Déviation routière près de Bordeaux : Nécessité pour la population ou destruction de la biodiversité ? Le chantier lancé dans la contestation

Environ 1.500 camions traversent chaque jour la ville du Taillan-Médoc — M.Bosredon/20Minutes

  • Ce projet qui doit s’achever d’ici à 2023-2024, porte sur huit kilomètres de déviation, au niveau du Taillan-Médoc au nord de Bordeaux.
  • Pour des raisons environnementales, ce chantier a été maintes fois repoussé.
  • Même si le département a obtenu toutes les autorisations pour lancer les travaux, les écologistes et les associations environnementales ne décolèrent pas.

Les travaux de la déviation routière du Taillan-Médoc, au nord de Bordeaux (Gironde), démarrent ces jours-ci. Un lancement presque inespéré, tant le dossier s’est englué ces dernières années dans les aléas administratifs, entre recours d’associations environnementales et annulations en justice. En cause : la menace que ferait porter ce projet routier sur l’habitat naturel d’une centaine d’espèces animales (papillons, batraciens…), dont certaines sont déjà menacées de disparition.

Un premier coup de pioche avait ainsi été donné en 2014, avant que les travaux ne soient quasiment immédiatement arrêtés, suite à l’annulation partielle de l’arrêté de dérogation autorisant la destruction d’habitats d’espèces protégées.

Etudes complémentaires

Mais cette fois-ci, c’est la bonne, assure à 20 Minutes Alain Renard, vice-président du conseil départemental aux infrastructures et aux préservations des ressources. Toutes les autorisations environnementales ont été accordées, suite aux études complémentaires menées pour évaluer l’impact du projet routier sur ces espèces, et notamment sur le papillon Azuré de la Sanguisorbe, une des espèces menacées par ce projet routier de 8 km. Un projet dont la première ambition est de contourner la traversée du Taillan-Médoc, empruntée quotidiennement par plus de 20.000 véhicules, dont 1.000 à 1.500 camions.

« Nous allons commencer par les travaux à caractère environnemental, insiste d’ailleurs Alain Renard. Nous sanctuarisons un certain nombre d’aspects, nous allons par exemple délimiter l’espace du chantier pour qu’il ne vienne pas perturber les continuités écologiques et hydrauliques, ou encore installer des barrières pour que la petite faune ne pénètre pas au milieu des travaux. »

Compensation des destructions

Le conseil départemental se veut irréprochable en matière environnementale sur ce dossier, qui va être surveillé de près. « Des études conséquentes ont été conduites, insiste l’élu départemental, un comité de suivi environnemental a été mis en place, tout cela fait partie maintenant de l’approche basique pour des infrastructures comme celle-ci. Je rappelle aussi que nous avons réduit une partie de l’infrastructure, et que nous compensons les destructions dans une proximité immédiate, pas à l’autre bout de la planète. »

Des arguments qui ne convainquent pas les écologistes. Le groupe EELV au conseil régional vient ainsi de voter contre la subvention de la région de 3,9 millions d’euros pour ce projet, d’un montant total de 23 millions d’euros. Il dénonce « l’impact dévastateur de cette route sur des espèces protégées. »

« Rien ne change depuis les années 1970 »

« Les élus disent sans cesse qu’ils ont compris qu’il fallait mener la transition écologique, mais quand il faut faire le choix entre une énième bretelle d’autoroute ou une déviation, et la destruction d’espèces protégées, c’est toujours la même décision qui est prise… Rien ne change depuis les années 1970 » déplore Nicolas Thierry, vice-président EELV à l’environnement et à la biodiversité du conseil régional.

« Il y avait un tracé alternatif proposé par les associations, qui était beaucoup moins impactant, rappelle l’élu écologiste. Il n’a pas été retenu. Maintenant, on rentre dans le débat sur la compensation. Mais il n’y a que l’orgueil de l’homme qui peut croire qu’il va reproduire en six mois un écosystème qui a mis des centaines d’années à se construire. La priorité ce n’est pas de compenser, c’est d’éviter. »

« Un moratoire sur les infrastructures routières »

« On crée une infrastructure, ce n’est jamais neutre, admet Alain Renard, mais entre les analyses et le comité de suivi, nous restons très vigilants sur cet aspect environnemental. Aujourd’hui il y a une thrombose très importante au Taillan, il faut aussi agir pour la vie de ces habitants. La population fait partie de la biodiversité et des êtres vivants, je le rappelle. Par ailleurs, c’est un dossier qui va bien au-delà de la problématique du Taillan, il y a des enjeux pour toute la liaison entre le Médoc et la métropole, et ce sera un moyen de développement de l’ensemble du territoire. »

Pour l’élu régional Nicolas Thierry, c’est la politique du « tout voiture et camion » qu’il faut revoir. « Si l’on prend toutes les communes de la Nouvelle-Aquitaine, la liste des demandes de déviation routière est interminable. Et chacune a des arguments sincères. Mais plus vous créez d’infrastructures, plus la demande d’infrastructures augmente. Moi, je plaide pour un moratoire sur ces infrastructures routières pour repenser sous dix ans l’aménagement du territoire et les modes de déplacement. Sinon, on n’y arrivera pas. »

Il avance notamment les pistes du ferroutage et du développement des transports en commun.

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