Elections européennes: Ce qu’il faut retenir du débat de France 2 entre les têtes de liste et chefs de partis

Capture d’écran du débat sur l’élection européenne organisé le 22 mai sur France 2. — France 2

  • Découpée en deux parties, l’émission de France 2 et France Inter a d’abord réuni Manon Aubry, François Bayrou, Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez.
  • Les têtes de liste ou présidents de partis devaient répondre à des questions précises par un «pour» ou «contre».
  • Ils ont débuté le débat en commentant un objet qu’ils avaient apporté.

Des têtes de liste présentes et des absentes, plusieurs heures d’échanges, de la cacophonie, un Francis Lalanne qui s’abstient sur tous les sujets… Un débat sur l’élection européenne du 26 mai était organisé ce mercredi soir sur France 2. Ni Nathalie Loiseau, ni François-Xavier Bellamy, ni Jordan Bardella, respectivement têtes de liste de la majorité présidentielle, des Républicains et du Rassemblement national (RN), n’étaient présents.

Découpée en deux parties, l’émission a d’abord réuni Manon Aubry (tête de liste La France Insoumise), François Bayrou (président du MoDem, allié de La République en marche), Raphaël Glucksmann (tête de liste Partis socialiste/Place publique), Yannick Jadot (tête de liste Europe Ecologie Les Verts), Marine Le Pen (présidente du RN) et Laurent Wauquiez (président des Républicains).

Puis un second débat, à neuf, a rassemblé huit têtes de listes : Jean-Christophe Lagarde (UDI), Francis Lalanne (Alliance Jaune), Florian Philippot (Les Patriotes), François Asselineau (UPR), Nathalie Arthaud (LO), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Ian Brossat (PCF) et Dominique Bourg (Urgence Ecologie). Il y avait également Guillaume Balas, venu porter la voix de Générations, le mouvement de Benoît Hamon.

Les personnalités politiques ont été assez partagées sur les solutions écologiques et sur l’immigration, mais ils ont été plus unanimes sur le protectionnisme. 20 Minutes vous résume ce marathon télévisé.

Des divergences sur les solutions à la crise écologique

Interrogés sur l’interditction des moteurs diesel d’ici 2040, les politiques se sont montrés partagés.

Dans le camp des « pour », on trouve quatre figures de gauche, un centriste et un membre de la majorité. Raphaël Glucksmann affirme qu’il faut faire payer les pollueurs, en taxant « les bénéfices des grandes compagnies ». Manon Aubry est favorable à cette interdiction mais elle demande « qui va payer la note ? » et assure qu’il faut « donner des alternatives de mobilité aux conducteurs qui payent aujourd’hui la note ». François Bayrou demande toutefois à vérifier les chiffres et données scientifiques sur le diesel. Jean-Christophe Lagarde, Ian Brossat et Guillaume Balas y sont favorables.

Parmi les opposants, aussi étonnant que cela puisse paraître, figure l’écolo Yannick Jadot. Mais parce qu’il veut… aller plus vite. La tête de liste d’EELV souhaite interdire les moteurs diesel dès 2030. Laurent Wauquiez s’est prononcé « contre » car il est favorable à une « barrière écologique aux frontières de l’Europe pour les importations venant de pays qui ne respectent pas nos normes environnementales ». Et Marine Le Pen affirme pour sa part que les moteurs diesel les plus modernes ont un bilan écologique meilleur que d’autres moteurs. Elle embraie en vantant le projet du RN et le localisme. Dominique Bourg et François Asselineau s’y opposent aussi.

Francis Lalanne ne veut pas s’exprimer : la tête de la liste qui prône le référendum d’initiative citoyenne (RIC) refuse de s’exprimer sans avoir au préalable consulté les citoyens. Il fera cette réponse à de multiples reprises au fil de l’émission, avant de brandir un carton jaune en toute fin de débat.

Nathalie Arthaud pour sa part décidé de s’abstenir sur ce sujet. « Les pauvres sont les plus écolos, il faut arrêter avec cette culpabilisation », tacle-t-elle.

Presque un consensus sur le pouvoir d’achat

L’idée d’une TVA à 0 % sur les produits de première nécessité séduit largement, et même au-delà de la gauche. Sauf Laurent Wauquiez. « Je ne suis pas contre cette mesure, mais ce n’est pas sérieux de promettre ça », dit-il, pointant la dette et le déficit public de la France. Manon Aubry y est favorable, mais selon elle une directive européenne empêche de baisser la TVA sous le seuil de 5 %.

« Il n’y a pas besoin de sortir des traités pour faire une TVA à 0 % sur certains produits », la contredit Raphaël Glucksman. « C’est une question de rapport de force politique, c’est ça l’enjeu de ces élections », assure le candidat de gauche. Pour Yannick Jadot, « on peut parfaitement faire évoluer TVA pour moins taxer ce qui fait du bien à l’environnement, et davantage taxer ce qui pollue ». 

Un SMIC européen qui clive la droite et la gauche

L’idée séduit à gauche : Ian Brossat, Guillaume Balas y sont favorables. Raphaël Glucksmann veut un SMIC européen à 60 % du salaire médian, quand Manon Aubry défend un écart de salaire de 1 à 20 maximum. Mais pour Laurent Wauquiez, le SMIC européen est « une fausse bonne solution », quand Jean-Christophe Lagarde dénonce « une foutaise ». « La priorité, ce n’est pas la concurrence entre les pays européens. Le principal défi, c’est le dumping mené par la Chine par rapport à l’Europe. Instaurons la préférence européenne pour nos produits », assure le patron de LR.

Francis Lalanne a pour sa part demandé une hausse du SMIC en France,à 1.800 euros, avant de le faire en Europe.

Deux « Frexiters » contre tous

François Asselineau et Florian Philippot, tous deux invités de la deuxième partie du débat, sont les deux seuls candidats à prôner le Frexit. Une position qui les a conduits à tancer les autres invités. Le patron des Patriotes a dénoncé une « folie absolue. Le Parlement européen ne modifiera pas les traités. Il faut l’unanimité des Etats membres pour changer la moindre virgule. Ce smic européen est un gadget ».

Quant au président de l’UPR, il a utilisé ce débat comme illustration de son argument anti-UE : « vous organisez le débat avec 6 personnes au lieu de 9. On ne peut pas arriver à quoi que ce soit à 28 ».

Le protectionnisme

Les candidats ont enchaîné avec un débat sur le protectionnisme, un sujet sur lequel ils étaient plutôt d’accord, même s’ils divergent sur l’ampleur et les modalités de ce protectionnisme.

François Bayrou a assuré qu’« un emploi sur 3 en France est basé sur l’exportation », et que « fermer les frontières ne fera que les pénaliser ». Pour le patron du MoDem, « le protectionnisme doit s’entendre sur la réciprocité. L’Europe doit ainsi exister sur ce plan face aux autres qui souhaitent imposer leurs propres règles ». 

Marine Le Pen veut au contraire « interdire d’importer des produits qu’on n’a pas le droit de produire chez nous avec nos normes ». « Je suis aussi pour un patriotisme économique », complète-t-elle. Raphaël Glucksmann défend un autre genre de protectionnisme, « vert et solidaire », un peu comme Nicolas Dupont-Aignan qui prône «un protectionnisme social et écologique». 

Laurent Wauquiez défend la proposition des Républicains de « mettre en place une double préférence française et européenne » et Manon Aubry a dit vouloir abolir la directive sur le travail détaché pour lutter contre le dumping social.

Sur l’immigration, des clivages nets

Interrogés sur des quotas de migrants obligatoires pour les pays de l’UE, Yannick Jadot, Raphaël Glucksmann, Ian Brossat et Jean-Christophe Lagarde y sont favorables.

Mais François Bayrou ne croit pas aux « politiques autoritaires qui imposent des décisions aux Etats ». Egalement défavorable à cette mesure, Laurent Wauquiez rappelle que son parti veut que les demandes d’asile se fassent « de l’autre côté de la Méditerranée ». Il accuse François Bayrou et le programme de la liste qu’il défend d’être contradictoires. Manon Aubry s’oppose, elle aussi, aux quotas. « Frontex est un outil de militarisation, il y a eu plus de 2.000 morts en Méditerranée l’an passé, ce sont des êtres humains », dénonce-t-elle.

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