Des véhicules électriques de La Poste ont-ils fini à la casse prématurément ?

Un véhicule électrique de La Poste en mai 2020, à Nice. (illustration) — SYSPEO/SIPA

  • Sur Facebook, un texte repris par de nombreux internautes affirme que La Poste a mis à la casse, en 2015, une flotte de 250 véhicules électriques après seulement quelques années d’utilisation.
  • Ces publications dénoncent un gâchis économique et écologique.
  • La Poste confirme à 20 Minutes avoir rendu ces 250 véhicules électriques en « pré-déploiement » à leur constructeur, Citroën, après quelques années d’utilisation. La flotte a ensuite fini à la casse, comme nous le confirment deux témoins.

Alignés côte à côte, parfois empilés les uns sur les autres, les véhicules jaunes arborant le logo de La Poste semblent s’étendre à perte de vue sur les photos relayées par certains internautes.

Ce cimetière de Citroën Berlingo et de Peugeot Partner témoignerait, selon l’un des posts Facebook les plus relayés sur le sujet – avec plus de 15.000 partages –, d’un fiasco économique et écologique du groupe français, photographié en janvier 2015 : « Voilà comment ont fini les 250 Berlingo et Partner électriques que la Poste avait reçus seulement 4 ans avant. »

La légende du post Facebook viral sur les véhicules électriques de La Poste envoyés à la casse. La légende du post Facebook viral sur les véhicules électriques de La Poste envoyés à la casse. – capture d’écran/Facebook

« Pour l’anecdote, La Poste lance en 2007 un appel d’offres pour 250 véhicules électriques dans le cadre d’un plan visant à réduire de 20 % les émissions de CO2 de sa flotte, poursuit le texte. Ces 250 véhicules doivent assurer la livraison de courrier en milieu urbain. Le marché est remporté par le partenariat PSA-Venturi et une usine de production est alors installée dans la Sarthe, inaugurée par François Fillon, la première en Europe dédiée uniquement à la production de véhicules électriques. Un total de 1.000 Citroën Berlingo et Peugeot Partner « Powered by Venturi » est produit ». Et de préciser que La Poste déploie dans la foulée ses véhicules dans 13 agglomérations de France.

« En 2015 Venturi cesse toute activité de production de véhicules électriques. C’est à ce moment-là que les 250 véhicules reçus par La Poste sont simplement envoyés en destruction, et tous dans la même casse […] qui possède une accréditation spécifique pour la dépollution des véhicules électriques », conclut-il, en déplorant que « 10,6 millions d’euros dépensés par une entreprise publique, dont 1.25 millions d’euros d’aide de l’État, [se retrouvent ainsi] réduits en bouillie. »

Les photos accompagnant le post Facebook viral sur les véhicules électriques de La Poste. Les photos accompagnant le post Facebook viral sur les véhicules électriques de La Poste. – capture d’écran/Facebook

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, La Poste confirme avoir bien commandé, à cette époque, « 250 véhicules électriques Venturi qui ont été utilisés de 2010 à 2015 » : « Il s’agissait d’un pré-déploiement, c’était une manière de commencer à petite échelle pour tester, de voir comment ça fonctionnait et d’affiner nos usages et besoins par rapport à cette technique nouvelle à l’époque. »

L’entreprise, qui se refuse à « communiquer le montant de la commande car elle relève d’une négociation commerciale », précise en outre : « Conformément au contrat qui avait été signé, les véhicules, après cinq années d’utilisation, ont été revendus au constructeur. C’est une pratique de buy back assez courante dans l’industrie automobile. »

Jointe par 20 Minutes, la société monégasque Venturi nous indique que ce n’est pas à elle que La Poste a rendu les véhicules en question. Ils ont en effet été renvoyés au groupe Citroën, comme nous le confirme l’entreprise : « Conformément aux engagements pris avec le client La Poste, PSA a récupéré les Berlingo « powered by Venturi » à l’échéance du contrat dans une logique de buy back. Les technologies ayant évolué et certains composants devenant obsolètes le groupe a pris la responsabilité de ne pas remettre ces véhicules en circulation et de mandater EuroCasse pour en assurer le retraitement, batteries comprises. »

La casse en question, elle, nous explique ne pas « avoir d’historique sur la procédure [qui aurait été réalisée] en 2015 » puisqu’elle a été rachetée depuis. Elle confirme cependant que ses « salariés au poste de dépollution sont habilités à traiter des véhicules électriques et hybrides » et qu’elle dispose « des équipements de sécurité nécessaires pour la mise en stockage des batteries » de ce type de véhicule.

L'une des photos prises à la casse de Coulommiers. L’une des photos prises à la casse de Coulommiers. – capture d’écran/Facebook

« La plupart des véhicules étaient flambant neuf »

Morgan, l’expert automobile ayant pris la plupart des photos des véhicules électriques de La Poste aujourd’hui relayées sur Facebook, confirme à 20 Minutes les avoir prises il y a quelques années à l’EuroCasse de Coulommiers (Seine-et-Marne) : « A l’époque, je rachetais des pièces dans les casses pour les revendre sur Internet. Quand on est tombés sur ces véhicules de La Poste, avec deux de mes amis, on a ri jaune puisque c’était une hérésie totale de jeter des véhicules électriques d’à peine quelques années. »

Si Morgan publie quelques photos des véhicules dès le jour de sa visite, celles-ci ne deviendront virales qu’en novembre 2020, juste après avoir été partagées par Rafael, l’un de ses amis présents lors de la visite à Coulommiers, dans un groupe Facebook privé fréquenté par les amateurs de casses, comme 20 Minutes a pu le vérifier.

« A la base, j’ai posté une seule photo avec le texte résumant l’historique de ces véhicules dans le groupe, au cours d’une soirée où les membres racontaient ce qu’ils avaient vu d’exceptionnel dans des casses., Dans la foulée, j’ai rajouté trois photos de Morgan, et depuis le post a été repris un peu partout et modifié au fil de ses reprises », explique Rafael à 20 Minutes.

« La plupart des véhicules étaient flambant neuf, certains avaient encore du plastique sur les sièges, c’est moi qui aie noté le nombre de kilomètres, certains en avaient plus de 10.000 au compteur et d’autres moins de 1.000, probablement parce que dans certaines régions, ces véhicules ne roulaient pas beaucoup voire pas du tout. Comme il s’agit de voitures avec des batteries chaudes, il faut qu’elles servent régulièrement, parce que si elles restent débranchées, elles sont fichues au bout de deux semaines, c’est pour ça qu’elles ont fini à la casse », ajoute le mécanicien agricole itinérant.

« Depuis, La Poste a déployé des véhicules électriques à grande échelle »

Un tour d’horizon des articles de presse locale ou nationale de ces dernières années permet de confirmer l’historique de l’entreprise monégasque Venturi évoqué dans le texte viral. En 2010, L’Argus annonçait ainsi l’inauguration de son usine « d’assemblage de véhicules de Venturi et Voxan [comme] d’autres marques » dans la Sarthe, avec l’objectif d’y assembler, dans l’année, « 1.500 Berlingo et Partner ». Si le 250e véhicule de la flotte commandée par la Poste en 2009 lui a été livré en 2011, l’usine a bien fermé quatre ans plus tard, en mars 2015.

La Poste continue en tout cas aujourd’hui de recourir à une flotte électrique pour assurer ses services, comme le souligne l’entreprise, après l’éphémère recours à la flotte de pré-déploiement : « Depuis, nous avons déployé des véhicules électriques à grande échelle, après différents appels d’offres ».

Planète

Non, cette photo virale ne montre pas un véhicule électrique rechargé par un groupe électrogène à essence

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