Énergies renouvelables : L’éolien français est-il prêt à passer à la vitesse supérieure ?

Un parc éolien de Dehlingen dans le Bas-Rhin. L’hexagone compte désormais 7.950 éoliennes réparties sur 1.380 parcs — PATRICK HERTZOG / AFP

  • A la veille de son colloque national, qui aura lieu cette semaine, la filière éolienne française aligne les chiffres dans le vert. Notamment celui des nouvelles capacités éoliennes installées, qui ont crû de 1.552 mégawatts (1,5 GW) en 2018 après une année 2017 déjà historique.
  • Avec 7.950 éoliennes réparties dans 1.380 parcs, ce sont désormais 15.820 mégawatts de puissances éoliennes cumulées qui sont aujourd’hui en service en France. Pour l’instant, la filière française remplit les objectifs fixés par l’État.
  • Elle devra en revanche accélérer son développement si elle veut répondre aux nouveaux objectifs pour 2028. En mer surtout, la France n’ayant toujours aucune éolienne en service au large de ses côtes. Mais aussi sur terre, en assurant un développement plus harmonieux des parcs sur le territoire.

Quel pays d’Europe installera le plus de nouvelles capacités éoliennes dans les cinq prochaines années ? L’Allemagne, encore et toujours, répond WindEurope, l’association qui fédère les acteurs de l’éolien de l’Union Européenne. Ceci même si la construction de nouvelles éoliennes patine actuellement outre-Rhin. Le pays n°1 de l’éolien en Europe devrait l’être un peu plus encore en 2023 avec 14 GW de capacités éoliennes supplémentaires installées, prédit Wind Europe dans une note d’analyse publiée le 9 octobre.

Tout de suite après vient la France, avec 9,3 GW supplémentaires prévus. Nous serions alors, en 2023, le quatrième pays d’Europe en termes de capacités éoliennes installées, avec 24,7 GW. Derrière l’Espagne (29,4 GW), le Royaume-Uni (32,2 GW), et donc l’Allemagne, loin devant, avec 71,6 GW.

7.950 éoliennes pour 1.380 parcs

Ces perspectives n’enchanteront pas la Fédération environnementale durable (FED), ni Vents de colère, deux fédérations d’associations qui mènent la fronde anti-éolienne en France. Mais « ces prévisions disent une nouvelle fois tout le potentiel de l’éolien en France, tant terrestre qu’offshore (en mer) », réagit de son côté France énergie éolienne (FEE), fédération de 300 entreprises françaises de l’éolien.

Les tableaux de WindEurope ont de quoi booster la filière éolienne française alors que s’ouvrira jeudi, au parc Floréal (Paris), le colloque national de l’éolien, son grand rendez-vous annuel. Le 8 octobre déjà, FEE alignait les bonnes nouvelles dans son observatoire 2019, dernier point d’étape sur la situation de l’éolien en France.

L’Hexagone compte désormais 7.950 éoliennes réparties sur 1.380 parcs et la filière génère 18.000 emplois directs et indirects, comptabilise France énergie éolienne. « Nous sommes le premier employeur des énergies renouvelables (ENR) », assure Pauline Le Bertre, déléguée générale de l’association.

« Une filière qui remplit ses objectifs »

Surtout, la croissance se poursuit, avec 1.552 mégawatts (1,5 GW) raccordés au réseau en 2018. C’est un peu moins qu’en 2017, année historique. Tout de même, « nous avons dépassé les 15 GW de puissances installées fin 2018, comme nous l’avait demandé la précédente Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)* », se félicite Olivier Perot, président de France énergie éolienne.

Ce n’est pas le cas de toutes les filières. « Le solaire est dans les choux, note ainsi Marc Jedliczka, porte-parole de Négawatt, association qui promeut la transition énergétique. Nous ne parvenons pas à atteindre le GW de puissance supplémentaire installé chaque année, l’objectif fixé par le gouvernement, notamment parce que le cadre réglementaire actuel ne permet pas de faire éclore suffisamment les projets d’énergie solaire de taille moyenne. Typiquement, les installations de panneaux photovoltaïques sur les toits et façades d’immeubles et de bâtiments publics. »

Un nouveau cap fixé pour 2028

Si l’éolien s’en sort donc un peu mieux, la France n’a pas de quoi non plus pavoiser. La production d’électricité d’origine éolienne ne couvre aujourd’hui « que » 6 % de la consommation électrique française, contre 20 % en Allemagne ou 18,8 % en Espagne. « Globalement, nous sommes très en retard sur le développement des énergies renouvelables, peste Marc Jedliczka. Le nucléaire ne leur laisse que peu de place dans notre mix électrique, et les objectifs fixés par les PPE sont trop faibles. »

Justement, une nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie est en cours d’élaboration. Elle fixe de nouveaux objectifs aux ENR, cette fois-ci à horizon 2028. Pour l’éolien, il est d’atteindre à cette date les 40 GW de puissances installées. Entre 34,1 et 35,6 GW pour l’éolien terrestre et entre 4,7 GW et 5,2 GW pour l’éolien en mer.

Le bout du tunnel pour l’éolien en mer ?

Cette PPE, qui n’existe encore qu’au stade de projet, doit être définitivement arrêtée, par décret, début 2020. Quoi qu’il en soit, France énergie éolienne se projette déjà et dit ces nouveaux objectifs à portée de main. En particulier pour l’offshore. Et pour cause : la France, qui dispose du deuxième gisement d’Europe d’éolien en mer, n’a encore aucune éolienne en activité au large de ses 3.500 km de côte. Contre 1.753 pour le Royaume-Uni (pour une puissance installée de 6,835 GW) et 1.169 pour l’Allemagne (5.355 GW). Pourtant, des appels d’offres ont été lancés dès 2011 et 2013 pour la création de six parcs au large de la Normandie et de la Bretagne, mais les projets ont été retardés notamment par des recours juridiques déposés par les anti-éoliens.

Graphique tiré de l'observatoire 2019 de France Energie Eolienne. Graphique tiré de l’observatoire 2019 de France Energie Eolienne. – /France Energie Eolienne

La filière voit toutefois le bout du tunnel. Le premier parc offshore – celui de Saint-Nazaire – devrait être raccordé au réseau en 2022. Six autres suivront d’ici à 2026, pour une capacité de production d’énergie de 3,5 GW. « Cette nouvelle PPE aurait pu être plus ambitieuse sur ses objectifs offshore », estime alors France énergie éolienne, qui espère de nouveaux appels d’offres d’ici à 2028.

Une meilleure répartition des parcs sur Terre

Pour l’éolien terrestre, la partie semble plus serrée. Pour être dans les clous de la nouvelle PPE, la filière éolienne devra tenir le rythme de 2 GW de nouvelles capacités installées à mettre en service chaque année d’ici à 2028. Pas impossible, dit FEE, même si la marche sera trop haute pour 2019. « Nous tournerons comme en 2018 autour de 1,5 GW », précise Olivier Pérot.

Le « repowering », c’est-à-dire le remplacement de la première génération de turbines installées par des machines dernier cri, plus performantes, aidera pour partie à relever le défi, sans que France énergie éolienne puisse chiffrer précisément cet apport.

Pour être en phase avec cette nouvelle PPE, il faudra aussi créer de nouveaux parcs éoliens. Les régions Hauts-de-France et Grand-Est, qui disposent des meilleurs gisements de vents de France, concentrent à elles deux 40 % des 1380 parcs existants en métropole. Dans le détail, 315 pour les Hauts-de-France, 259 le Grand-Est. Pauline Le Bertre espère à l’avenir une répartition plus harmonieuse. « Les dernières innovations technologiques nous permettent aujourd’hui de tirer parti de la ressource en vent de nouvelles régions », indique-t-elle. Elle évoque ainsi le fort dynamisme actuel de l’éolien en Aquitaine.

Raccourcir les délais d’instruction

La filière espère aussi diversifier un peu plus encore le profil des acteurs investis dans projets éoliens, en impliquant davantage les collectivités locales mais aussi les citoyens via le financement participatif ou les projets d’énergie citoyenne. Ce sera l’objet d’un des ateliers de ce colloque national de l’éolien au parc Floréal.

Elle demande enfin des garanties pour accélérer son développement. « Celui déjà de fixer au plus vite, par décret, cette PPE pour que nous ayons un maximum de visibilité, demande Pauline Le Bertre. Celui aussi de raccourcir les délais d’instructions, particulièrement long en France, où la FED parvient à attaquer en justice la quasi-totalité des projets éoliens ». « Le délai moyen pour faire aboutir un projet éolien est de huit ans », précise Olivier Perot. Contre trois ou quatre ans en Allemagne.

*Révisées tous les cinq ans, les PPE fixent les grandes orientations de la politique énergétique de la France pour les dix ans à venir.

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