Election européennes: Le RN en tête pour la première fois en outre-mer

French far-right Rassemblement National (RN) party president Marine Le Pen arrives overseas for a 2-day visit to Mayotte as part of the European elections on Mars, 29, 2019 in Mamoudzou, France. La presidente du Rassemblement National Marine Le Pen arrive en outre-mer pour une visite de 2 jours a Mayotte dans le cadre des elections europeennes. — ALAIN ROBERT/SIPA

Une majorité de territoires d’outre-mer ont pour la première fois placé le Rassemblement national en tête d’une élection, le département de Mayotte lui offrant même son meilleur score au niveau national aux élections européennes, sur fond d’abstention toujours massive. Seuls trois territoires ultramarins sur onze ont préféré le parti d’Emmanuel Macron.

Même si les Outre-mer ont davantage voté qu’en 2014, les taux d’abstention restent beaucoup plus élevés qu’en métropole: 86,59% en Guyane, 85,63% en Guadeloupe et, pour le moins fort, 65,37% à Wallis et Futuna.

Percée historique

«Alors qu’ils ont longtemps été une digue infranchissable, les Outre-mer sont aujourd’hui touchés comme le reste du territoire national par cette montée du parti d’extrême droite», a déploré l’ancien ancien délégué ministériel à l’égalité des chances des Français d’outre-mer Patrick Karam (LR).

Après une percée déjà historique en outre-mer lors de l’élection présidentielle de 2017, où le parti de Marine le Pen avait totalisé le plus grand nombre de voix sur l’ensemble des outre-mer, sans cependant arriver en tête dans un seul d’entre eux, c’est désormais chose faite.

Immigration et sentiment d’injustice

Sans surprise, sur fond d’immigration clandestine importante, le RN atteint son meilleur score outre-mer (45,56%) et au niveau national à Mayotte, qui subit l’arrivée massive de clandestins comoriens, et a connu un long mouvement social contre l’insécurité au printemps 2018. 

Pour les mêmes raisons, la liste de Jordan Bardella s’impose également en Guyane (27,4%), touchée par une immigration du Suriname et du Brésil voisins, et un retard économique et social vis à vis de la métropole.  

Le RN réussit l’exploit de s’imposer à 31,2% à la Réunion, le territoire le plus important en nombre d’habitants, où il est en première place dans toutes les communes.

Le parti d’Emmanuel Macron, qui n’arrive qu’en troisième position dans l’île, derrière LFI, paye le prix du sentiment d’injustice et d’abandon exprimé par les Réunionnais lors de la crise des «gilets jaunes».

La liste de Jordan Bardella crée aussi la surprise en arrivant en tête en Guadeloupe (23,7%), terre traditionnellement de gauche, alors que les Antilles étaient jusqu’alors considérées comme un rempart face au vote d’extrême droite. Elle atteint aussi plus de 28% à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, îles touchées par le cyclone Irma en 2017.

LREM en tête en Martinique

La Martinique voisine, dont le président de la collectivité, Alfred Marie-Jeanne avait appelé à faire barrage contre le parti d’extrême-droite, a elle placé en tête la liste LREM/MoDem (18,2%), devant le Rassemblement national (16,1%) et la France insoumise (12,9%).

Le parti d’Emmanuel Macron fait ses meilleurs scores en Polynésie (43,3%), où le président Edouard Fritsch avait appelé à soutenir la liste de Nathalie Loiseau, et à Wallis-et-Futuna (37,1%), qui avait déjà donné à Emmanuel Macron son meilleur score outre-mer à la présidentielle.

La liste EELV tire son épingle du jeu, avec des scores très honorables (16,3% en Guadeloupe, 18,6% en Guyane), tandis que LFI arrive à se placer en seconde position à La Réunion (19%). 

Politique

Européennes: Comment le Rassemblement national drague l’Outre-mer

Politique

«Gilets jaunes»: La Réunion n’a pas attendu le grand débat national pour s’essayer à la démocratie participative

4 partages