Don du corps à la science : L’université de Paris mise en examen pour « atteinte à l’intégrité d’un cadavre »

Le Centre de don du corps de l’Université Paris-Descartes — HOUPLINE RENARD/SIPA

L’université de Paris a été mise en examen mis en examen le 15 avril pour « l’atteinte à l’intégrité d’un cadavre ». Cette mise en examen intervient dans l’enquête sur les conditions indécentes de conservation de dépouilles au Centre du don des corps (CDC), a-t-on appris ce jeudi de sources proches du dossier, confirmées par une source judiciaire.

« C’est une mise en examen sans lien direct avec les faits concernant le Centre du don des corps, à une époque où l’université de Paris n’existait pas », a réagi Me Patrick Maisonneuve, qui défend l’établissement universitaire, nouvelle entité issue de la fusion en janvier 2020 de Paris-Descartes et Paris-Diderot. A l’époque, le CDC dépendait alors de l’université Paris-Descartes, connue pour sa faculté de médecine.

Locaux vétustes, dépouilles putréfiées et rongées par les souris

Selon Me Patrick Maisonneuve, ce volet de l’affaire remonte à la découverte d’une dizaine d’ossements en 2020, lors de perquisitions diligentées dans l’enquête qui a suivi le scandale, alors que le centre était déjà fermé et que les locaux étaient censés avoir été nettoyés.

Dans cette information judiciaire, un ancien préparateur en anatomie qui aurait été travaillé au CDC de 1975 à 2011 a déjà été mis en examen en décembre. Lors d’une perquisition à son domicile, des ossements humains et des bijoux récupérés sur les dépouilles ont été retrouvés, selon l’hebdomadaire Marianne.

Locaux vétustes, dépouilles putréfiées et rongées par les souris, soupçon de marchandisation des corps… Dans un article publié fin novembre 2019, L’Express avait dénoncé les « conditions indécentes » de conservation de dépouilles de « milliers de personnes ayant fait don de leur corps à la science ». Ces révélations, qui avaient fait scandale, avaient conduit la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, à ordonner la fermeture du « temple de l’anatomie française », fondé en 1953 et qui accueillait chaque année plusieurs centaines de corps.

Une « volonté de nuire ou de porter atteinte aux cadavres »

Une enquête préliminaire avait été ouverte, puis les investigations ont été confiées à des juges d’instruction en juillet 2020. Le mois précédent, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale de l’éducation du sport et de la recherche (Igésr) avaient estimé dans une enquête administrative que l’Université Paris-Descartes était responsable de « graves manquements éthiques » dans la gestion du CDC.

Le rapport évoquait notamment une « perte de repères (…) tant chez les préparateurs que chez les intervenants » sur les corps et s’interrogeait sur une « volonté de nuire ou de porter atteinte aux cadavres » de « certains préparateurs ». L’ancien président de l’université Paris-Descartes, Frédéric Dardel, a été entendu le 12 novembre en garde à vue par les enquêteurs. Il en est ressorti sans poursuite à ce stade.

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