Dis, papy, pourquoi tu nous saoules avec le préquel de « Dark Crystal » ?

L’été s’achève en beauté avec le lancement le 30 août de «The Dark Crystal: Age of Resistance» sur Netflix. — Netflix

  • Netflix met en ligne ce vendredi  Dark Crystal : L’Age de la résistance, le préquel du film d’animation des années 1980.
  • Le film original a été réalisé par Jim Henson et Frank Oz, les papas du Muppet Show et de maitre Yoda.
  • Dark Crystal fait partie de ces œuvres étranges, fascinantes et envoûtantes qui vous marquent à jamais.
  • Le préquel de Netflix est un petit chef-d’œuvre d’animation plein de grâce.

« Rêvaillons ensemble », comme disent les Gelflings ! Nous sommes en 1979, j’ai trois ans, un poster du Muppet Show, la série créée par Jim Henson et alors diffusée sur Antenne 2, recouvre entièrement la porte de ma chambre d’enfant. En 1980, je vois mon premier film au cinéma Les Muppets : Ça c’est du cinéma ! En 1982, dans ma classe, la critique est unanime. E.T., l’extraterrestre de Steven Spielberg est le plus beau film du monde et sa créature animatronique le plus chouette truc qui existe dans l’univers.

En 1983, mes rétines sortent de la projection de Dark Crystal, le film de Jim Henson et Frank Oz, sorti en Amérique (comme on disait alors) un an plus tôt, entièrement réalisé avec des marionnettes, marquées à tout jamais. Les Skeksès me font faire des cauchemars. Les Gelflings sont encore plus chouettes qu’ET. Je n’ai rien pigé au délire des Mystiques, mais je les aime bien quand même. En 2019, Netflix met en ligne ce vendredi Dark Crystal : L’Age de la résistance, le préquel du film d’animation des années 1980. Pourquoi Dark Crystal est devenue une œuvre culte, un chef-d’œuvre de fantasy unique en son genre ?

Les papas de Kermit, la grenouille et maître Yoda aux commandes

Si vous avez moins de 30 ans, vous n’avez probablement jamais entendu parler de Jim Henson et Frank Oz, les deux marionnettistes aux manettes de Dark Crystal. Jim Henson est le papa de nombreuses bestioles colorées. Sa plus célèbre, Kermit la grenouille, fait son apparition dans le programme court Sam and Friends et dans de nombreux talk-shows comme The Tonight Show ou l’Ed Sullivan Show dans les années 1960. Il est également le créateur en 1968 de l’émission pour enfants Sesame Street.

Dans les années 1970, les marionnettes de Jim Henson participent à une série de sketchs pour un public plus mature dans le Saturday Night Live. Cette expérience lui donne l’idée de lancer The Muppet Show, un programme de divertissement animé par des marionnettes dans lequel le Tout Hollywood des seventies se précipite de Roger Moore à Sylvester Stallone en passant par Mark Hamill. On lui doit aussi les Fraggle Rock.

Au fil des années, Jim Henson s’est entouré d’une équipe de manipulateurs chevronnés à la tête de laquelle on trouve Frank Oz. Il est le papa de Miss Piggy et Fozzie dans The Muppet Show, de Grover, Cookie Monster et Bert dans Sesame Street. Sa création la plus connue est Yoda dans la saga « Star Wars ». Il lui prête sa voix et est à l’origine de la construction inversée des phrases du maître Jedi.

Une œuvre née dans une tempête à New York

A la fin des années 1970, le succès planétaire du Muppet Show fait de Jim Henson un homme plus occupé que jamais. En février 1978, l’aéroport JFK de New York est bloqué par une énorme tempête de neige. Jim Henson et sa fille Cheryl se retrouvent coincés dans un hôtel. Pour passer le temps, il imagine tout une planète, Thra, peuplée de mesquins vautours déplumés, les Skeksès, de sages taupes géantes, les Mystiques, et d’un gentil peuple elfique appelé les Gelfings. En soixante-douze heures, il gribouille une vingtaine de pages sur des feuilles fournies par l’hôtel. L’histoire doit s’appeler « Dark Crystal ».

La magnificence plastique cache une prouesse technique

A l’ère des films tout en CGI, il est difficile de se rendre compte à quel point réaliser un film d’animation en marionnettes avec des effets spéciaux relève de la prouesse technique en 1982. Le film coûte une quinzaine de millions de dollars, un record pour l’époque. Jim Henson, qui tient à sa liberté artistique totale, y place toute sa fortune personnelle.

Jim Henson demande à l’illustrateur anglais Bryan Froud, connu principalement pour ses livres illustrés portant sur les fées et les gobelins de dessiner ses créatures. La production titanesque est confiée à Gary Kurtz, à qui l’on doit celle des deux premiers volets de la saga Star Wars.

Jim Henson et Frank Oz engagent le mime suisse Jean-Pierre Amiel pour diriger les chorégraphies des marionnettes. Ils ne verront pas moins de mille cinq cents personnes pour donner vie à leurs créations, ils en embaucheront une cinquantaine : « Il a fallu inventer des mouvements pour chaque personnage. J’ai passé huit mois à entraîner tous ces artistes. Jim voulait absolument que tous les gestes, les démarches paraissent naturels », racontait le mime à Télérama à l’occasion de la sortie en salles d’une version restaurée en janvier.

Le film est tourné en Angleterre en 1981. Durant vingt-six semaines, il y a un monde fou sur le plateau. Les grandes créatures telles que les Mystiques ou les Skeksès ne requièrent pas moins de cinq animateurs. Quatre tonnes de mousse de latex sont utilisées. Il aura fallu presque cinq ans – le film sort aux Etats-Unis le 17 décembre 1982 – pour que les gribouillis de Jim Henson deviennent réalité. Résultat ? Près de trente-sept ans plus tard, la magnificence plastique du film original et sa magie sont indescriptibles.

De l’âge des miracles à l’âge de résistance

Si Dark Crystal fait partie de ces œuvres étranges, fascinantes et envoûtantes, c’est parce que Jim Henson voulait revenir à la noirceur des contes des frères Grimm (Ce qui à l’époque a perturbé les jeunes fans du Muppet Show).

Un autre monde, un autre temps, à l’âge des miracles… Cette dark fantasy est un récit initiatique où Jen et Kira, seuls survivants de la race des Gelfings, partent à la recherche d’un éclat de cristal à la demande des Mystiques, un peuple sage et pacifique. Cet éclat est le morceau manquant du Dark Crystal, source d’énergie vitale et magique, qui régit l’équilibre de la planète Thra, sur lequel veillent jalousement les cruels Skekses.

Pas de lutte manichéenne ici. Dark Crystal est un conte philosophique new age sur l’ambivalence – comme le traduit l’oxymore de son titre. L’essence du film est le nécessaire équilibre que doit trouver un individu pour être en harmonie avec lui-même, les autres et la nature.

Le préquel de conte pour enfants au cœur ténébreux, Dark Crystal : The Age of Resistance, a été coproduit par The Jim Henson Company, dirigée par les enfants de l’artiste, et Netflix. La réalisation a été confiée au français Louis Leterrier.

Très fidèle à l’œuvre originale, ce préquel a gardé la puissance visuelle et la fantaisie du monde étrange imaginé dans les années 1970 par Jim Henson. Aux Gelfings, Skeksès, Mystiques, Garthims, Landstriders, et Poldings s’ajoutent de nouvelles créatures comme les Sifans. Le monde de la série semble ainsi infiniment plus grand que celui du film.

A l’ère du tout digital, le charme suranné des marionnettes opère. Le travail numérique, en postproduction, leur confère plus d’intimité en leur donnant la possibilité de cligner les yeux par exemple. Au vu des quatre épisodes vus, les intrigues et leurs potentiels rebondissements semblent immenses et s’avèrent assez passionnants. Alors qu’on craignait que ce projet ne gâche un beau souvenir d’enfance, on ne peut que s’incliner devant ce petit chef-d’œuvre d’animation plein de grâce.

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