Documents saisis chez Trump : Pourquoi les décisions de la juge, nommée par l’ex-président, font polémique

Cette avocate n’avait que 38 ans et un CV limité quand Donald Trump l’a nommée comme juge fédérale – un poste occupé à vie – pour le district sud de Floride. Deux ans plus, Aileen Cannon se trouve au cœur d’une bataille politico-judiciaire autour des documents saisis chez Trump à Mar-a-Lago début août. Et ses décisions, largement favorables à l’ex-président américain, font polémique.

Jeudi, elle a nommé un expert indépendant, le juge Dreary, en lui donnant jusqu’au 30 novembre, soit après les élections législatives de la mi-mandat («midterms »), pour passer en revue les 11.000 documents saisis chez Donald Trump, et voir si certains doivent lui être rendus au nom de privilège de l’exécutif. Surtout, elle a bloqué l’enquête du département de la Justice (DOJ) pendant cette expertise. Et rejeté sa requête de pouvoir accéder à 100 documents classifiés pendant ce temps.

Décision « biaisée »

« La juge Cannon est une rédactrice partisane », dénonce l’ancien procureur du DOJ de l’administration Obama, Andrew Weissmann. « Elle dit qu’il n’est pas établi que les documents sont classifiés, mais Trump n’a jamais dit au tribunal qu’ils ne l’étaient pas, et n’a soumis aucune preuve. La seule preuve qu’elle a, c’est que c’est écrit dessus (qu’ils sont classifiés). Sa décision est complètement biaisée. »

« Cette décision est une honte. Il ne devrait pas falloir grand-chose pour l’annuler en appel », estime de son côté l’avocat conservateur George Conway, un critique régulier de l’ancien président américain, que conseillait pourtant sa femme, Kellyanne Conway. Le sénateur républicain Marco Rubio, qui avait voté pour confirmer la juge Cannon, l’a défendu, ironisant : « Les libéraux ne critiquent les juges que quand ils ne tranchent pas en leur faveur ».

Appel ou pas ?

Désormais, le DOJ à deux options. Il peut faire appel devant un panel de trois juges tirés au sort parmi 11, dont 6 ont été nommés par Trump. L’affaire pourrait ensuite aller jusqu’à la Cour suprême, qui compte six juges conservateurs sur neuf, dont trois nommés par Trump. Cette dernière avait tranché contre l’ancien président américain quand il refusait de transmettre les documents de son administration au comité d’enquête sur le 6 janvier.

Même si le département de la Justice a une chance non-négligeable de gagner, cette partie de ping-pong pourrait prendre du temps – et Donald Trump semble vouloir jouer la montre et faire traîner la procédure pour éviter de plomber les républicains aux Midterms. Le DOJ pourrait choisir une autre voie : laisser l’expert, salué de tous les côtés, examiner en priorité les 100 documents classifiés, afin d’y avoir accès plus rapidement. S’il le décide.