Don du sang : L’ouverture aux hommes homosexuels « permet de lever une inégalité », selon l’Inter-LGBT

Une avancée majeure. Pour mettre fin à une « discrimination », le gouvernement a décidé d’abandonner toute référence à l’orientation sexuelle et d’ouvrir, à partir du 16 mars, le don du sang aux hommes homosexuels, sans conditions, a annoncé le ministère de la Santé, ce mardi.

Un arrêté, signé mardi, rend accessible à tous le don du sang sur la base des mêmes critères, pour les homosexuels comme pour les hétérosexuels. Une décision prise dans le prolongement de la loi bioéthique , mais aussi une « volonté politique » du ministre de la Santé. Qu’est-ce que ça change ? Pourquoi cette décision met-elle fin à une inégalité ? 20 Minutes a interrogé Matthieu Gatipon, porte-parole de l’association Inter-LGBT.

Qu’est-ce que cette décision change concrètement ?

A partir du 16 mars, les hommes ayant des relations avec d’autres hommes pourront donner leur sang sans contrainte. Dans les faits, le questionnaire qui est distribué par l’Etablissement français du sang (EFS) dans le don ne les exclura plus de facto. Il visera à détecter d’éventuels comportements individuels à risque (sexualité avec plusieurs partenaires, sous drogues…). Ce sera basé sur les pratiques sexuelles et non plus sur l’orientation sexuelle.

Si le donneur a un comportement à risque, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, le délai de quatre mois est maintenu avant le don. De plus, si le donneur prend un traitement pour la prophylaxie pré ou post-exposition au VIH – ça concerne donc les personnes homosexuelles et mais aussi hétérosexuelles –, il devra le mentionner dans le questionnaire. Dans ce cas, le don sera reporté quatre mois plus tard.

Quelle était la loi avant ?

De 1983 à 2016, le don du sang était interdit aux hommes homosexuels. La loi a changé en juillet 2016, leur permettant de donner leur sang, mais cette possibilité restait soumise à une période d’abstinence sexuelle d’un an, qui a été ramenée à quatre mois en 2019. Avant, on excluait totalement les hommes qui ont des relations avec d’autres hommes du don du sang sur la base qu’ils étaient à risques. On considérait que les personnes homosexuelles avaient un risque accru de contamination au sida, donc un risque de contamination du sang.

Ça menait à des situations aberrantes. Par exemple, on a eu le témoignage d’un jeune homme homosexuel, qui voulait participer à une campagne de don du sang dans son lycée. On lui a refusé alors qu’il n’avait eu de relation sexuelle, ça n’a aucun sens.

Pourquoi est-ce que cette décision était attendue ? Pourquoi est-ce que ça met fin à une inégalité ?

Elle met fin à une situation profondément discriminatoire. En excluant les hommes homosexuels du don du sang, on sous-entendait qu’ils avaient une vie plus dissolue, un comportement sexuel plus à risque que les autres. Or, ce n’est pas vrai. Certains couples hétérosexuels, qui avaient des comportements à risques, pouvaient donner leur sang, alors que des couples d’hommes, qui faisaient des tests régulièrement ne pouvaient pas. C’est paradoxal et discriminant.

On doit se baser sur les pratiques sexuelles et non sur l’orientation sexuelle. Cette décision permet de lever une inégalité et de déconstruire les stéréotypes. Cette loi était complètement hypocrite, personne n’allait faire plusieurs mois d’abstinence pour pouvoir donner son sang, ça excluait encore plus les hommes homosexuels.

Médicalement parlant, c’est très positif car on manque de sang. Il va y avoir des donneurs potentiels supplémentaires, ça va permettre de débloquer des situations de pénuries de sang quand il y a des tensions dans l’approvisionnement, c’est toujours bon à prendre. Le 16 mars, ce sera l’aboutissement de nos revendications sur le sujet.

Pourquoi cette décision arrive maintenant ?

C’est le fruit d’une discussion de long terme qu’on a eu avec la direction générale de la Santé (DGS) depuis plusieurs années. Cette levée a été progressive, la décision était dans les tuyaux depuis un petit moment. Elle tombe maintenant, mais on n’a pas d’éléments concrets qui nous permettent de dire que c’est une décision politique.

Et puis, d’autres pays, comme l’Espagne, l’Italie, Israël et récemment l’Angleterre, ont déjà fait évoluer dans ce sens leurs conditions d’accès au don du sang, ça nous a permis de faire valoir nos arguments. D’une manière plus générale, faire tomber des inégalités, ça a un effet bénéfique, ça participe à déconstruire les stéréotypes, comme ça a été le cas avec l’ouverture du mariage pour tous. Ça participe à la normalisation, ça ne peut être que positif.