En Gironde, la filière bois se casse le tronc pour sauver ce qui peut encore l’être

Le bilan viendra plus tard. La priorité pour les sylviculteurs, quelques jours après les violents incendies qui ont ravagé plus de 20.000 hectares de forêts en Gironde, c’est de sauver au plus vite le bois touché par les flammes. Ces ressources, encore exploitables pendant quelques jours, peuvent en permettre de limiter leurs pertes.

« Il faut valoriser tout ce qui peut l’être dans des délais courts pour éviter l’accumulation des insectes ravageurs comme les scolytes, explique Éric Constantin, délégué régional Nouvelle-Aquitaine de l’Office national des forêts (ONF). S’ils s’installent, ça peut faire des dégâts sur des arbres sains ».

2 millions de mètres cubes de bois

En juillet, plus de 7.000 hectares de forêts ont brûlé en Gironde, à La Teste-de-Buch près du bassin d’Arcachon, et près de 14.000 hectares à Landiras, dans une monoculture de pins. La filière bois girondine craint un impact économique important des incendies. Nicolas Douzain, délégué général de la Fédération nationale du bois, estime que « deux millions de mètres cubes de bois sont concernés », un volume équivalent à « 40 % de ce qui est transformé annuellement dans le bassin landais ».

Afin de sauver leur filière, les sylviculteurs girondins sont « partis dans une course contre la montre, raconte Éric Constantin. Il faut qu’on puisse diagnostiquer et récolter le maximum de bois – blessé et mort – et faire en sorte qu’il soit utilisable. »

Palettes et charbon de bois

Vite récolté, le bois qui a brûlé reste exploitable, explique l’ONF sur son site. Les impacts et traces superficielles du feu peuvent toutefois conduire à un déclassement des usages possibles.

Le bois le moins affecté peut être destiné au bois d’œuvre, premier niveau d’utilisation pour la construction ou l’ameublement, « mais dans la qualité inférieure, c’est-à-dire le bois palette », explique Yves Rigole, responsable commercial bois à la direction territoriale Midi-Méditerranée de l’ONF. En Gironde, c’est le pin maritime, une essence forestière adaptée au sol sablonneux, qui est exploité pour la fabrication des palettes « comme 70 % des bois aquitains », souligne Nicolas Douzain.

Le bois d’œuvre est tiré du fût, la partie la plus grosse et la mieux conformée du tronc située entre le sol et la première grosse branche. Le bois de petite dimension est quant à lui appelé le bois d’industrie. Il est exploité pour la fabrication des panneaux de particules, papier et carton ou encore pour la chimie verte.

L’énergie, débouché ultime

Toutefois, les utilisations commencent à être dégressives si le feu est passé de façon plus lourde et agressive. Par exemple, les bois « non calcinés, mais léchés par les flammes ne peuvent en aucun cas être utilisés en bois de papeterie » en raison de la présence d’écorce noire qui « pollue la cuisson de la pâte à papier », souligne Yves Rigole.

Si les dégâts sont trop importants, le bois énergie reste le débouché ultime : selon le responsable commercial bois à l’ONF, le bois le plus atteint est exploité sous forme de « charbon et de biomasse » pour produire principalement de la chaleur et de l’électricité.