Dix ans sans réponses : la famille de Guillaume Molinet attend encore
Après avoir participé à un essai clinique à Rennes, Guillaume Molinet est décédé à l’âge de 49 ans, le 17 janvier 2016. En juillet 2023, le laboratoire Bial et le médecin responsable de l’essai ont été mis en examen par le parquet de Paris pour homicide involontaire et blessures involontaires.
« Après dix ans, chaque jour, on pense à Guillaume », affirme Florence Molinet. Cette mère de quatre enfants a enterré leur père il y a dix ans. Dix ans que sa famille, après le décès de cet homme à l’âge de 49 ans, le 17 janvier 2016, attend des réponses. Guillaume Molinet, décrit ce lundi devant la presse par sa mère, Jacqueline, comme un « personnage attachant aux tendances artistiques », est mort après sa participation à un essai clinique à Rennes, pour le compte du laboratoire portugais Bial.
En juillet 2023, le laboratoire et le médecin responsable de l’essai ont été mis en examen par le parquet de Paris pour homicide involontaire et blessures involontaires. En plus de Guillaume Molinet, quatre autres participants, jugés pourtant en bonne santé, ont subi des séquelles plus ou moins graves.
Une surdose est en question. Les conclusions d’un rapport de sept experts, six ans après les faits, ont conduit à cette avancée dans l’instruction. Pas moins de 4.000 lames ont été analysées et huit pays consultés, assure l’avocat de la famille Molinet, Me Jean-Christophe Coubris. Le 10 janvier 2016, après avoir reçu plusieurs doses d’une molécule censée bloquer une enzyme pour réduire la douleur, Guillaume Molinet est hospitalisé dans un état grave.
Il subit alors divers examens « visant à montrer que son hémorragie du tronc cérébral n’était pas liée à l’essai thérapeutique, mais à une condition antérieure, on l’a même accusé d’avoir consommé de la drogue », se désole Jean-Christophe Coubris. Cependant, « les tests effectués prouvent qu’il n’y avait aucune drogue » dans son organisme, « la seule substance était la molécule » de l’essai thérapeutique, affirme encore l’avocat.
Le lendemain, dans l’incompréhension générale de la famille, l’essai thérapeutique se poursuit. Sur les cinq autres participants, quatre finissent à l’hôpital. « On ne comprend pas pourquoi on leur a administré des doses aussi importantes », s’interroge le conseil, suspectant le laboratoire d’avoir organisé un essai « sans savoir vraiment ce qu’il cherchait ». Le rapport des experts a été critiqué, et la partie mise en examen a demandé une expertise complémentaire, ce qui pourrait prolonger la procédure d’au moins un ou deux ans.
Pour la famille, le sentiment dominant est « la colère », affirme Jacqueline Molinet. « Ce n’est pas normal que l’on veuille poursuivre au maximum des examens sur un être humain pour lui imputer la responsabilité de son décès ! », s’insurge cette mère endeuillée.
La famille n’a pas demandé de compensation et ne s’est jamais renseignée sur une éventuelle indemnisation. « Nous voulons la juste vérité et que les responsables soient punis », insiste Jacqueline Molinet. Son fils, Victor, avait 16 ans lorsqu’il a perdu son père. Dix ans plus tard, même s’il admet que « la justice prend du temps », il considère qu’il est « bon que les coupables soient désignés ».
« Dix ans, c’est trop long », ajoute sa sœur, Adèle, à ses côtés. « Ça fait dix ans qu’on ne peut pas faire notre deuil, pour nous, c’est très difficile », confie-t-elle, la voix tremblante. Et même si « dix ans c’est beaucoup », Jacqueline assure : « S’il faut encore attendre dix ans, on attendra ».

