Dordogne : Hubert Faure, l’avant-dernier membre français du commando Kieffer, est décédé

Hubert Faure, ex-membre du commando Kieffer, est décédé à l’âge de 106 ans — AFP

Il ne reste donc plus qu’un seul survivant du commando, Léon Gautier, âgé de 98 ans. Hubert Faure, décédé dans la nuit de vendredi à samedi à l’âge de 106 ans, était l’avant-dernier membre du commando Kieffer, ces Français qui ont participé au Débarquement de Normandie le 6 juin 1944.

Les 177 fusiliers marins des Forces françaises libres du commando Kieffer, intégrés au Royal Marine Commando N°4, sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au Débarquement allié en Normandie. Portant le nom du capitaine de corvette Philippe Kieffer, qui avait constitué ce groupe de volontaires, le commando avait été entraîné en Écosse.

Prisonnier, il s’échappe et rejoint Forces françaises libres en Angleterre

Né le 28 mai 1914 à Neuvic (Dordogne), Hubert Faure est le fils d’un Poilu de la Première Guerre mondiale mort des suites de ses blessures aux gaz subies à Verdun. Engagé dans l’armée, il sert dans un régiment de chars de combat quand éclate la Seconde guerre mondiale. Fait prisonnier en juin 1940, il parvient à s’échapper et rejoint les forces françaises après la signature de l’Armistice.

Quand les Alliés déclenchent l’opération Torch en Afrique du Nord en novembre 1942, Hubert Faure décide de rejoindre les Forces françaises libres en Angleterre. Nouvelle arrestation en Espagne, par les franquistes, et nouvelle évasion. Il gagne le Portugal et s’envole pour l’Angleterre. Un an avant le Débarquement, il se porte volontaire pour rejoindre les troupes dirigées par le commandant Kieffer.

« Personne ne s’est dégonflé »

Expérience militaire, excellente condition physique, moral d’acier… Vite repéré, Hubert Faure est choisi pour encadrer des hommes. Peu avant le Débarquement, il découvre les cartes muettes des plages à prendre d’assaut et reconnaît aussitôt la Normandie.

Des années plus tard, il se remémorait les paroles du commandant Kieffer avant l’opération : « il nous a dit qu’il y aurait beaucoup de pertes. Ceux qui ne voulaient pas y aller pouvaient partir, il ne leur en voudrait pas. Mais personne ne s’est dégonflé. A cet âge-là, nous n’avons pas peur de mourir ».

Grand-croix de la Légion d’honneur

Le jour J, Hubert Faure est soufflé par l’explosion d’obus allemands qui lui décollent la plèvre et lui font cracher du sang. Il reçoit même la communion de l’aumônier du commando. Mais il repart au combat et prend même un moment le commandement. Plusieurs fois blessé les semaines suivantes, il doit mettre un terme à sa carrière militaire à la fin de la guerre.

Revenu à la vie civile, il se marie -Kieffer est son témoin-, reprend ses études et devient ingénieur des travaux publics, travaillant en Afrique notamment. Grand Officier de la Légion d’honneur, Hubert Faure s’était vu remettre, en 2008, sa cravate de Commandeur par l’amiral Philippe de Gaulle. Le 1er janvier 2021, il a été élevé à la dignité la plus haute, celle de Grand-croix de la Légion d’honneur.

« Une poignée de braves »

Emmanuel Macron avait rendu hommage aux 177 héros français en juin 2019, pour le 75e anniversaire du Débarquement. « Ils n’étaient qu’une poignée, certes, mais une poignée de braves (…) un symbole ô combien puissant pour l’honneur de la France », avait salué le président de la République.

C’est précisément à Colleville-Montgomery, à l’extrême flanc est des 80 km de plages où déferlèrent les alliés (Sword Beach), qu’avait débarqué ce commando. 27 hommes avaient été tués à la fin de la bataille de Normandie fin août 1944, dont 10 dès le soir du 6 juin.

Une unité des commandos de la Marine nationale porte toujours le nom de Kieffer et le béret vert des commandos marine est porté « couché à droite », le badge à gauche « à l’anglo-saxonne », un souvenir de la constitution de ces commandos en Écosse en 1942.

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