France

Dijon : La mère et la grand-mère s’accusent au procès des bébés dans un sac de courses

Le tribunal de Dijon juge cette semaine un cas de maltraitance impliquant deux jumelles, dont une seule a survécu, après qu’elles aient été cachées dans un sac de courses par leur mère et leur grand-mère. Les deux accusées, Sabrina Boulsas, 26 ans, et Zara Nacir, 44 ans, sont poursuivies pour meurtre et tentative de meurtre, encourant la réclusion criminelle à perpétuité.


Deux jumelles viennent de naître et sont cachées dans un sac de courses par leur mère et leur grand-mère, dans le but d’échapper à un beau-père jugé toxique. Cette affaire de maltraitance exceptionnelle est examinée cette semaine par le tribunal de Dijon, avec pour conséquence tragique que seule l’une des jumelles a survécu.

« En aucun cas, je n’ai voulu donner la mort à mes enfants » : l’expression grave, les larmes aux yeux, Sabrina Boulsas, 26 ans, peine à se contenir à l’ouverture de son procès, lundi, devant la cour d’assises de Côte d’Or.

**Duel mère-fille**

« J’ai accouché toute seule, dans la douleur », continue la jeune femme, avant de faire part de sa colère : « Ma propre mère ne m’a pas soutenue. Elle m’a tout mis sur le dos », déclare-t-elle, lançant ainsi un affrontement avec sa coaccusée, qui devrait se prolonger durant toute cette semaine d’audience. « Je n’ai pas voulu donner la mort à ces enfants », rétorque sèchement Zara Nacir, 44 ans, sa coaccusée. Les deux femmes sont poursuivies pour meurtre et tentative de meurtre, et risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

Dans la nuit du 23 au 24 mai 2020, c’est la grand-mère qui a alerté les pompiers. « Ma fille perd beaucoup de sang », leur dit-elle, omettant de mentionner la présence d’enfants. « Ne parlez pas trop fort », demande-t-elle à l’arrivée des ambulanciers. « Mon compagnon n’est pas au courant de la grossesse ».

Lorsque les ambulanciers interrogent Sabrina Boulsas, alors âgée de 20 ans, sur « ce qui a été expulsé », elle présente un sac de courses dissimulé derrière un meuble, gardant le silence sur son contenu.

Le personnel soignant y découvre le corps sans vie d’un nouveau-né et un autre qui est encore en vie. Les bébés étaient placés dans un sac en toile, contenant également un sac plastique d’une grande enseigne de discount.

**Un beau-père au cœur de l’affaire**

D’après l’accusation, les nourrissons avaient été « fermement empaquetés » dans des vêtements, au point qu’une sage-femme a rencontré « des difficultés » pour les libérer. Nées à moins de sept mois de grossesse, les jumelles pesaient moins de 800 grammes, mais l’autopsie a révélé qu’elles étaient toutes deux en vie lors de l’accouchement.

« Ils poussaient des petits gémissements », confie Sabrina Boulsas à la barre. « J’appelle ma mère et je lui dis : j’ai perdu mes bébés. Elle me répond : Pourquoi tu m’as fait ça ? », raconte l’accusée, tandis que sa mère, 38 ans à l’époque des faits, hoche négativement la tête.

« Et ma mère me dit de monter le son de la télé » pour couvrir les pleurs et éviter que le beau-père n’entende. « Je lui ai demandé de les mettre dans le sac », dit-elle, sa mère lui contredisant encore. « Pour les cacher, par peur de mon père » adoptif, précise-t-elle.

Abandonnée par le père, la jeune mère entretenait une nouvelle relation et ne voulait pas que « cet enfant » menacer ce lien, ignorant même qu’elle attendait des jumelles à cause d’un suivi médical inexistant. Elle aurait également recherché sur Internet des moyens d’interrompre une grossesse, selon l’accusation.

Considérée comme ayant fait preuve d’une « certaine immaturité », selon un expert psychiatre, la jeune femme aurait été contrainte par des principes religieux musulmans, rendant impossible toute discussion sur des relations sexuelles avant le mariage, ce qui l’a poussée à cacher sa grossesse à son père adoptif, un homme aux croyances très strictes.

« Il n’y a pas d’infraction pénale », juge son avocate, Me Chloé Bonnat, qui prévoit de plaider l’acquittement en raison d’une « situation de détresse absolue » et d’« affolement » de sa cliente.

Cet empaquetage de nouveaux-nés « n’est pas le fruit du hasard », répond Marie-Christine Klepping, avocate du département de Côte d’Or, qui s’est portée partie civile en tant qu’administrateur de l’enfant survivant. « Il y avait une volonté de s’en débarrasser », ajoute-t-elle. Le procès doit se terminer vendredi.