Discours de politique générale: Edouard Philippe remonte en selle

Le premier ministre Edouard Philippe dans la cour d’honneur des Invalides le 8 juin 2019. — PATRICK GELY/SIPA

  • Ce mercredi le Premier ministre Édouard Philippe doit faire un discours de politique générale, suivi d’un vote de confiance.
  • Le premier discours de politique générale d’Edouard Philippe, en 2017, avait été précédé d’un discours de cadrage du Président de la République Emmanuel Macron, ce qui avait été perçu comme une humiliation.
  • Cette fois le Premier ministre et le Président ont décidé de changer de méthode, ce qui n’est pas pour déplaire aux députés LREM que nous avons interviewés.
     

« Tout vient à point à qui sait attendre ». Pour Edouard Philippe, qui a patiemment attendu, ce moment « à point » c’est peut-être ce mercredi, celui où le Premier ministre doit prononcer son discours de politique générale devant les députés, puis le lendemain devant le Sénat. Un discours qui doit le réinstaller pleinement dans sa fonction de Premier ministre, qui avait tendance à être éclipsée ces derniers mois par un Emmanuel Macron sur tous les fronts.

Édouard Philippe est le quatrième Premier ministre depuis 1958 à faire deux discours de politique générale dans le même quinquennat après Jean-Pierre Raffarin, François Fillon et Manuel Valls. Mais le premier discours du quinquennat n’avait pas eu beaucoup de retentissement puisque la veille le Président lui avait damé le pion. C’est terminé : au lendemain du Grand débat, Emmanuel Macron a promis un changement de méthode. Et ce changement de méthode passe aussi par une remise en selle de son Premier ministre et un dialogue avec les députés. Cette fois, Edouard Philippe fera ce discours sans subir l’ombre de son président.

« On a besoin fonctionnement plus collégial et démocratique »

Un changement de méthode que confirment nombre de députés LREM. « Jusqu’à maintenant on voyait le Président qui prenait la parole en direct, mais là c’est le Premier ministre qui tient la plume », affirme Guillaume Chiche. « Ce rapport permanent entre le Premier ministre et le Président sans aucun intermédiaire n’était pas très sain. On a besoin fonctionnement plus collégial et démocratique », commente quant à lui Aurélien Taché.

Du côté de l’Elysée, on affirmait mardi au Monde que la déclaration de politique générale devait permettre « d’ »empowerer » le premier ministre ». Un néologisme typique de la macronie, qui signifie simplement qu’on en revient… au cadre de la Cinquième République. Selon les termes de l’article 20 de la Constitution de 1958, il revient au gouvernement de « déterminer et conduire la politique de la Nation ».

Un acte de confiance

Les députés LREM que nous avons contactés s’empressent tous de se réjouir de ce retour à l’ordre ancien et au fonctionnement « normal » des institutions. « Le président compose et le premier ministre met en musique : on est revenus à un exercice normalisé », comment Guillaume Chiche. « Le Président de la République s’est beaucoup exprimé dans le cadre des Européennes et du grand débat, il faut qu’on entende le Premier ministre », complète Alexandra Louis.

Faut-il n’y voir qu’une simple volonté de mieux respecter les institutions ? Ou une récompense offerte à Edouard Philippe pour ses pour bons et loyaux services, assortie d’une prudence tactique, visant à moins exposer Emmanuel Macron ? « Le but n’est pas de légitimer ou de délégitimer le Premier ministre, mais de voir qui sont les personnes les mieux placées », tranche d’un revers de main Saïd Ahamada, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale. « Le président n’a jamais été dans la logique des fusibles. (Mettre en avant Edouard Philippe) ce n’est pas un moyen de se cacher derrière son petit doigt », estime aussi Guillaume Chiche. « C’est un acte de confiance mais pas une récompense en tant que telle » complète le député des Bouches-du-Rhône Jean-Marc Zulesi.

Sondage grandeur nature

La confiance se mesurera aussi à l’aune des votes. En 2017, La République en Marche avait récolté 370 voix pour 67 contre, et un nombre record de 129 abstentions. La plus faible opposition sur un vote de politique générale depuis 1958. Alors que plus de 70 maires et élus locaux ont récemment apporté leur soutien à Emmanuel Macron, les voix des élus de droite seront particulièrement scrutées, ainsi que toutes celles des partis en recomposition.

La déclaration du Premier ministre jeudi devant les sénateurs sera également suivie d’un vote. De quoi mesurer la capacité du gouvernement à rassembler des voix pour faire voter la réforme de la Constitution, qui nécessite une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés au Parlement réuni en Congrès à Versailles. Ce double discours de politique générale sera donc aussi une sorte de sondage grandeur nature.

Politique

Vote de confiance au gouvernement: La gauche et une large majorité LR prêts à voter contre ce mercredi

Politique

VIDEO. Le Premier ministre fera une déclaration de politique générale le 12 juin

17 partages