France

Discrimination : « Infliger des peines aux proprios »… Agents immobiliers réticents à la formation obligatoire

En France, près d’une agence immobilière sur deux accepte ou facilite une discrimination raciale dans l’accès au logement, selon un testing de SOS Racisme en 2025, qui a concerné 198 agences. La ministre déléguée à la Lutte contre les discriminations a déclaré que « La discrimination est illégale, et le rapport montre que le chemin est encore long. »

Le chemin reste « encore long », selon Aurore Bergé. En France, près de la moitié des agences immobilières acceptent ou facilitent la discrimination raciale en matière de logement. Ce constat, tiré d’un testing mené par SOS Racisme en 2025 sur 198 agences (comprenant des grandes enseignes et le réseau Fnaim), est sans appel : 48,48 % d’entre elles ont coopéré lorsque de faux propriétaires demandaient exclusivement des locataires « européens » afin d’éviter des « problèmes de voisinage ». La moitié des agences ont directement trié les dossiers, tandis que l’autre laissait faire ou encourageait le bailleur à discriminer.

Selon les agents immobiliers, les critères discriminants seraient imposés par les propriétaires qui prennent, par ailleurs, la décision finale dans un dossier.
Selon les agents immobiliers, les critères discriminants seraient imposés par les propriétaires qui prennent, par ailleurs, la décision finale dans un dossier.  - SYSPEO

Interrogée par Le Parisien, la ministre déléguée à la Lutte contre les discriminations a reconnu la gravité du problème ce week-end : « La discrimination est illégale, et le rapport montre que le chemin est encore long. » Sa proposition : rendre la formation sur les discriminations obligatoire pour tous les agents immobiliers, y compris les mandataires. Un décret sera signé « dans les toutes prochaines semaines ». Actuellement, seule la moitié des agents (ceux munis d’une carte professionnelle) y est soumise. « La formation facultative actuelle est insuffisante : elle ne touche que ceux qui sont déjà convaincus », a déclaré la ministre.

« Le problème vient surtout des demandes discriminatoires des propriétaires »

Mais que pensent ces professionnels de la situation sur le terrain ? Guilhem Lorendeaux, agent immobilier à Toulouse, ne s’attend pas à un grand changement : « La formation est déjà obligatoire pour le renouvellement de la carte T, et je la fait faire à tous mes mandataires », confie-t-il à 20 Minutes. Lise Dallas, mandataire commerciale à Pau, abonde dans son sens : « Nous avons tous une obligation de formation, et le pôle discrimination en fait partie, même pour nous. »

Selon eux, le problème réside principalement chez les propriétaires. « Le problème vient surtout de leurs demandes discriminatoires. Il m’est déjà arrivé qu’un bailleur refuse une personne « du Maghreb », ce qui est bien entendu choquant. La source du problème vient à 90 % des propriétaires et par la suite des agences qui acceptent cette situation. Même si nous faisons respecter la loi en refusant toute discrimination, la décision finale appartient au propriétaire. Donc, s’il est raciste, nous ne pouvons rien faire », déclare Guilhem Lorendeaux. Lise Dallas complète : « Nous faisons tous face à cette pression des propriétaires qui prennent, de toute façon, la décision finale. Je ne cautionne pas cette attitude, mais dans un marché locatif saturé, avec des dizaines de visites et de dossiers à monter, certains agents effectuent déjà un tri discriminant en anticipant le refus du bailleur. »

« Elle est bien gentille, Aurore Bergé »…

Tous deux insistent néanmoins sur le rôle des agences : elles peuvent refuser ces mandats. « C’est à nous de dire non à ce genre de propriétaires et de refuser le mandat, même si cela implique de ne pas être rémunéré », insiste l’agent immobilier toulousain. « Nous savons tous que la discrimination ne doit pas être tolérée », souligne la jeune mandataire.

Quant à la formation obligatoire, elle suscite leur scepticisme. « Elle est bien gentille, Aurore Bergé, mais la discrimination existera toujours en raison de la tension sur le marché locatif. Former est une bonne chose, mais cela nécessite une rééducation globale, ce n’est pas seulement lié à nous », juge le Toulousain. La Paloise partage son avis : « Je ne suis pas convaincue par cette mesure, même si rappeler nos responsabilités et les implications pénales est toujours bénéfique. Il faudrait surtout appliquer des sanctions aux propriétaires, car nous ne sommes pas décisionnaires. »

Guilhem va plus loin : « Si elle souhaite transmettre cette responsabilité aux agents immobiliers, il faut que l’agent soit le seul décideur dans le mandat de gestion, basé sur des critères classiques. À ce moment-là, elle peut nous faire porter la charge. »