Disparition d’Estelle Mouzin : Michel Fourniret est-il vraiment capable de répondre aux questions des enquêteurs ?

Michel Fourniret photographié lors d’une reconstitution judiciaire, le 19 septembre 2019. — SIPA

  • Michel Fourniret a été mis en examen pour l’enlèvement suivi de la mort d’Estelle Mouzin, mercredi, seize ans après les faits.
  • S’il a toujours nié les faits, il a livré des déclarations qui ont semé le doute et nourri le faisceau d’indices le reliant à la disparition de la fillette de 9 ans.
  • Mais, âgé de 77 ans, il est atteint par une forme de dégénérescence qui interroge sur sa capacité à passer aux aveux dans ce dossier.

Il n’était que 18h30 en ce jour de novembre 2018. Mais la nuit était tombée depuis longtemps sur la cour d’assises des Yvelines, à Versailles, quand Michel Fourniret entra dans le box des accusés. « Quand est-ce qu’on me ramène ? demanda-t-il alors. Mais où est-ce que je suis ici… » Ultime manœuvre de la part du tueur qui ne veut pas entendre la peine de perpétuité à laquelle il va être condamné pour le meurtre de Farida Hammiche ? « Non, il était vraiment complètement perdu, se souvient Grégory Vavasseur, son avocat dans ce dossier. Il était fatigué par tout ça… »

Aujourd’hui âgé de 77 ans, « l’ogre des Ardennes » a vu sa barbe blanchir au fil des années. Et ses yeux bleus se parent désormais d’un voile par intermittence. Le psychologue qui l’a examiné récemment a mis un nom sur cette situation : « Processus cérébral de nature dégénérative… » Cela n’a pas empêché la juge Sabine Khéris de le mettre en examen, mercredi, pour « enlèvement et séquestration suivi de la mort » d’Estelle Mouzin, disparue en 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne).

Estelle Mouzin ? « Ça fait tilt ! »

Michel Fourniret a toujours nié la moindre implication dans la disparition de la fillette de 9 ans dont le visage orne encore les murs des commissariats. Mais la juge Khéris dispose d’un large faisceau d’indices le reliant aux faits. Reste à savoir s’il sera capable un jour d’en dire davantage. « Il peut avoir des moments d’absence, mais il est parfaitement conscient, capable de débattre, de répondre… », estime Didier Seban, l’avocat d’Eric Mouzin, le père de la petite Estelle. « Il vieillit mais cela n’empêche pas la tenue des débats », abonde Richard Delgenes, l’avocat de son ex-femme, Monique Olivier.

Car il s’agit toujours d’un jeu pour le tueur en série. Manipulateur, il aime répondre aux questions par des formules alambiquées de façon à entretenir le doute. En février 2018, quand la juge lui propose le nom d’Estelle Mouzin, il répond d’abord : « Ça fait tilt ! » Avant de citer les paroles terribles d’une chanson de Félix Leclerc, un obscur parolier québecois des années 1950 : « Ti-Jean a tué un oiseau pour avoir à dîner. Demain, si Ti-Jean veut manger, il devra recommencer… »

« Il peut s’impliquer juste pour faire du mal… »

Déjà condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité pour huit meurtres, Michel Fourniret aime garder la sensation de maîtriser la situation encore aujourd’hui. Il distille donc ses révélations sans que personne ne sache vraiment s’il conserve encore des secrets ou s’il a réellement perdu la mémoire. Le 14 mars, toujours dans le bureau de la juge Khéris, toujours au sujet d’Estelle Mouzin, il avoue ainsi que s’il n’a « pas de souvenirs plus précis », c’est sans doute parce qu’il a « le cul merdeux » à propos de sa disparition…

Contacté par 20 Minutes ce jeudi matin, Eric Mouzin, le père d’Estelle, a refusé de s’exprimer sur le fond de l’affaire. Mais comme il nous l’avait déjà confié en juin, il précise qu’il se méfie toujours de la personnalité perverse de « l’ogre des Ardennes ». « Il peut s’impliquer dans une affaire juste pour nous faire tourner en bourrique, juste pour nous faire du mal, lâche-t-il. J’attends surtout de voir ce qu’il peut nous dire. » Et surtout s’il peut enfin indiquer le lieu où reposent ces dernières victimes.

Une « dangerosité criminelle intacte »

« Les reconstitutions et les transports sur les lieux des crimes sont encore le seul moyen pour lui de sortir de sa prison, pense Corinne Herrmann, avocate d’Eric Mouzin et criminologue de formation. Il ne faut pas perdre de vue que c’est son seul moyen de voir autre chose que ses quatre murs. » Autrement dit : il jouera autant que possible avec les nerfs des enquêteurs pour prolonger ses promenades où il paraît affublé d’un gilet pare-balles.

D’autant, qu’emprisonné depuis 2003, l’ogre des Ardennes ne dispose aujourd’hui pour seuls compagnons de cellule qu’un plateau d’échecs sur lequel il joue tout seul et un carnet qu’il noircit de formules boursouflées. Posé à côté des œuvres de Gogol et de Dostoïevski qu’il lit et relit. Et ce n’est pas près de changer : décrit par les experts comme un être « ni curable, ni réadaptable », il présente encore aujourd’hui « une dangerosité criminelle intacte » et « un risque de récidive extrêmement élevé ».

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