En Vendée, les meubles Gautier utilisent du bois issu des forêts dévastées par les incendies cet été

Certains ont été transformés en bois d’énergie, d’autres ont rejoint des scieries ou encore des papeteries. Mais de nombreux pins maritimes issus des forêts françaises calcinées cet été seront, peut-être bientôt, dans votre salon. Depuis quelques mois, malgré leur écorce noircie, l’entreprise vendéenne Gautier a fait le pari de les réutiliser pour les transformer en meubles. « Ce bois brûlé est encore utilisable car avec les vents très violents, le feu a léché les arbres, sans aller trop en profondeur, explique David Soulard, le directeur général. Il a par contre la caractéristique d’être très vulnérable et se conserve très mal. Il faut donc l’utiliser dès qu’on le reçoit ! »

Une fois arrivés de Landiras (Gironde), Chillac (Charente) et Baugé (Maine-et-Loire), leur traitement est en fait assez simple. Les troncs, achetés au même prix que s’ils étaient indemnes, passent dans l’énorme écorceuse que possédait déjà l’usine, sorte de machine à laver de plusieurs mètres de diamètre qui tourne. En s’entrechoquant, les arbres perdent leur écorce, celle-ci étant d’habitude revendue pour faire du paillage. Ensuite, la fibre est récupérée, broyée, puis est mélangée à celle de troncs sains, mais pour des raisons d’abord esthétiques. « La durabilité, c’est bon, assure David Soulard. Mais si l’on dépasse 15 à 20 % de brûlé dans nos panneaux de bois, on risque de retrouver de petites traces noires. »

Accélérer la part de bois recyclé

Le fabricant, qui produit 8.000 meubles par jour avec du bois affiché 100 % français, n’a pas vraiment hésité à se lancer dans la récupération des troncs abîmés. Il faut dire que le risque de pénurie pour l’hiver était alors très fort, et que l’entreprise a « un attachement fort » à la forêt de Landiras, où elle s’approvisionne depuis longtemps. Mais le chef d’entreprise y a aussi vu une opportunité pour accélérer encore sa démarche de recyclage.

« Nous sommes déjà montés à 50 % de bois recyclé mais l’on voudrait aller à 65 ou 70 %, et pourquoi pas un jour à 100 %, indique David Soulard. En plus du bois brûlé, nous nous approvisionnions déjà depuis quelques années dans les bennes de déchetterie vendéennes dédiées aux meubles, et nous sommes aussi un gros récupérateur de palettes. Là encore il a fallu convaincre, mais nous venons de nous lancer dans la seconde main. »

Gautier (120 millions d’euros de chiffre d’affaires) pense recevoir encore du bois jusqu’au printemps. « C’est important de l’extraire le plus rapidement possible, car tant qu’on ne le sort pas, on ne peut pas replanter la forêt. » Pour valoriser la démarche auprès des clients, parfois incrédules, elle a même envoyé une bûche brûlée dans chacun de ses 77 magasins français.