Elections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur : Les questions que pose l’alliance de Renaud Muselier avec LREM

Le président de la région Paca Renaud Muselier — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Le Premier ministre Jean Castex a créé la surprise ce dimanche en annonçant lui-même le retrait de la liste LREM aux régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au profit du président LR Renaud Muselier.
  • Le parti LR, qui doit se réunir ce mardi en comité stratégique, a d’ores et déjà retiré toute investiture à Renaud Muselier.
  • Le président sortant de la région peut toutefois compter sur des soutiens locaux de poids.

L’annonce a fait l’effet d’une petite bombe politique. Déjà par la forme puisque c’est le Premier ministre en personne qui, dans le Journal du dimanche, a annoncé le retrait de la candidate LREM aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur au profit du LR 
Renaud Muselier. Puis par les réactions en chaîne, à commencer par celle du patron des Républicains, Christian Jacob, qui n’a pas attendu pour signifier à Renaud Muselier qu’il « ne pourra pas bénéficier de l’investiture LR ». L’alliance régionale soulève de nombreuses questions, et annonce une semaine politique bien mouvementée.

Pourquoi une alliance dès le premier tour ?

C’est un fait, l’alliance entre Renaud Muselier et les macronistes va à l’encontre de la ligne du parti LR, à savoir pas d’accord avec LREM au premier tour. « Le premier tour doit être celui de la clarté et de la fidélité à ses convictions, ses engagements et ses alliés naturels », a martelé Christian Jacob, le président de LR, dans son communiqué publié ce dimanche. Reste la specificité du contexte local.

Renaud Muselier, président sortant de la région Paca, veut en effet ratisser large pour battre le candidat du RN Thierry Mariani, ex-membre des Républicains. Cela sans attendre l’entre-deux tours. Une récente étude de l’Ifop pour La Tribune et Europe 1 valide cette stratégie en suggérant qu’une alliance LR-LREM dès le premier tour permettrait de devancer le RN au premier tour, alors que plusieurs sondages placent l’extrême droite en tête dès ce scrutin.

Quelles sont les conséquences du retrait de l’investiture LR à Renaud Muselier ?

Renaud Muselier a été clair devant la commission nationale d’investiture des Républicains, le 7 avril : « Je souhaite le soutien de ma famille politique, a-t-il lancé, selon les propos rapportés par le Canard Enchaîné. Je l’ai régionalement, je l’espère nationalement, mais je ne vous demande aucune investiture. » Et l’on imagine mal le parti exclure in fine un Renaud Muselier qui conserverait la région à droite. Avec ou sans investiture, Renaud Muselier déroule donc pour le moment sa campagne.

Favorable à une alliance avec LREM, le maire de Toulon Hubert Falco a réaffirmé ce dimanche « son soutien plein et entier » à Renaud Muselier. Sans surprise, les représentants de l’aile droite en région l’ont au contraire dénoncée. Sur Twitter, Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes, « remercie » Christian Jacob d’avoir retiré l’investiture à Renaud Muselier, après avoir dénoncé « un coup de poignard dans le dos » de la part de l’Elysée. « Ce sera sans moi », a de son côté réagi Julien Aubert, député LR du Vaucluse.

Dans son interview au Journal du dimanche, Jean Castex a annoncé que « des représentants de la majorité parlementaire vont intégrer le dispositif conduit » par Renaud Muselier. Sophie Cluzel, l’ex-candidate LREM aux régionales, a par exemple indiqué qu’elle serait candidate dans le Var. Les jours à venir vont sans doute être déterminants pour définir les contours de l’alliance locale de la droite et de LREM, et ses conséquences politiques. Pour rappel, les listes doivent être déposées en préfecture entre le 10 et le 17 mai prochain.

Est-ce que cela ouvre une brèche au niveau national ?

Clairement, cette alliance dépasse le simple enjeu local. Les Républicains ont en effet été impuissants, en région Paca, à empêcher une alliance de l’un des leurs avec les macronistes. Un sacré coup de Trafalgar à l’approche de la présidentielle de 2022. Les réactions politiques ont ainsi largement dépassé le cadre local. « Muselier fait une erreur. Avec En marche il ne gagnera pas », a affirmé sur BFMTV le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, candidat déclaré à la présidentielle, en fustigeant un accord « irresponsable » qui « nous amènera au déshonneur et à la défaite ».

« Pour incarner une alternative à la présidentielle, la droite doit défendre ses propres idées. Si aux régionales on crée la confusion, la collusion, ça hypothèque une partie de nos chances à la présidentielle », a aussi estimé Damien Abad, le président du groupe LR à l’Assemblée. Autant dire que le conseil stratégique sur les régionales, prévu ce mardi matin à LR, va être animé.

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