Deux Alsaciens veulent faire rayonner les huiles d’olive de Provence

Daniel (g) et Corentin (d) veulent promouvoir l’huile d’olive française. — Daniel et Corentin

  • Corentin et Daniel, amis depuis les années lycées, ont explosé en quelques jours une campagne de financement participatif.
  • Ils veulent commercialiser des huiles d’olive d’excellence de Provence, trouvées chez de petits oléiculteurs.
  • Leur objectif est promouvoir « l’incroyable univers aromatique » des huiles d’olive françaises et aider la filière à s’imposer face aux importations étrangères.

Leur accent n’a rien du chant des cigales mais leur cœur bat pour l’art de vivre méditerranéen. Particulièrement pour l’huile d’olive qui, à leurs yeux, l’incarne le plus. Deux Alsaciens, Corentin et Daniel, amis depuis les années lycées à Strasbourg, ont explosé en quelques jours une campagne de financement participatif sur Internet avec plus de 600 % d’objectif atteint. Leur idée est toute simple : vendre de l’huile d’olive d’excellence sélectionnée chez les meilleurs mouliniers et petits producteurs du sud de la France, en Provence. Tse tse tse… Vous entendez les cigales ?

« Il y a une grosse disparité entre les huiles d’olive que l’on trouve en général dans le commerce et les huiles françaises qui existent en réalité. C’est souvent des mélanges de plusieurs huiles venant de partout et au final dans les rayons, on a un produit au goût neutre, standardisé. L’indication d’origine est vague, on peut lire parfois « UE/Non UE » », détaille Corentin. « Il n’y a pas de traçabilité, pas de transparence sur le mode de production. En France près de 95 % de l’huile d’olive consommée est importée alors que nous avons une filière française de grande qualité », poursuit-il intarissable.

Manque de débouchés

Pour les deux copains, un constat. « Paradoxalement, quand il y a une bonne récolte, ça fluctue pas mal dans l’huile d’olive car les oliviers sont assez capricieux, ça devient très difficile parce qu’il n’y a pas assez de débouchés pour les huiles d’olive françaises. Les oléiculteurs ont du mal à justifier leur prix, et par exemple, lors d’une bonne récolte comme en 2017, environ 1/6 de la production française n’a pas trouvé preneur. »

Une huile trop chère ? « La production est plus chère, pour diverses raisons, comme le prix du foncier. Ou bien encore parce que les oliviers, historiquement poussent sur les flancs de montagne, et c’est un endroit qui est extrêmement difficile à récolter et donc qui se fait à la main. D’où beaucoup de main-d’œuvre et celle-ci est plus chère en France. La plaine a été réservée au raisin et au blé, assure Corentin. Ils manquent de débouchés quand c’est une grande récolte, et lors d’une récolte normale, leur capacité de croissance est limitée pour tout un tas de raison. D’ailleurs en France, on pourrait exploiter beaucoup plus d’oliviers, mais beaucoup ne sont pas récoltés parce que ça ne vaut pas le coup. »

Une palette aromatique riche, comme pour le vin

Aussi Corentin et Daniel ont pris plein sud, direction la Provence, allant de moulinier en moulinier, d’oléiculteur en oléiculteur. « Ils nous ont fait partager leur passion, de quoi comprendre ce qui fait une huile d’olive de qualité, les particularités de chacune et c’est là qu’on s’est rendu compte qu’il y avait un terroir super riche. En fait, poursuit Corentin, chaque oléiculteur peut avoir en fonction de sa récolte, soit une ou plusieurs cuvées et chacune ont une spécificité incroyable, qui va du tout au tout. La palette aromatique de l’huile d’olive est comparable à celle du vin. » Et comme pour le vin, il y a trois familles, l’huile verte, la classique et la noire. « Certaines ont des arômes vraiment dingues, selon le système de fermentation des olives. Il peut y avoir des arômes de fruits rouges, chocolat, de noisette, d’artichaut, d’abricot… »

Résultat, les deux copains lancent une huile d’olive française, baptisée Óuliva, en précommande pour l’instant, sur le site de financement participatif. Avec une première bataille : « promouvoir cet univers aromatique et aider la filière à s’imposer face aux importations étrangères ». Et « comme pour tout grand cru », les deux amis comptent indiquer sur chaque bouteille le fruité, le domaine ainsi que l’année de récolte. Les cuvées achetées auprès des oléiculteurs partenaires « seront en série limitée car chaque production est différente, ça va permettre de décrire correctement et précisément l’unicité et les spécificités de chaque huile. »

Économie

VIDEO. Bouches-du-Rhône : Pourquoi la marque marseillaise Puget n’utilise aucune olive française (ou presque) pour son huile

Style

L’huile d’olive nouvelle, façon beaujolais: Apprenez à la déguster avec «20 Minutes»

10 partages