« Deux mois pour retrouver un niveau d’avant-confinement »… Le pentathlète Brice Loubet nous parle de son retour à l’Insep

Brice Loubet a repris le chemin de l’entraînement — FFPM/Jonathan Biche

  • L’Insep a rouvert ses portes le 11 mai.
  • Une centaine d’athlètes ont fait leur retour dans les installations, dont Brice Loubet, champion du monde de pentathlon moderne par équipes.
  • Il évoque pour 20 Minutes ce retour un peu spécial au bercail.

Tous les jeudis du mois de juin, 20 Minutes donnera la parole à des athlètes qui auraient dû, d’ici à quelques semaines, participer aux Jeux olympiques. Reprise de l’entraînement, planification de l’année à venir, conséquences psychologiques, nous évoquerons avec eux toutes les facettes du report de leur rêve olympique. Cette semaine, le pentathlète Brice Loubet et la reprise de l’entraînement après le confinement.

Voilà un peu plus d’une semaine que le pentathlète Brice Loubet a repris l’entraînement dans les installations de l’Insep​. Une éternité qu’il attendait ça. Même les chevaux de la garde républicaine qu’il monte à l’entraînement ont été moins confinés. « Ils ont été montés au quotidien et étaient en meilleure forme que les athlètes à la reprise », se marre le médaillé d’or aux Mondiaux de 2018 au bout du fil après une dure journée de labeur. « Ce rythme et cette routine me manquaient ». Tant psychiquement, que physiquement, l’heure est à la reconstruction. A la « réathlétisation », comme il aime le dire. En douceur, d’abord, pour éviter les blessures, et à plein régime, plus tard pour retrouver le top niveau. Entretien détente avec un homme libéré.

Quand avez-vous repris ?

Lundi dernier, depuis une petite semaine maintenant. Parce que l’Insep n’a pas rouvert ses portes tout de suite pour tout le monde et parce qu’on ne savait pas si on pouvait nager, donc on a attendu le 25 pour reprendre. Ça commençait à être un peu long. A la fin du confinement, j’avais un peu envie de retrouver mon quotidien de sportif qui s’entraîne 35 heures par semaine, qui prépare une compétition olympique, qui a envie de progresser, de se dépasser.

Les annonces du gouvernement et la perspective de meilleurs lendemains à court terme ont amplifié cette impatience ?

Certainement un peu, oui. Mais c’est surtout qu’au début, on s’imaginait reprendre à l’Insep le 11 mai, puis on nous a parlé du 18 et peut-être même du 2 juin. Rendez vous compte, le 2 juin ça aurait fait presque un mois d’attente en plus quand même. Mais on a finalement pu trouver un compromis avec cette date du 25 mai.

Comment ça s’est déroulé ? Qu’avez-vous ressenti en refoulant les installations de l’Insep ?

Du plaisir. Plaisir de retrouver les coachs (d’ailleurs eux aussi ça leur manquait, tout ça), de revoir les potes, plaisir de retrouver l’entraînement. On ne peut pas encore reprendre l’escrime et l’équitation. La natation, on reprend doucement aussi. Ce rythme n’est pas plus mal dans le sens où il permet de reprendre tranquillement contact avec le collectif.

Et donc pas d’escrime jusqu’à la phase 3…

Le conseil qu’on nous a donné pour l’escrime, c’est de faire des leçons à grande distance. Mais sans toucher, c’est difficile. Après, on travaille les déplacements spécifiques à l’escrime en extérieur. A partir du 22 juin, je pense que ça va pouvoir le faire et qu’on reprendra normalement.

De quoi parlez-vous avec les autres athlètes depuis les retrouvailles ?

On a beaucoup parlé du confinement de chacun, comment c’était, comment on s’en est sortis… Certains étaient en appartement, c’était plus dur pour eux, d’autres en campagne. Globalement, on est tous contents de revenir à l’entraînement. On ne parle pas trop des compétitions à venir, on sait qu’il n’y en aura pas tout de suite, de toute façon.

Et donc ça a été pour vous, ce confinement ?

J’ai eu de la chance de descendre chez mes parents qui sont à Perpignan. J’ai passé du temps avec ma petite sœur. J’ai réussi à maintenir un certain rythme d’entraînement en courant quasiment tous les jours et en faisant un peu de muscu quotidiennement aussi. Beaucoup moins que d’habitude c’est sûr, mais je pense avoir bien vécu cette période. On a eu du temps pour apprendre d’autres choses. Par exemple, je me suis mis à bricoler pas mal… On a aménagé un van avec ma compagne et on est reparti sur Paris dedans. J’avais aussi un petit mémoire à terminer alors que ça faisait des mois que je traînassais (il rit).

Revenons à l’Insep. Quels sont les protocoles sanitaires en place ici ?

C’est très strict. Les masques sont obligatoires sauf quand on s’entraîne. Il y a des entrées et sorties à des endroits distincts pour qu’on ne repasse pas deux fois au même endroit, ainsi que des sens de circulation dans les installations. Tout est vraiment mis en place pour que les normes sanitaires soient respectées.

Quid des tests de santé et des tests physiques ?

D’abord il y a une visite médicale obligatoire, sans laquelle on n’est pas autorisé à reprendre les entraînements. Ensuite, il s’agit de savoir si on a eu des symptômes du Covid-19, si oui, des tests sérologiques sont effectués pour savoir si on l’a eu ou si on a toujours des anticorps. Après il y a eu tout ce qui est tests de remise en forme, mardi, pour savoir où ou en était. Combien on a perdu en masse musculaire, est-ce qu’on a pris de la masse grasse, etc. Et enfin des tests d’équilibre. Tout ça est censé nous donner un profil post-confinement. Ça va permettre de cibler ce qu’on peut faire ou non à la reprise. Ceux qui sont positifs au Covid-19 ont un test cardiologique pour s’assurer que tout est en règle et qu’ils peuvent reprendre l’entraînement à très faible intensité.

Ils ont donné quoi ces tests, vous concernant ?

Après deux mois de pause, je suis au même point qu’en reprise de septembre où l’on n’a qu’un mois d’arrêt. Je me sens même mieux. Donc c’est positif. Après, on peut très bien avoir d’excellentes sensations et se faire les chevilles parce que les tendons sortent forcément fragilisés d’une telle pause. Ici, un pongiste qui n’avait jamais rien eu aux chevilles de sa carrière nous a dit s’être blessé deux fois pendant le confinement. Ça fait partie du travail des coachs de nous canaliser si on appuie trop sur l’accélérateur.

Avez-vous l’impression quelque part d’être revenu un an en arrière ?

J’ai l’impression d’être revenu un an en arrière mais pas à la même époque de l’année. Je dirais plus que là, on est en octobre 2019, on vient de reprendre la saison pour viser la qualif’ pour les Jeux olympiques. Sauf que la saison sera plus longue car en été, on n’aura pas la coupure habituelle du mois de septembre.

Qu’implique cette saison à rallonge, justement ?

Déjà, on ne peut pas reprendre physiquement au même niveau et pour le coup, ça ne servirait pas à grand-chose en l’absence de compétitions. La priorité pour le moment est de se réathlétiser, on a perdu de la masse musculaire, pris un peu de masse grasse, c’est normal vu ce qu’on vient de vivre. Avec les coachs, on se laisse deux mois pour retrouver un niveau d’avant-confinement pour tout ce qui relève de l’intensité des entraînements. Après, ce qu’il faut dire c’est que nous, on a de la chance de faire un sport pluridisciplinaire. Mais par exemple, on dit qu’en natation, il faut le double du temps d’arrêt pour retrouver le niveau d’avant. En tout cas, ici à l’Insep, tout est prévu pour qu’on retrouve sereinement notre quotidien de sportif de haut niveau.

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