Doyenne d’Europe : Sœur André va fêter ses 118 ans entre coup de gueule, chocolat et verre de porto

Elle a connu vingt présidents​, trois Républiques et dix papes. Ce vendredi, à Toulon, entourée du maire de la commune Hubert Falco, Sœur André fêtera ses 118 ans. Pour célébrer la plus vieille femme d’Europe vivante, connue à l’état civil sous le nom de Lucile Randon, l’Ehpad Sainte-Catherine Labouré dans lequel elle vit depuis une dizaine d’années lui prépare une petite fête, sans chichis… Et, cette fois, sans journaliste. « Elle nous a dit qu’elle en avait marre de se forcer à sourire, confie David Tavella, chargé de communication de l’Ehpad. Elle veut passer un anniversaire paisible. » Et pas question de contredire la supercentenaire qu’il décrit comme « une femme au caractère très fort, qui sait ce qu’elle veut et qui dit les choses très franchement. »

Au programme, pas de gâteau géant orné de 118 bougies, mais les péchés mignons de Sœur André : du porto et du chocolat. Des petits plaisirs dont elle a pu quelque peu abuser depuis qu’elle est devenue doyenne d’Europe, et surtout, depuis qu’elle a miraculeusement survécu au Covid, l’année dernière. La nouvelle a fait en quelques jours le tour du monde. « On a reçu tous les jours ou presque du chocolat, des livres et des sacs pleins de lettres du monde entier pour elle, raconte David Tavella. Pendant un mois, je n’ai fait que ça : répondre au courrier et lui décrire chaque dessin qu’on lui avait envoyé. »

A 100 ans, Sœur André poussait les fauteuils des autres

Sœur André en effet a perdu la vue et une partie de l’ouïe. Surtout, elle est depuis quelques années dans un fauteuil roulant, ce qu’elle vit assez mal. « Dans son précédent Ehpad, elle poussait les fauteuils des autres, même à 100 ans, s’émerveille David Tavella. Là, le fait de devoir être aidée lui est insupportable. Elle souhaite rester digne en toutes circonstances. »

Les stigmates aussi d’une vie que Sœur André a consacré aux autres, d’abord au service des orphelins et de personnes âgées à l’hôpital de Vichy, puis dans un hôpital drômois, lors de gardes de nuit. « Quand elle s’informe sur le monde, la détresse des enfants la touche d’ailleurs beaucoup, lance David Tavella. Elle qui a connu deux guerres mondiales, elle trouve que le monde d’aujourd’hui est très inquiétant. »

Un verre de vin rouge chaque midi

Cette longévité interroge aussi et attise aussi la curiosité des scientifiques. « Nous avons été sollicités par des médecins qui voulaient faire des études sur elle, confie David Tavella. Mais elle ne veut pas participer à ça. Elle ne veut pas qu’on s’intéresse à sa généalogie. Elle rappelle qu’elle avait une sœur jumelle qui est morte très jeune… »

Loin de ce tumulte autour d’elle, Sœur André continue de boire chaque midi un verre de vin rouge et chaque soir un verre d’eau pétillante. Et en femme pieuse, la supercentenaire affirme attendre la mort sans crainte. « Elle dit qu’elle en a assez de tout ça, mais elle a une foi inébranlable et reste très sereine sur cette issue, note David Tavella. Et en même temps, quand elle parle de Jeanne Calment, elle dit qu’elle aimerait bien battre le record, parce que pour elle, Jeanne Calment, c’est du pipeau ! » L’Arlésienne est officiellement décédée le 4 août 1997 à l’âge de 122 ans, devenant l’être humain ayant vécu le plus longtemps parmi les personnes dont la date de naissance a été vérifiée.