Euro. Mais ce plan diabolique a bel et bien une raison d’être, et celui-ci se nomme système.

  • La défense à trois ? Terminé, bonsoir.

Sur ce point au moins, on ne peut pas reprocher à Deschamps de faire montre d’une certaine franchise. Dès la première question posée, celui-ci n’a pas tourné autour de la soupière : oui, c’en est terminé du système à trois (ou cinq, c’est comme vous voulez) derrière et retour aux fondamentaux de 2018 qui ont donné le succès qu’on connaît. S’il s’est montré franc, DD a tout de même essayé de nous faire croire qu’il n’avait pas fait fait de ce système le socle du nouveau cycle des Bleus depuis deux ans. Le problème, c’est que les chiffres ne savent pas mentir.

Et que disent-ils ? Que l’équipe de France a évolué 65 % du temps dans cette configuration depuis septembre 2021. A l’arrivée, ce choix ne regarde que lui et il mourra ou triomphera avec. Très marqué par l’échec de 2021, où, du dire de certains confrères bien informés, DD se serait parfois laissé dicter ce choix de passer à trois derrière à l’Euro pour mettre le trio de devant dans un fauteuil, le sélectionneur acte une reprise en main très claire de son pouvoir. Du genre « je vous ai écouté l’été dernier les cocos et on a vu les résultats, maintenant c’est fini la récré, c’est papa qui pilote ».

C’est à peu près ça, M. Deschamps, non ? « Après analyse avec mon staff, on en a conclu qu’on a fait de très bonnes choses dans ce système [à trois] mais on a aussi été en difficulté. On a très souvent été en déséquilibre, et je sais trop bien que pour exister dans une grande compète, si vous n’êtes pas solides sur le plan défensif… Il faudra bien défendre, mieux défendre, pas au détriment de l’animation offensive, mais si j’ai fait ce choix-là c’est que je suis convaincu que c’est plus adapté. J’ai fait des choix de joueurs différents en fonction de ce système. »

  • Et au milieu coule un manque de créativité, non ? 

Si on sait donc comment l’on va jouer derrière, quid du reste ? Car vu le profil des milieux de terrain choisis (Tchouameni, Camavinga, Fofana, Rabiot, Guendouzi et Veretout, oui, oui, Veretout), ce n’est pas leur faire injure que dire qu’en terme de créativité on a connu des jours meilleurs. Vous nous direz que ce n’est pas non plus de la faute du sélectionneur si le vivier de milieux de terrain un tant soit peu joueurs est plus tari qu’une cuve à essence d’Ile de France. Et vous aurez raison. Il n’empêche, sur le papier, ça ne fait pas des masses rêver. Reste l’hypothèse évoquée en conférence de presse mercredi soir, celle de voir Grizou descendre d’un cran pour jouer dans un rôle de box-to-box. 

Didier, vous nous expliquez ? : « Antoine est un offensif mais il a une capacité à avoir un gros volume de jeu. Et même quand il est offensif il revient très bas, parfois trop à mon goût.  Dans son club aussi, parfois, il se retrouve dans un triangle au milieu, ça ne lui pose pas de problème. »