Énergie : Les routiers aussi s’inquiètent de la hausse du prix du gaz

Il y a de l’eau dans le gaz… Si le prix du gazole, qui connaît une hausse de 30 % en un an, est au sommet des préoccupations des transporteurs routiers, celle du gaz naturel pour les véhicules (GNV), atteint « + 400 % en un an » s’étrangle la Fédération nationale du transport routier (FNTR).

L’ampleur de la hausse peut varier en fonction des stations, mais elle est sans précédent. En cause ? La reprise de l’activité économique qui, à partir de mai, a créé une très forte demande mondiale sur toutes les énergies, et des approvisionnements qui se réduisent, explique le site gaz-mobilité.

« Douche froide »

A ce jour, on recense environ 30.000 véhicules au gaz en France. La part dans le secteur du transport routier reste encore très faible. « Mais c’est toute la stratégie de transition énergétique du secteur qui est remise en cause, puisque aucune énergie alternative n’est assez mature aujourd’hui pour pallier l’utilisation du gaz, qui nous semblait la solution la plus crédible jusqu’ici », assure la FNTR. Classés en catégorie 1 pour les vignettes Crit’Air, les véhicules au gaz sont autorisés à rouler dans les Zones à Faible Emission (ZFE), que la métropole de Bordeaux doit adopter d’ici à 2025.

En Gironde, Nourredine Ziane, patron de MTS Transports à Bassens, a fait de l’investissement dans le gaz vert une priorité. Et il doit aujourd’hui rétropédaler. « J’ai sept véhicules qui roulent au gaz, ce qui représente à peu près 10 % de ma flotte, explique-t-il. J’ai démarré cette expérience il y a trois ans pour bénéficier de véhicules moins polluants, et jusqu’à ces derniers mois, tout se passait très bien, l’équilibre financier était tenu. Puis le prix du gaz est passé de 0,60 ct HT le kilo à 1 €, puis 1,95 € fin 2021. Cela a rebaissé un peu en décembre, et en janvier nous sommes arrivés à 2,25 €. C’est la douche froide. »

« Je ne peux pas répercuter cette hausse »

Si les professionnels bénéficient d’un système de répercussion en pied de facture des variations des coûts du gazole et du gaz, « cette disposition reste avant tout contractuelle et n’est en rien automatique, assure la Fédération du transport routier. Même quand elle s’applique, elle ne se fait pas toujours au moment même de la hausse ni au niveau exact de cette hausse ».

« Un seul de nos clients avait exigé le véhicule au gaz, sur lequel nous indexons le prix, mais pour les autres véhicules je ne peux pas répercuter cette hausse, aucun client ne l’acceptera, assure Nourredine Ziane. J’ai donc six véhicules sur sept en perte sèche, sur lesquels je perds environ une centaine d’euros par jour et par camion. »

« Je suis en train d’annuler des commandes de véhicule gaz »

Le chef d’entreprise se dit aujourd’hui « contraint d’arrêter totalement le développement au gaz ». « Je suis en train d’annuler des commandes de véhicule gaz, que je souhaite transformer en diesel, et je n’achèterai plus aucun véhicule gaz, tant que nous n’avons pas la certitude d’être accompagné en cas de nouvelle problématique sur les tarifs, et tant que nous n’avons pas plus de visibilité. »

Selon la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), une décrue des prix du gaz est espérée à partir du printemps et de l’été 2022, avant un retour à la normale annoncé pour courant 2023.