Disquaire Day : « L’achat d’un vinyle est une façon d’exprimer son amour à l’artiste », estime le producteur Alexis Castiel


Une société qui permet aux jeunes talents de lancer leur propre vinyle sans investir le moindre euro — CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES
  • Lancer la fabrication d’un vinyle lorsque l’on est un jeune artiste relève du parcours du combattant.
  • A l’occasion du Disquaire Day qui se déroule les 12 juin et 17 juillet auprès des disquaires indépendants et dont «20 Minutes» est partenaire, nous avons rencontré Alexis Castiel, co-fondateur de Diggers Factory.
  • Fondée il y a cinq ans, cette société française permet à tous les musiciens de lancer un vinyle sans avoir à dépenser le moindre euro.

Faites tourner les platines avec le Disquaire Day le 12 juin. La manifestation dont 20 Minutes est partenaire permet aux disquaires indépendants français de jouer leurs meilleurs sons autour de différents événements. Pour les fans, l’occasion de fouiller dans les bacs de vinyles et de dénicher des pépites.

Parmi elles, ils trouveront peut-être celles de Diggers Factory, une société qui permet aux jeunes talents de lancer leur propre vinyle sans investir le moindre euro. Alexis Castiel, cofondateur de Diggers Factory veut réinventer le monde du disque et nous explique comment.

A quel besoin répond Diggers Factory ?

Dans la musique, les diggers sont les chercheurs de pépites musicales, qui vont passer des heures dans les bacs à vinyle pour chercher le bon vinyle, le bon sample. Nous avons créé Diggers Factory il y a cinq ans en partant du constat que beaucoup d’artistes ne créent pas de vinyles parce que cela coûte cher à produire, avec une proportion d’un à dix par rapport au CD.

Alexis Castiel, co-fondateur de Diggers Factory.
Alexis Castiel, co-fondateur de Diggers Factory. – DIGGERS FACTORY

Constat parallèle : énormément d’artistes produisent, eux, des grosses quantités de vinyles pour réduire leur prix unitaire… quitte à détruire leurs invendus. Notre idée a donc été de trouver une solution pour les uns et les autres.

Quel est votre principe de fonctionnement ?

C’est celui d’une plateforme en ligne, avec un système de précommandes, à partir de 100 exemplaires. L’argent des précommandes va financer la production et le pressage en fonction de la demande. Et nous supprimons par ailleurs le problème de surstock. Produire pour produire n’a pas de sens.

Concrètement, quel est l’investissement financier pour l’artiste ?

L’artiste n’a pas besoin de payer quoique ce soit. Il détermine le prix de son disque. S’il veut vendre son vinyle à 50 euros, il en a le droit. Mais on ne presse pas en dessous de 100 exemplaires. Ainsi, si les précommandes sont au rendez-vous, nous lançons la production. Si elles n’y sont pas, on ne va pas plus loin. On veut changer un système obsolète.

Qui sont les artistes qui font appel à vos services ?

Nous avons une communauté assez large : 40 % de jeunes artistes, 40 % de gros artistes et 20 % d’artistes en devenir. Nous rencontrons beaucoup de jeunes artistes qui ont un gros talent. La marge que nous allons prendre sur le disque (25 % sur le HT) nous différencie des labels qui vont prendre beaucoup plus que ça. Et les labels ont aussi leur travail consiste aussi à trouver un booker pour faire des dates, à dénicher des artistes, des pépites.

Combien un artiste peut-il espérer gagner avec ses vinyles ?

Un vinyle rapporte entre 5 et 15 euros à l’artiste. Le gain est assez rapide par rapport à celui du digital (qui rapporte, lui, 0,0003 centime par écoute !). 90 % des artistes gagnent moins de 1.000 dollars par an sur les plateformes de streaming. Chez nous, ils gagnent entre 1.000 à 1.500 euros par album au moins. De notre côté, la marge que l’on prend sur le disque (25 % sur le prix hors taxes) nous différencie des labels qui vont prendre beaucoup plus que ça.

Chez Diggers Factory la fabrication de vinyles est lancée sur la base de précommandes.
Chez Diggers Factory la fabrication de vinyles est lancée sur la base de précommandes. – DIGGERS FACTORY

Les labels ont un côté management. Leur boulot consiste aussi à trouver un booker pour faire des dates, dénicher des artistes, des pépites. A terme, on a néanmoins envie de créer un label en interne. On voit beaucoup de jeunes artistes qui ont un gros talent…

Que trouve-t-on au catalogue Diggers Factory ?

Diggers Factory a accompagné plus de 2000 artistes, du débutant à Bob Sinclar qui est aussi passé par nous. Nous travaillons également avec les majors, comme Sony Music, ou encore avec l’INA en éditant en vinyles des concerts inédits des années 60. C’était dans leurs archives, personne ne les écoutait.

Une édition Diggers Factory avec l'Institut National de l'Audiovisuel.
Une édition Diggers Factory avec l’Institut National de l’Audiovisuel. – DIGGERS FACTORY

Nous ne nous interdisons rien : des 45 tours, des 33 tours, des double, voire quadruple vinyles. En ce moment, nous travaillons pas mal sur les BO de films, comme Harry Potter, Star Wars, Le Seigneurs des anneaux avec un label américain et l’Orchestre Philharmonique de Prague.

Qui sont les acheteurs de vinyles aujourd’hui ?

On le constate sur les gens qui commandent des vinyles sur notre site : la plus grosse tranche d’âge qui achète est formée par les 25 – 34 ans (30 %) et les 18-24 ans (21 %). On observe + 90 % d’achats sur cette tranche depuis 2 ans. Les jeunes vont plutôt acheter les nouveautés.

Un rayon de disques vinyles à la Fnac Etoile.
Un rayon de disques vinyles à la Fnac Etoile. – CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

C’est un signe identitaire: l’achat d’un vinyle est un moyen d’exprimer son amour à l’artiste. Beaucoup d’études montrent d’ailleurs que c’est grâce au streaming que le vinyle revient. On peut ainsi découvrir un album en ligne, puis en acheter le vinyle s’il nous plaît. On n’achète plus à l’aveugle. Aujourd’hui, on sait que l’on va aimer l’album que l’on va acheter et ça change tout le mécanisme de consommation.

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