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Droits de douane américains invalidés : réactions de Washington, Bruxelles et Canada

La Cour suprême des États-Unis a invalidé ce vendredi une grande partie des droits de douane dits « réciproques » sur les produits importés instaurés par Donald Trump. Le ministre du commerce canadien, Dominic LeBlanc, a déclaré que cette décision « renforce la position du Canada » selon laquelle ces droits de douane sont « injustifiés ».


La Cour suprême des États-Unis a annulé, ce vendredi, une grande partie des droits de douane dits « réciproques » instaurés par Donald Trump, constituant un revers significatif pour sa politique commerciale. Cette décision remet en question le fondement juridique de ces taxes tout en maintenant celles appliquées à certains secteurs spécifiques. Elle a suscité des réactions immédiates à Washington et chez les principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Faisons le point avec 20 Minutes.

Aux États-Unis, des réactions politiques opposées

Donald Trump a rapidement réagi à cette décision, la qualifiant de « honte » lors d’un échange avec des gouverneurs américains. Il devrait s’exprimer davantage lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche. Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a déclaré que « le Congrès et l’administration détermineront la meilleure voie à suivre dans les prochaines semaines ». Il a défendu la stratégie commerciale du président, affirmant que « l’utilisation des droits de douane a rapporté des milliards de dollars et créé un levier considérable pour la stratégie commerciale américaine ».

Sur X, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, dont l’État avait contesté ces mesures, a appelé à un remboursement des sommes perçues. « Ces droits de douane n’étaient rien d’autre qu’une ponction illégale qui a fait monter les prix et nui aux familles », a-t-il affirmé, ajoutant : « Chaque dollar prélevé illégalement doit être remboursé immédiatement, avec intérêts. » L’ancien vice-président Mike Pence a salué « une victoire pour la séparation des pouvoirs inscrite dans la Constitution », en estimant que la décision « confirme que le pouvoir de taxer appartient au Congrès, et non au président ».

En Europe, prudence et attente de précisions

La Commission européenne a réagi avec prudence. Son porte-parole Olof Gill a déclaré : « Nous prenons note de la décision et l’analysons avec attention », mentionnant qu’elle attendait « des éclaircissements » de Washington. Il a rappelé que « les entreprises des deux côtés de l’Atlantique dépendent de la stabilité et de la prévisibilité des relations commerciales ».

L’eurodéputé allemand Bernd Lange a souligné que la décision crée une incertitude juridique importante : « Ni le gouvernement américain ni l’Union européenne ne peuvent simplement reprendre leurs activités comme si de rien n’était. » Le Royaume-Uni, qui bénéficie de droits limités à 10 % sur la plupart de ses exportations vers les États-Unis, a indiqué qu’il « travaillera avec l’administration américaine pour comprendre les conséquences » et qu’il continuera à « soutenir les entreprises britanniques ».

En Amérique du Nord, un soutien prudent

Le Canada interprète cette décision comme un soutien à sa position. Le ministre du commerce, Dominic LeBlanc, a affirmé qu’elle « renforce la position du Canada » selon laquelle ces droits de douane sont « injustifiés ». Toutefois, Candace Laing, présidente de la Chambre de commerce du Canada, a mis en garde en indiquant qu’il s’agit « d’une décision juridique, et non d’une réinitialisation de la politique commerciale américaine », estimant que le pays « devrait se préparer à de nouveaux mécanismes plus directs ».

Au Mexique, la présidente Claudia Sheinbaum a insisté sur l’importance des échanges bilatéraux, selon le New York Times. « Nous sommes non seulement le principal exportateur vers les États-Unis, mais aussi le principal acheteur de produits américains », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’« il est très important pour les deux pays de maintenir l’accord commercial ».

En Asie, des accords commerciaux fragilisés

En Inde, où certains droits de douane atteignaient 50 %, cette décision pourrait avoir des conséquences sur les accords récents. Cité par le New York Times, Ajay Srivastava, ancien responsable du commerce, a estimé que « la décision devrait inciter l’Inde à réexaminer son accord commercial », qui prévoyait notamment une augmentation des importations de produits américains.