EELV : Candidates, contexte, différences… Ce qu’il faut savoir avant l’élection de la prochaine cheffe des écolos

Qui succédera à Julien Bayou à la tête d’Europe Ecologie-Les Verts ? Les adhérents votent samedi lors d’un « congrès décentralisé », une première étape qui va révéler l’état du rapport de force dans un parti marqué par les divisions et qui peine à s’affirmer.

Le contexte

Plombé par les 4,6 % de son candidat Yannick Jadot à la présidentielle, EELV peine à être audible, même si grâce à l’alliance de la gauche (Nupes), le parti a gagné un groupe de députés à l’Assemblée. Le parti, qui se veut en pointe sur la question féminine, a été fragilisé par « l’affaire » Julien Bayou, le secrétaire national sortant, accusé par la députée Sandrine Rousseau de violences psychologiques contre une ex-compagne, ce qu’il conteste. Cette affaire, ainsi que les luttes internes notamment entre Yannick Jadot et Sandrine Rousseau, focalisent l’attention, au détriment des propositions de fond du parti.

Les candidates

Six femmes sont en lice mais le sort du parti devrait surtout se jouer entre trois d’entre elles : Marine Tondelier, élue à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et membre de la direction sortante, est considérée comme la favorite, soutenue notamment par Julien Bayou ; Sophie Bussière, conseillère régionale Nouvelle-Aquitaine et soutenue par l’eurodéputé Yannick Jadot ; Mélissa Camara, élue lilloise soutenue par la députée écoféministe Sandrine Rousseau et une partie de l’aile gauche d’EELV.

Trois autres femmes présentent des motions plus confidentielles : l’ex-candidate aux régionales en Bretagne Claire Desmares-Poirrier, qui défend les territoires, le fédéralisme et la décroissance ; la responsable des élections Hélène Hardy, qui appelle à tourner davantage le parti vers les quartiers populaires ; et la membre du bureau exécutif Géraldine Boyer, qui revendique un héritage libertaire.

Comment ça marche

La nouvelle cheffe du parti ne devrait pas être connue samedi soir, mais les résultats de ce « congrès décentralisé », auquel peuvent participer les quelque 11.000 adhérents, permettront de connaître les grandes forces en présence.

Samedi, les adhérents voteront pour les listes en lice, mais aussi pour élire les membres du futur conseil fédéral, et surtout les 400 délégués au « congrès fédéral » prévu le 10 décembre à Rungis (Ile-de-France), qui désigneront la nouvelle secrétaire nationale. Si aucune liste n’atteint 50 % des voix samedi, des fusions s’imposeront.

Leurs points communs

Les candidates pâtissent toutes d’un déficit de notoriété, en raison des statuts du parti qui empêchent un élu national de se présenter à la tête d’EELV. Elles ont en commun de vouloir « massifier » le parti et renouer avec la ruralité et les quartiers populaires. Marine Tondelier souhaite notamment « un million de sympathisants » à la fin de ce mandat.

Toutes sauf une entendent aussi « refonder » EELV – seule Mélissa Camara n’en fait pas une priorité –, plusieurs évoquant la nécessité d’Etats généraux de l’écologie très rapidement. « Il n’y a pas tant de différences que ça entre nous », assure Marine Tondelier, qui défend « un parti bienveillant et inclusif », et critique « le buzz » et « la twitterisation » qui divise le parti, dans un tacle à Sandrine Rousseau.

Leurs différences

Marine Tondelier comme Sophie Bussière prennent leurs distances avec la Nupes, estimant nécessaire de travailler d’abord à « un nouveau grand parti de l’écologie ». Marine Tondelier veut une « nouvelle forme de coalition » et revendique une « autonomie ». Même combat pour Sophie Bussière, qui défend « une vision européenne, fédéraliste, qui nous distingue de certains partenaires à gauche ». Toutes deux revendiquent une liste autonome aux Européennes. Pour se démarquer, Sophie Bussière n’hésite pas à tacler la direction sortante – et donc Marine Tondelier – qui « n’a pas tenu ses promesses de transformations », selon elle.

A l’inverse, Mélissa Camara défend, elle, la Nupes et prétend faire d’EELV « une force motrice de la gauche ». « Je refuse de rejouer le jeu de l’hégémonie et de qui sera le roi du cimetière », dit-elle. Aux Européennes, elle prône de ne pas fermer la porte à une liste commune. Mélissa Camara veut par ailleurs porter « une forme de radicalité, de rupture » et souhaite que le parti retrouve toute sa place dans les mouvements de désobéissance civile. Son score donnera une image du poids dans le parti de Sandrine Rousseau. « Pour les autres listes, c’est tout sauf Rousseau », déplore Mélissa Camara.