Environnement : Des bornes de recharge pour voitures électriques fonctionnant au diesel ? Oui, mais c’est temporaire et moins polluant

Une « aberration écologique », un « mensonge éhonté », une « hypocrisie délirante »… Depuis plusieurs jours, les internautes ne manquent pas de qualificatifs pour une publication qui montre une borne de recharge pour véhicules électriques devant un grand caisson blanc.

La photo est accompagnée d’un commentaire qui montre la désillusion de son auteur : « Chargeur électrique alimenté par un générateur diesel… On est l’espèce la plus stupide de la planète !!! »

Ce type de publication est partagé des millions de fois sur les réseaux sociaux.
Ce type de publication est partagé des millions de fois sur les réseaux sociaux. – Capture d’écran / Facebook

Partagée plusieurs millions de fois sur Facebook, on retrouve cette image sur d’autres réseaux sociaux comme Instagram ou Twitter, toujours avec le même type d’accusations. Pourtant, aucun détail ne figure sur la photographie, le lieu où elle a été prise ou son auteur n’est jamais précisé. En effectuant une recherche inversée de l’image sur Google, on constate que l’image circule depuis plusieurs années sur de nombreux sites Internet étrangers avec les mêmes affirmations sur son contenu.

Pour vous, 20 Minutes fait le point sur cette machine bien moins stupide et polluante qu’on ne pourrait le penser.

FAKE OFF

Si l’image est de mauvaise qualité, il est toutefois possible de déceler ce qui est écrit en haut de la borne de recharge : Nullarbor, une région au sud de l’Australie. En affinant la recherche avec cet élément, on retrouve l’origine de la photographie. Elle a été utilisée pour illustrer l’article d’un site Internet nommé The Driven et spécialisé dans les véhicules électriques.

L’article en question, publié le 14 décembre 2018 raconte l’expérience lancée par Jon Edwards, l’auteur de la photographie. Ce dernier est adepte des voitures électriques et rencontre un problème de taille : Il traverse régulièrement la plaine de Nullarbor, une zone désertique où les relais routiers équipés d’une borne de recharge pour véhicules électriques sont quasi inexistants, ou alors inadaptés à beaucoup de véhicules. Ingénieur à la retraite, Jon Edwards a donc imaginé une solution qui pourrait résoudre le problème des voyages de très longue distance dans un pays dont une grande partie est désertique : des bornes de recharges alimentées au diesel.

Une initiative moins polluante

Toutefois, le projet n’est pas aussi aberrant que ce que beaucoup de commentaires laissent penser. D’abord parce qu’à l’époque, le gouvernement a promis de très lourds investissements dans le secteur avec pour objectifs de faire passer la moitié du parc automobile national à l’électrique avant 2030, et l’accès pour 84 % de la population à des bornes de recharges rapides. Ces bornes devront être reliées au réseau électrique, alimentées par des énergies renouvelables dont une partie à l’énergie solaire.

Ne souhaitant pas attendre la mise en place de ce dispositif national, Jon Edwards a travaillé sur son projet de borne rechargée au diesel, tout en gardant une conscience environnementale : sa borne produit plus d’énergie pour un véhicule électrique que n’en consommerait un véhicule thermique à kilométrage égal. Une solution moins polluante donc, et un pari réussi selon lui et le groupe de conducteurs qu’il a réuni pour tester sa borne sur différents modèles de voitures.

Un nouveau modèle chargé à l’huile végétale

Autre avantage de sa borne, elle serait facile à installer dans toutes les stations-service qui n’auraient plus qu’à l’alimenter avec le carburant dont elles disposent déjà. En 2018, Jon Edwards insistait sur le fait que son prototype n’était destiné qu’à pallier un manque en attendant qu’un modèle fiable financièrement de bornes de recharge fonctionnant aux énergies renouvelables soit déployé.

La patience ne semblant pas le trait de personnalité dominant de l’ingénieur, The Driven nous apprend dans un article de janvier 2021 que Jon Edwards a créé un nouveau modèle de borne fonctionnant à l’huile végétale usée. Une énergie renouvelable et neutre en carbone qui peut remplacer le diesel, par un ingénieux système de raffinage intégré de ces huiles. Ainsi, les stations-service peuvent directement récupérer l’huile végétale utilisée par leurs cuisines, ou celle, stockée, d’autres établissements pour alimenter le générateur. Après avoir financé la construction et l’installation de quatre modèles dans la région, Jon Edwards espère que l’Etat attribuera des subventions à son projet pour équiper une grande partie des régions désertiques du pays.