Environnement : Non, contrairement à ce qu’il dit, Macron n’a pas (encore) supprimé les vols intérieurs en France

Dimanche, Emmanuel Macron s’est à nouveau livré à un exercice particulier de communication digne d’une vidéo que l’on pourrait retrouver sur les plateformes de streaming, comme Twitch. Face caméra, tel un vrai Youtubeur, le chef de l’Etat a répondu à des questions posées quelques jours auparavant par les internautes au sujet de l’écologie.

Mais pendant la vidéo, aucun intervenant ne peut contrebalancer les affirmations d’Emmanuel Macron. Après avoir passé au crible les douze minutes de réponses, 20 Minutes a notamment remarqué une inexactitude au moment où le chef de l’Etat répond à l’influenceur climat Bon Pote. « Quand allez-vous appliquer les mesures proposées par la Convention citoyenne pour le climat et respecter votre parole ? », lui a demandé le blogueur.

Pour prouver son action, le président de la République a notamment cité l’exemple de la suppression des vols intérieurs en France, qui faisait partie des 146 propositions retenues par la Convention. Mais si Emmanuel Macron affirme que cette mesure est adoptée, la réalité est plus complexe.

FAKE OFF

D’un ton affirmatif, le président a avancé au cours de sa vidéo avoir réalisé une des demandes de la Convention citoyenne pour le climat : « La suppression des vols intérieurs quand le même trajet en train existe et qu’il dure moins de 2h30, c’est fait ». Le problème, c’est que cette affirmation ne correspond pas réellement à la demande émise par les citoyens pendant la Convention.

Dans les propositions validées, on retrouve en effet cette mesure dans la thématique « Se déplacer ». Le panel de citoyens avait adopté la proposition suivante : « Organiser progressivement la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs d’ici 2025, uniquement sur les lignes où il existe une alternative basse carbone satisfaisante en prix et en temps (sur un trajet de moins de 4 heures) ».

Une mesure pas assez courageuse

Or, en 2021, au moment du projet de loi Climat, le Parlement a bien donné le feu vert pour le seuil de 2h30, et non 4 heures. Cette décision permet donc de supprimer quelques lignes intérieures, mais pas toutes. Au total, douze lignes aériennes étaient visées par la Convention citoyenne, mais moins de cinq trajets pourraient finalement être suspendus à l’avenir : Paris vers Bordeaux, Lyon, Nantes, ou Rennes et Lyon-Marseille. Les trajets vers Marseille ou Nice sont évincés.

Mais ce n’est pas tout. Des dérogations doivent être prévues pour les liaisons qui comptent des passagers en correspondance. C’est notamment le cas de la liaison Paris-Bordeaux. « La mesure n’a rien à voir avec celle demandée au départ. Notre objectif est de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Mais là c’est insuffisant », regrette un membre de la Convention auprès de 20 Minutes.

Au moment du vote, les politiques se justifiaient en expliquant que supprimer des lignes avait un coût pour l’emploi, mais aussi pour l’accès à certains territoires. « Nous avons choisi (le seuil en train de) 2h30, car 4 heures ça vient assécher des territoires souvent enclavés comme le grand Massif central… Ce serait inique sur le plan de l’équité des territoires », avait argumenté le ministre des Transports de l’époque Jean-Baptiste Djebbari.

Ça bloque à Bruxelles

Lors de sa vidéo, Emmanuel Macron semble également oublier de mentionner que la loi française est actuellement bloquée au niveau européen, comme l’a expliqué en septembre le média Reporterre. Le texte doit passer devant la Commission européenne pour « vérifier sa compatibilité avec le droit européen ». « Une décision purement procédurale », révèle un porte-parole auprès de nos confrères. L’examen de la loi par Bruxelles pourrait prendre du temps, car la décision n’a pas de nombreux précédents en Europe. Après le feu vert de la Commission, la mesure devra passer devant le Conseil d’Etat. Ce n’est donc pas complètement fait pour l’instant.