Élections municipales 2026 : Un responsable religieux peut-il soutenir un candidat ?
La scène se déroule dans un gymnase de Villepinte, une commune de Seine-Saint-Denis, pendant une soirée de prière, où le président de la mosquée appelle à voter pour Farida Adlani, candidate LR, qui a recueilli 31 % des votes au premier tour. D’après la loi confortant le respect des principes de la République du 24 août 2021, tout acte de propagande électorale est interdit dans un lieu servant au culte, et il est interdit « d’y afficher, d’y distribuer ou d’y diffuser de la propagande électorale, que ce soit celle d’un candidat ou d’un élu ».
La scène se déroule dans un gymnase de Villepinte, situé en Seine-Saint-Denis, lors d’une soirée de prière. Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent une personne, identifiée par plusieurs sources comme le président de la mosquée locale, appelant les fidèles à voter pour Farida Adlani, candidate Les Républicains, qui a obtenu 31 % des voix au premier tour, derrière sa concurrente Melissa Youssouf, du parti Les Écologistes. « Je vous appelle à vous réveiller dimanche », incite le président, louant les engagements de la candidate. Ces déclarations ont conduit de nombreux fidèles à se lever et quitter les lieux.
La question se pose : est-il autorisé pour un imam, un président de mosquée ou un prêtre d’adopter de telles positions dans un lieu de culte ?
La réponse penche plutôt vers la négativité, même si la situation n’est pas tout à fait claire. Selon la loi renforçant le respect des principes de la République du 24 août 2021, toute forme de propagande électorale est prohibée dans les lieux de culte, ce qui inclut non seulement les mosquées ou les églises, mais tout espace dédié à la prière. Il est stipulé qu’il est interdit « d’y afficher, d’y distribuer ou d’y diffuser de la propagande électorale, que ce soit celle d’un candidat ou d’un élu ».
Obligation de neutralité politique
« Toutes consignes de vote données en chaire le jour du scrutin en faveur d’une liste ou d’un candidat constituent une influence condamnable », analyse Anne-Laure Youhnovski Sagon, chercheuse et maîtresse de conférences en droit public, dans un article sur le sujet. En période électorale, et particulièrement le jour du scrutin, l’obligation de neutralité politique implique de ne pas exercer d’influence significative sur les fidèles au sein d’un lieu de culte.
Contactée par 20 Minutes, la chercheuse précise toutefois que si les réglementations sont claires pour les consignes données le jour du vote, elles le sont beaucoup moins lorsqu’elles sont formulées en amont. La situation est d’autant plus confuse lorsqu’il s’agit d’un président de mosquée plutôt que d’un imam. « Il n’y a aucune jurisprudence, c’est vraiment une niche… », ajoute-t-elle.
« Les ministres du culte disposent d’une liberté d’expression, mais la fonction religieuse et son éventuelle influence ne peuvent être utilisées à des fins partisanes. Cela dit, la frontière reste floue en l’absence de jurisprudence récente sur le sujet », confirme Lauren Bakir, ingénieure de recherche CNRS spécialisée dans la laïcité et les limites de la liberté d’expression. Pour Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, cela ne fait cependant guère de doute : « À quelques jours ou le jour même, le juge condamnera sauf grosse surprise. »
Des atteintes pas si rares
Mélissa Youssouf, contactée par 20 Minutes, a exprimé son regret face à la confusion entretenue par son adversaire et certains responsables religieux : « Ce type de discours n’a rien à faire dans un lieu de culte. » La Mosquée de Villepinte n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes.
De telles violations de l’obligation de neutralité ne sont pourtant pas inhabituelles. « Cela arrive depuis toujours, et dans différents types de lieux de culte », souligne Nicolas Cadène. Selon Le Canard enchaîné, les mosquées de Mantes-la-Jolie auraient également encouragé les électeurs à voter pour Arnaud Dalbis (divers droite). Pendant la campagne à Villepinte, d’autres religieux ont pris la parole pour soutenir Farida Adlani, comme en témoigne une vidéo diffusée par l’équipe de campagne de la candidate.
Ces interventions ont été dénoncées par le curé de Villepinte, qui a rappelé dans une lettre adressée à tous les paroissiens « le principe fondamental de neutralité institutionnelle de l’Église catholique à l’égard des partis politiques et des candidats en période électorale ».

