« Elle m’a sauvée » sur M6 : Une fiction sur les violences conjugales « pour aider à sauver des vies »

Une fiction, un débat et un documentaire : voici le programme que propose M6, ce mardi, lors d’une soirée spéciale dédiée à la lutte contre les violences conjugales. Elle m’a sauvée, fiction unitaire de Ionut Teianu, avec Juliette Roudet, Laura Sepul et Lio, sera diffusé en deux parties. Ce film s’inspire des histoires réelles de Julie Douib et Laura Rapp, deux femmes victimes de violences conjugales.

Elle m’a sauvée raconte les vies entremêlées de Laura (Juliette Roudet) et Julie (Laura Sepul), tout en voyageant entre leurs passés et le présent. Celui-ci se déroule en décembre 2019, pendant le procès aux assises d’Eric, l’ex-compagnon de Laura. Dans la nuit du 16 au 17 avril 2018, il a tenté de la tuer en l’étranglant, sous les yeux de leur fille Alice, alors âgée de 2 ans.

Devant la cour, Laura témoigne. Et raconte son passé avec Eric : sa rencontre avec cet agent immobilier de l’entreprise où elle est intérimaire ; les débuts rapides, trop rapides d’une relation intense ; l’installation à deux ; l’alcoolisme d’Eric ; l’annonce de sa grossesse. En parallèle, l’histoire de Julie se déroule également. De sa rencontre avec Tony dans le bar où elle travaille naît une vie à deux, puis à quatre, avec leurs deux garçons.

Prises au piège

Et puis Laura voit Eric disparaître des soirs entiers, pour rentrer alcoolisé et menaçant ; Julie s’enferme au domicile, minée par la jalousie de Tony. Sur les deux femmes, le piège se referme, et les coups des hommes s’abattent. L’une porte plainte à six reprises puis, ayant enfin quitté le domicile conjugal, doit se battre pour la garde de ses fils. L’autre n’ose parler malgré les violences répétées, après s’être entendue dire qu’il n’y aurait sans doute pas de suite. Toutes deux se retrouvent broyées par une machine judiciaire dysfonctionnelle, voire inopérante. Jusqu’à la mort, pour Julie.

Elle m’a sauvée décrit les signes d’emprise et de violence intrafamiliale, de manière plus ou moins subtile, mais efficace. Difficile de rester de marbre devant ce récit fort, souvent dur, parfois déchirant, porté un casting d’une grande sensibilité, Laura Sepul et Juliette Roudet en tête.

« Il fallait avoir conscience de la nécessité de l’honnêteté et de la fidélité à leur histoire, leur parcours, à ce qui est devenu leur combat », explique l’interprète de Laura lors d’une rencontre avec la presse organisée par M6 en janvier. Elle y rencontre pour la première fois Laura Rapp. Son avocate, Nathalie Tomasini, est également présente, ainsi que Lucien Douib, le père de Julie Douib, et Lio, qui joue Maître Tomasini.

A la hauteur

« Je n’ai vécu que le millionième de ce qu’ont subi Laura ou Julie », constate Juliette Roudet, rappelant que « nous nous préparons avec des cascadeurs. Pendant les scènes de violence, j’avais des genouillères, des coudières, j’étais protégée – parce que ce n’est pas la réalité. Nous, on est en vie. » L’actrice raconte toutefois s’être « effondrée » la veille du premier jour de tournage : « Nous avions répété les scènes de violences. Tout ce que je pensais, c’était : « Il y a donc des hommes qui mettent leurs mains sur des gorges de femmes et qui serrent »… »

L’interprète de Laura a pu échanger avec la femme dont l’histoire a inspiré Elle m’a sauvée, mais n’a pas voulu la rencontre. « J’avais peur de devoir « jouer » Laura. Je trouvais plus intéressant de trouver ce qui résonnait en moi de la vraie Laura, pour en faire un vrai personnage de fiction. » Après avoir vu le film pour la première fois, Juliette Roudet n’avait qu’une question : « Est-ce qu’on est à la hauteur de ce que Laura et Julie ont vécu, et de ce que pourquoi Laura et Lucien Douib se battent aujourd’hui ? »

« J’appréhendais un peu, mais ce film m’a bouleversée, répond Laura Rapp en direct. La performance de Juliette est exceptionnelle et retranscrit une bonne partie de mon histoire… Tout ceci est très fidèle. » A plusieurs reprises, la Laura de fiction est culpabilisée par la police, la justice ou l’avocat de la défense. « Ce sont des paroles qui m’ont vraiment été dites », rappelle Laura Rapp.

Changer le regard

Ce film « n’est pas une thérapie, assène-t-elle. J’ai écrit le livre Tweeter ou mourir pour moi, mais le film, c’est plus un sacrifice – c’est pour ma fille, pour les autres. J’espère que l’impact de ce film aidera à sauver des vies. Il faut replacer les victimes au centre de notre société. Tant qu’on ne changera pas, tant qu’on ne protègera pas les enfants, on ne changera pas la société. » Pour Lucien Douib, « ce film a réussi à montrer ce que des hommes étaient capables de faire. »

« Il nous fallait imaginer que ce film pourrait, à partir de deux histoires singulières, parler à plus de gens, dans une forme d’universalité, explique Juliette Roudet. Je veux croire que ce film peut changer le regard que l’on porte sur ce genre de choses. »

Lio, elle-même survivante de violences conjugales, affirme s’être reconnue dans les deux personnages. « La peur de Laura, face à cet homme qui continue à la harceler depuis la prison, je la ressens. Pour nous qui avons été battues et avons manqué mourir, c’est à vie. » La colère est palpable dans sa voix quand elle déclare : « Devant nous, nous avons un boys’ club, les hommes se protègent entre eux. La parole se libère, pourquoi ça n’avance pas ? Parce qu’on n’écoute pas ! » s’exclame-t-elle plus tard.

« Plus de sens qu’un Grenelle »

Ainsi, Julie Douib a porté plainte à plusieurs reprises contre son ex avant qu’il ne la tue. La médiatisation de sa mort a été l’un des points de départ du Grenelle des violences conjugales, organisé à l’automne 2019 et réunissant différents acteurs : la police, la justice, les associations et les organisations de travailleurs sociaux. « Je pense que cette fiction qui va entrer dans le petit écran des Français a plus de sens qu’un Grenelle, lance Maître Tomasini. Dans le quotidien des femmes victimes, le Grenelle n’a pas changé grand-chose. »

Laura Rapp évoque les nombreux obstacles auquel elle a fait face en tant que victime. Le processus judiciaire était embourbé, jusqu’à ce qu’elle témoigne sur Twitter, son histoire trouvant alors un fort écho médiatique. Elle insiste sur la nécessité de protéger les enfants, et note le coût des procédures pour les victimes, et la difficulté d’accès à l’aide légale. Pour couvrir toutes les dépenses, « les parents et les grands-parents sont en première ligne, rappelle Laura Rapp. Ce sont souvent eux qui sauvent nos vies. Sinon, on est forcées de prendre un crédit à la consommation. »

Pour Nathalie Tomasini comme pour Laura Rapp, « l’application des lois » et une « radicalisation des peines » sont nécessaires. « Ces femmes victimes prennent à perpétuité, constate l’avocate. Et les auteurs de violences sont persuadés qu’ils risquent davantage en vendant de la drogue qu’en battant leur femme. Il n’y a pas de vraie volonté politique [de lutter contre les violences], car notre société fonctionne de manière patriarcale. »