Du publipostage à domicile avec promesse d’embauche? Gare à l’arnaque sur Facebook

Des enveloppes (illustration). — Pexels

  • « Emballage à domicile », « Mise sous pli Homme/Femme », « Travail a Domicile »… Sur Facebook, de nombreuses pages proposent d’être rémunéré pour réaliser du publipostage à domicile.
  • Mais ces pages, qui reposent toutes sur le même type de présentation et de messages d’accroche, visent en réalité à arnaquer les internautes.
  • 20 Minutes fait le point sur le fonctionnement de cette escroquerie répandue.

Au premier abord, l’offre a de quoi séduire toute personne à la recherche d’un emploi. Et pour cause, puisqu’elle promet du « publipostage bien rémunéré ».

« Le travail est accessible à tous, il consiste tout simplement à mettre dans l’enveloppe les différents éléments du publipostage et à les plier par la suite selon le modèle que nous vous indiquerons », détaille cette annonce disponible sur la page Facebook « Emballage à domicile », qui prétend s’adresser à « un nombre limité de personnes dignes de confiance ».

L'une des pages Facebook proposant du publipostage à domicile. L’une des pages Facebook proposant du publipostage à domicile. – capture d’écran/Facebook

Pourtant, une rapide recherche sur le réseau social permet de constater que de nombreuses pages aux intitulés similaires – pour la plupart créées entre le 15 et le 23 août 2019 – proposent ce travail alléchant. Qu’elles s’appellent « Mise sous pli Homme/Femme », ou encore « Travail a Domicile », elles invitent à chaque fois, à travers le même texte, à les contacter en « message privée (sic) » pour en savoir plus.

Mais il s’agit en réalité d’une arnaque visant à convaincre les personnes intéressées d’envoyer de l’argent au prétendu recruteur.

FAKE OFF

A chaque fois, plusieurs éléments ont de quoi éveiller la suspicion. A commencer par les photos d’illustration utilisées dans l’annonce ou en couverture de la page. Une simple recherche d’image inversée sur la page « Mise sous pli Homme/Femme » montre ainsi qu’elle reprend la photo d’un article de Ouest-France prise pendant la mise en pli de programmes électoraux pour la présidentielle 2017 près de Guingamp (Côtes-d’Armor), et celle d’une même séance dans le Finistère, photographiée par Le Télégramme pour le scrutin de 2012.

A chaque prise de contact avec une recrue potentielle, ces pages recourent en outre à des messages identiques – à l’exception du nom du prétendu recruteur, variable à chaque fois.

Comme nous avons pu le constater lors de plusieurs échanges, elles expliquent d’abord les tâches exactes demandées aux candidats. Avant de leur faire miroiter des conditions de travail encore plus attrayantes : « [Cette mission] se fait manuellement selon votre disponibilité et à votre rythme. Vous n’avez pas besoin d’investir dans du matériel coûteux. […] Votre activité sera soit principale, soit en complément d’un travail salarié, vous bénéficierez toutefois d’un statut légal offrant une couverture sociale. Vous choisirez vos horaires et vos jours de travail dans la semaine. »

Le message envoyé par les pages de recrutement en publipostage après une première prise de contact. Le message envoyé par les pages de recrutement en publipostage après une première prise de contact. – capture d’écran/Facebook

Si les deux pages proposent des rémunérations différentes (soit 400 euros pour chaque lot de 2.500 documents, soit 300 euros pour 1.500 documents), elles évoquent systématiquement une « période d’essai de deux semaines » et la possibilité d’un recrutement en CDD ou CDI dans la foulée. Enfin, elles demandent plusieurs informations à la personne intéressée : adresse postale et mail, disponibilité dans la journée, nom de sa banque, photo de sa carte d’identité ou de son passeport…

C’est ensuite que l’escroquerie intervient, comme le montrent les nombreux avis laissés sur les pages les plus anciennes par des victimes (les offres de publipostage à domicile publiées le plus récemment étant encore dépourvues de retours d’internautes).

Une arnaque au chèque

« Grosse arnaque, ils utilisent des chèques volés, vous envoient un chèque de 1.600 euros et vous demandent de rembourser 1.300 euros. [Je me] suis renseigné par l’intermédiaire de ma banque qui m’a confirmé que c’est un réseau d’arnaqueurs et sur le conseil de mon banquier et de celle émettrice du chèque, j’ai déposé une plainte à la gendarmerie », explique ainsi l’un d’entre eux sur la page « Publipostage : Mise sous plis à domicile ».

Le procédé est identique à celui que décrivait déjà le site « Travailler à domicile » en novembre 2018, en montrant comment de fausses annonces de publipostage semblables, mais relayées par mail, dupaient des internautes.

A chaque fois, le prétendu recruteur commence par envoyer à sa recrue un chèque censé couvrir l’achat d’une machine dédiée au publipostage… avant de lui réclamer le remboursement d’une partie de la somme. Sans que la victime ne soupçonne que le chèque qu’elle vient d’encaisser est volé, ce qui l’empêche de récupérer le moindre centime, alors qu’elle a déjà envoyé, sur ses propres économies, un montant important à l’arnaqueur.

« Ces pages usurpent notre identité régulièrement depuis six mois »

La pratique est récurrente, comme peut en témoigner la société Handirect qui propose, elle, de vraies annonces de publipostage et voit son identité usurpée régulièrement par ce type de pages. Certaines se présentent par exemple comme membres de son réseau, à l’instar de « Publipostage : Mise sous plis à domicile ».

Nathalie Gerrier, fondatrice et dirigeante de la société, explique à 20 Minutes : « On n’en peut plus, elles usurpent notre identité régulièrement depuis six mois, en reprenant notre logo, notre numéro Siret… Nous avons porté plainte à la police mais ça n’a rien donné, et les signalements de page à Facebook n’ont rien changé. »

Contacté par 20 Minutes, un porte-parole de Facebook affirme que le réseau social n’a pas reçu de signalement sur les pages mentionnées. « Les activités frauduleuses, y compris les arnaques en ligne, l’usurpation d’identité et les Pages ou Groupes trompeurs ou mensongers ne sont pas tolérées sur Facebook, et nous encourageons les gens à signaler ce type de comportements s’ils le constatent », précise-t-il, en rappelant son recours à des experts chargés d’identifier ces faux comptes comme à des outils automatisés pour lutter contre les « activités suspectes ».

Handirect a en tout cas découvert cette usurpation grâce aux retours d’internautes, comme l’explique Nathalie Gerrier : « Au tout début, des personnes nous ont contacté pour nous demander si on recrutait pour du travail à domicile, nous leur avons expliqué que non et elles nous ont dit « je crois que je me suis fait arnaquer » – y compris sur Le Bon Coin. Le publipostage à domicile se faisait il y a cinquante ans, aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les machines que nous utilisons se trouvent forcément dans nos locaux ».

Autre signe alertant d’une duperie : l’adresse mail de contact indiquée par « Activité de Mise sous pli et Conditionnement : Publipostage et Pliage » est la même que celle indiquée, dans un tout autre registre, sur la page Facebook – aujourd’hui supprimée – « Pret entre Particulier et aide Social (sic) » dans un message en espagnol proposant des prêts d’argent aux citoyens français, belges, canadiens ou encore portugais.

Des conseils de prévention rappelés par Pôle Emploi

« Nous avions réussi à remonter un peu la piste de certaines pages, il s’agirait a priori de gens situés au Bénin qui disposent de relais en France. L’un des arnaqueurs voulait se faire payer en Bitcoins », précise Nathalie Gerrier. Si cette arnaque est pratiquée depuis un moment sur les réseaux sociaux, la gendarmerie nationale nous indique qu’« aucune donnée statistique ne permet de mettre en évidence une hausse [du nombre de cas de] cette escroquerie ».

Contacté par 20 Minutes, Pôle Emploi explique pour sa part ne pas pouvoir assurer un suivi spécifique sur les offres frauduleuses de publipostage mais affirme « faire le nécessaire pour protéger les demandeurs d’emploi de ce type d’annonce, notamment grâce à un bouton permettant de signaler chaque offre trompeuse », conformément à sa politique de prévention en la matière.

Son site rappelle par ailleurs les conseils à suivre pour éviter ce type d’escroquerie, en incitant notamment à se méfier des « emplois ne nécessitant aucune expérience qui promettent à la fois un salaire élevé et de multiples avantages », ou encore à ne jamais envoyer d’argent à un employeur potentiel.

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