Emmanuel Macron avait-il bien « dit la vérité à Whirlpool » lorsqu’il était candidat ?

Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec d’ex-salariés de Whirlpool à Amiens, le 22 novembre 2019. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

  • Un peu plus de deux ans après sa visite remarquée à l’usine Whirlpool d’Amiens, en voie de fermeture, Emmanuel Macron a rencontré d’ex-salariés de l’entreprise ce vendredi.
  • Le président de la République s’est défendu d’avoir promis, à l’époque de sa visite en tant que candidat, qu’il sauverait les emplois du site, dont le repreneur a récemment été placé en liquidation.
  • 20 Minutes a vérifié s’il a bien « dit la vérité à Whirlpool », comme il l’affirme.

​Une promesse lancée par le candidat Emmanuel Macron en 2017 lors de son passage à l’usine Whirlpool d’Amiens, en voie de fermeture, juste après sa rivale Marine Le Pen, vient-elle aujourd’hui hanter le président Macron, rattrapé par un engagement électoral non tenu ?

De retour à Amiens, ce vendredi 22 novembre, pour rencontrer d’ex-salariés de Whirlpool, Emmanuel Macron s’est en effet retrouvé pris à partie par les anciens employés du groupe, qui lui reprochent de les avoir abandonnés. Car si le président tout juste élu avait bien honoré sa promesse de revenir sur les lieux cinq mois après sa victoire, et profité de cette visite pour promouvoir WN, le repreneur censé sauver une partie des emplois avec l’aide de l’État, depuis, faute de débouchés commerciaux, le repreneur a lui-même été liquidé.

Face aux caméras venues couvrir l’événement, le président de la République s’est toutefois défendu de toute fausse promesse : « Moi, j’ai dit la vérité à Whirlpool, j’ai dit la vérité, on peut dire ce qu’on veut. On était à quelques jours du deuxième tour de la campagne présidentielle. Est-ce que j’ai dit :  » On va tous vous sauver, on va garder l’entreprise ?  » Non, je leur ai dit :  » Ceux qui vous disent ça vous mentent « . Je leur ai dit :  » On va s’engager pour vous « . »

FAKE OFF

Le 26 avril 2017, à un peu plus d’une semaine du second tour de l’élection présidentielle, le candidat de La République en marche (LREM) s’était en effet rendu au sein de l’usine, quelques heures après le passage surprise de Marine Le Pen.

La visite d’Emmanuel Macron, filmée et diffusée en direct par son équipe de campagne, avait marqué les esprits, nombre d’observateurs saluant le « courage » dont il faisait preuve en allant à la rencontre de salariés particulièrement remontés et désespérés par la future perte de leur emploi. Ces images, toujours disponibles sur la page Facebook d’Emmanuel Macron, permettent de vérifier s’il avait, oui ou non, lancé une promesse qu’il aurait depuis reniée.

Quelques minutes après le lancement du live, le candidat LREM annonce d’emblée (à 2’48) : « Je vais vous dire quels sont mes engagements, parce que moi, je ne viens pas faire des promesses et je ne le ferai jamais ». Avant d’ajouter, peu après (à 6’23) : « Il n’y a pas de promesse de ceci ou de cela comme on l’a fait  sur Goodyear. Je n’ai jamais fait cela. Sur le cas, ici, de Whirlpool, à quoi je peux m’engager, de manière raisonnable, de manière efficace ? Et qu’est-ce qu’on peut construire pour l’avenir ? C’est ça ce que je suis venu vous dire. »

Interpellé par un salarié, qui lui demande « Demain, vous êtes président, vous voulez faire quoi ? », il se met alors à détailler ses propositions : « Premier point : il n’y aura aucune homologation d’un PSE [plan de sauvegarde de l’emploi] qui n’est pas à la hauteur. Aucune homologation ! Ça c’est dans la main de l’État, il n’y en aura pas. […] Je ne vais pas vous dire  » je nationalise Whirlpool « , ça n’est pas vrai, ça ne serait pas la réponse à vos problèmes. »

« La deuxième chose, c’est un repreneur. […] Sur ce volet-là – ce sera peut-être fait avant, à voir ce qui se décide dans les jours qui viennent –, on ira au bout d’un dossier de recherche de repreneur avec le dossier qui est un vrai dossier industriel, qui reprend le plus d’emplois et de manière pérenne. Pérenne ! » poursuit-il à partir de 7’36. Et à un ouvrier qui lui demande s’il « peut acter » ces éléments, il rétorque : « Monsieur, je n’ai pas les dossiers moi-même, je ne suis pas au gouvernement, donc si je l’actais devant vous, je mentirais. »

« Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois »

Emmanuel Macron fait preuve de la même prudence quelques secondes plus tard (à 8’31) : « Ça, c’est ce que j’ai dit ce matin à l’intersyndicale, c’est ce sur quoi je peux m’engager, ce ne sont pas des promesses en l’air, ce ne sont pas des choses mirifiques, je sais qu’il y en a qui veulent plus, je ne peux pas le faire. »

Les échanges se poursuivent avec les salariés de Whirlpool, Emmanuel Macron répétant peu ou prou ce qu’il a déjà annoncé, tout en précisant un peu plus les limites des solutions qu’il propose (à partir de 13’43) : « Je ne prends pas l’engagement de vous nationaliser, je ne prends pas l’engagement de vous sauver avec l’argent public, ça, ce n’est pas possible. »

Ce n’est toutefois qu’une dizaine de minutes plus tard, après une série d’échanges plus ou moins tendus sur différents sujets – comme le train de vie des élus ou le reniement des promesses des gouvernements Sarkozy ou Hollande –, qu’Emmanuel Macron affirme clairement (à 27’29) : « Je ne suis pas en train de vous dire que je vais sauver vos emplois. Parce que personne ne peut le faire dignement. Je suis en train de vous dire deux choses : je serai là pour protéger un plan social qui défend vos intérêts, et qui est à la hauteur de leur responsabilité parce qu’ils ont aujourd’hui une responsabilité compte tenu des dividendes qu’ils ont versées. »

Pas de loi contre les fermetures

A un employé qui lui lance frontalement (à 29’23) « Donc si jamais on nous trouve plus rien, tu nous trouves du taf ? », le candidat rétorque : « Je ferai le maximum, et on continuera à se vouvoyer ! », avant d’ajouter : « Il n’y a pas de recette miracle, je ne suis pas venu vous promettre des monts et merveilles, mais ces deux engagements pour Whirlpool je les ai pris, et ce combat je le mènerai »

Enfin, après une intervention de François Ruffin, Emmanuel Macron explique pourquoi adopter une loi contre la fermeture de sites industriels serait selon lui une mauvaise idée (à 35’21) : « Interdire de verser des dividendes ou interdire à une entreprise de fermer un site qu’elle a décidé de fermer, c’est quelque chose qui n’est pas possible et qui serait même contre-productif […] parce qu’il y a une liberté d’entreprendre. »

Seuls 44 salariés maintenus

La reprise par la société WN de l’industriel Nicolas Decayeux avait été effectuée quelques mois après l’élection d’Emmanuel Macron, grâce aux investissements conjoints de l’Etat (à hauteur de 2,5 millions d’euros) et de Whirlpool (7,4 millions d’euros). Mais le repreneur se retrouvait lui-même en redressement judiciaire en mai 2019.

« C’est terrible pour les salariés (…) mais on s’y attendait, ça fait un an que cette entreprise existe et il n’y a rien qui sort. Ce que Decayeux a touché par Whirlpool a payé les salaires », réagissait à l’époque auprès de l’AFP Frédéric Chanterelle, délégué CFDT chez Whirlpool. Depuis, seuls 44 employés, parmi les 182 salariés de WN, ont été maintenus par le repreneur de l’entreprise, Ageco, laissant les autres au chômage.

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