Développement personnel : On essayé de faire sauter le verrou de nos émotions avec « La clé de votre énergie »

Elle est la référence du moment en la matière. En 2020, Natacha Calestrémé, journaliste et réalisatrice spécialisée dans la santé et l’environnement, a sorti La clé de votre énergie, un best-seller qui dépasse actuellement les 300.000 ventes en France. Sa quatrième de couverture est irrésistible : « « Je suis vidé » : qui n’a jamais ressenti cette perte d’énergie ? Et si nos problèmes de santé étaient l’expression d’émotions douloureuses ? Et si les épreuves que nous traversons étaient dues à nos peurs, nos blocages, nos culpabilités ? »

« Bah oui, tiens, et si c’était ça ? ! », se dit-on quand on se pose (trop) de questions sur la vie et que 50 heures de yoga ont échoué à vous ouvrir suffisamment les chakras pour sourire à la beauté du monde (oui, on = moi). D’autant que l’autrice ne se contente pas de lancer des questions en l’air. « Cela peut cesser et cela va cesser ! Je vous en donne la clé », affirme-t-elle. Il n’en fallait pas davantage pour que je me mette à désirer ardemment « retrouver [ma] pleine énergie ».

De « Quatre mariages pour une lune de miel » à la libération émotionnelle

D’abord, je vous préviens : je n’ai jamais été adepte de ce type de lectures. Je me disais que si « la recette du bonheur » existait dans un livre ou ailleurs, ça se saurait. Avant de me plonger dans ce bouquin, ma quête de sérénité se résumait à quelques postures de vinyasa (quand ma salle de sport proposait des réducs sur ses abonnements), à un visionnage intensif des replays de Quatre mariages pour une lune de miel et à un objectif – partiellement atteint – de cinq fruits et légumes avalés au quotidien. Je ne m’estime pas foncièrement malheureuse. Il est vrai qu’à l’échelle de l’humanité, je n’ai pas trop à me plaindre. Mais cela ne m’empêche pas d’être, à juste titre, insatisfaite. Alors, si Natacha Calestrémé peut m’aider à retrouver l’énergie que des mois de pandémie et une trentaine d’années de vie sur terre m’ont pompée, je prends !

Le titre du livre évoque « 22 protocoles pour [se] libérer émotionnellement ». L’introduction nous enseigne qu’il s’agit de « techniques » que l’autrice a découvertes au fil de ses rencontres avec des médecins, des guérisseurs, des magnétiseurs ou des chamanes et qu’elle affirme avoir elle-même expérimenté. « Semaine après semaine, mois après mois, je me suis reconstruite en me libérant de blessures héritées de ma famille, en éloignant mes peurs, en déculpabilisant, en guérissant. Ma vie s’est transformée, sublimée. » Elle propose ainsi à chaque lecteur et lectrice de « se reconnecter à [sa] force intérieure. » OK ! Mais comment ?

Make yourself great again

Page 17 : « Modifier notre regard face à l’adversité, voilà notre objectif. » Natacha Calestrémé nous invite à « prendre du recul sur les événements » et à envisager les épreuves comme une expérience. Je vois l’idée mais, quand même, tout dépend de l’épreuve en question… Faire tomber sa tartine côté confiture, ce n’est pas tout à fait la même chose que de se faire saisir ses biens par un huissier. Mais soit, avançons. En citant un autre ouvrage de référence, Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même de Lise Bourbeau, l’autrice nous incite à identifier nos « blessures émotionnelles » parmi le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. Et là, bingo !

Je découvre que je partage potentiellement la même « blessure émotionnelle » que François Mitterrand, Marine Le Pen. Et que Donald Trump. Partagée entre rires et larmes, je plonge dans un abîme d’introspection : Qu’a été ma vie jusqu’à ce moment précis où, en télétravail, je me découvre ces points communs avec ces figures politiques ? Si l’on m’avait trouvé les mêmes fêlures que Rihanna, Catherine Deneuve ou Juliette Armanet, je n’aurais pas forcément rechigné – ça donnerait un cachet glamour à la vulnérabilité – mais là, j’avoue en rester sans voix.

Pire : j’apprends page 25 que c’est MON âme « qui a choisi d’expérimenter certaines blessures ». Ainsi, « les dépasser pour qu’elles cessent de [m’] impacter » devient mon « défi majeur ». Mon double maléfique est donc bien plus machiavélique que je ne le pensais. Je tente de relativiser en me disant que mon sort pourrait être encore moins enviable. D’ailleurs, la page 30 m’informe qu’Anne Hidalgo cumule deux blessures, ce qui ne doit vraiment pas lui faciliter la vie.

J’essaie de ne pas me formaliser et de reprendre ma lecture. Je parcours des passages où l’autrice développe les conséquences de ces blessures tout en distillant ses conseils pour en guérir. Page 33 : « Reconnaitre notre blessure, l’accepter, prendre conscience des cycles et du fait qu’elle se RE-présente pour notre bien est le meilleur moyen de s’en réparer et de cesser de souffrir. » Merci du tuyau !

Et puis, page 36, voici enfin venir le premier des vingt-deux protocoles promis sur la couverture. Il reprend les enseignements lus précédemment. A savoir : prendre conscience des épreuves qui se répètent dans notre vie, poser des limites, ne pas faire vivre notre blessure à notre entourage ou encore cesser de nous l’infliger. Mon esprit vagabonde… Un visage orangé surmonté d’une mèche blonde s’impose à mon esprit : Donald Trump s’est-il déjà remis en question ainsi ?

Pression professionnelle ou gueule de bois ?

Dans un second temps il est question de maladies et des messages que chacune d’entre elles peut exprimer. Beaucoup auraient une « symbolique » et on observerait une « corrélation entre symptômes et émotions ». L’idée est de prêter attention à ces ressentis et tenter de comprendre quel message notre tête essaye de nous faire passer. Par exemple, des acouphènes pourraient être le reflet d’une pression professionnelle (à bon entendeur), la constipation la volonté de tout contrôler, et les maux de tête le reflet d’un sentiment d’insécurité. Bon, qu’on se rassure, parfois c’est simplement le signe qu’on tient une belle gueule de bois.

Je suis plutôt ouverte au fait de m’écouter. Ce n’est peut-être pas une évidence pour tous mais être bienveillant et attentif envers soi-même me semble toujours être un bon conseil. Ma crainte ? Que je m’écoute un peu trop. C’est d’ailleurs ce que je fais depuis cette lecture : je suis à l’affût du moindre signe, comme en attente permanente d’un SMS corporel. Le risque n’est-il pas de me transformer en personne complètement autocentrée, obnubilée par mon nombril ?

J’applique cependant sans tergiverser l’une des suggestions de la page 77 : parler gentiment à mon corps. « Faisons attention à la manière dont nous nous exprimons en présence de notre corps et choisissons désormais de travailler main dans la main avec lui », dit-elle. C’est du bon sens mais ça ne coûte rien de le répéter.

A ce stade je ne me trouve pas plus énergique de l’intérieur, mais j’y travaille. Je reconnais que la partie sur la maladie me fait un peu décrocher. J’y pioche quelques idées mais je n’ai pas l’impression d’être le public cible de ces pages. J’en suis la première étonnée étant donné ma propension à l’hypocondrie. Je me sens même étrangement en bonne santé en survolant ces lignes, ce qui est un point positif en soi.

Les aventuriers de l’âme perdue

Je reconnecte pleinement avec le livre lorsque j’entame la partie « reset énergétique ». Page 96, Nataché Calestrémé explique que lors d’une épreuve, une faille peut se « créer en nous, par laquelle s’échappe notre énergie vitale ». Si je comprends bien, ce phénomène, cette « perte d’âme », pourrait advenir comme une sorte de mécanisme d’autoprotection afin de nous « préserver d’une trop grande douleur émotionnelle ». Le problème ? Bah, ce bout d’âme qui s’est barré, il faut récupérer ! S’appuyant sur les propos de différentes personnes, dont une médium et guérisseuse, l’autrice relaie plusieurs protocoles de « recouvrement d’âme ».

Ai-je vraiment envie de fureter dans ce monde-là ? Ou plutôt, ai-je assez d’énergie pour m’y aventurer ? Il m’a fallu quelques jours pour l’admettre, mais la réponse est oui. Après tout, et si ça marchait ?

Voici donc le protocole numéro 6 : le « recouvrement d’âme suite à un vol d’énergie ». Je suis happée. J’apprends qu’un bout de notre âme peut parfois être volé par une personne malveillante lorsqu’on se trouve dans une situation d’emprise notamment. Le livre ne précise pas si cela marche aussi avec des entités telles que le patriarcat, le monde du travail ou le capitalisme…

Retour à la page 105 : « Le principe est de procéder à une forme de « troc » pour que notre partie d’âme nous soit restituée (…) Le but est que l’autre nous rende ce qu’il nous a volé, puis de l’aider à récupérer ce que quelqu’un d’autre lui a pris. » Comme à chaque fois, le protocole est présenté de manière très didactique, étape après étape. Pour celui-ci il y a tout un texte à apprendre, puis à réciter dans une pièce tranquille avec des bougies (si on veut) en s’adressant à ladite personne (vivante ou morte) et avec pour témoins nos êtres de lumière (oui, je sais, mais ce serait trop long à expliquer). L’idée est d’exprimer ce que l’on a sur le cœur, puis lui extirper notre bout d’âme. Fa-ci-le !

A la recherche de notre énergie et de quelques bouts d'âme.
A la recherche de notre énergie et de quelques bouts d’âme. – Canva

Evidemment, cela me paraît barré. Mais pourquoi pas ? Quand je me retrouve à parler à des êtres impalpables, à la lumière d’une fausse bougie (je n’avais que ça sous la main, j’espère que ça n’a pas enrayé le processus), tout en entendant la petite musique triste du portrait de la semaine de Sept à huit de l’autre côté de la pièce (difficile de s’isoler complètement dans un appart parisien), je me demande ce que je fous là. Il n’empêche, je reproduis plusieurs fois l’expérience pour multiplier mes chances de réussite et parce que je soupçonne un paquet de monde de m’avoir, à un moment ou un autre, piqué un bout d’âme. Résultat ? Un grand moment de solitude même si sur le moment ça ne fait pas de mal de verbaliser sa rancœur. Comme j’ai envie d’y croire, j’attends patiemment les effets : les êtres impalpables sont peut-être encore en négo, qui sait ?

De l’énergie pour retrouver son énergie

J’avoue qu’avant de me plonger dans La clé de votre énergie, je m’attendais à des conseils un peu plus classiques, du type : « Consommez plus de fibres et moins de sucres rapides », « reconnectez-vous avec la forêt » ou « apprenez à dire non ». Donald Trump m’a complètement déstabilisée, tout comme le tournant un peu plus mystique de la seconde partie. Suis-je assez ouverte d’esprit ? Est-ce que ça marche si on n’y croit qu’à moitié ?

Au final, ce livre me laisse avec bien plus de questions qu’au départ. Le comble : tenter d’y répondre m’a coûté beaucoup d’énergie. Je me sens « vidée » d’avoir essayé de ne plus l’être. J’ai refermé le bouquin en ressentant un léger sentiment de paranoïa à l’idée que mon corps me fera payer le moindre mot de travers. Sans parler de cette inquiétude qui me saisit lorsque j’imagine des bouts de mon âme se baladant dans la nature. Heureusement, entre-temps j’ai reçu un autre livre qui pourrait m’aider à m’en relever : Self-love, le cahier d’exercices pour enfin s’accepter, « le best-seller qui a changé la vie de plus de 200.000 lectrices ». Et si la mienne s’ajoutait au compteur des existences transformées ?