Des data centers flottants au cœur des villes ? Le pari d’une start-up française

Ils passent souvent inaperçus, seules leurs grosses bouches de ventilation trahissent généralement leur présence. Indispensables au développement de nos usages numériques, les data centers sont de plus en plus nombreux sur la planète, en particulier dans les grandes agglomérations. Une croissance qui pose un problème environnemental, dans la mesure où leurs serveurs informatiques, déjà très gourmands en électricité, créent de la chaleur et ont besoin d’être refroidis en permanence pour fonctionner sans dommage. Des sociétés cherchent donc à résoudre ce casse-tête. C’est le cas de Denv-R, start-up nantaise portée par deux entrepreneurs trentenaires. Leur idée ? Utiliser la fraîcheur d’un fleuve, d’une rivière, voire de l’océan.

« On va récupérer les frigories d’un cours d’eau pour abaisser la température du centre de données via un système en circuit fermé. Sans pomper d’eau et sans autre climatisation », expliquent Vincent Le Breton et Maxime Rozier, cofondateurs de la société hébergée dans les locaux de l’école d’ingénieurs IMT Atlantique à Nantes. Ce procédé permettrait « d’abaisser de 40 % la consommation énergétique et de 40 % les émissions de C02 ». Pas une mince économie lorsqu’on sait que ces sites sont responsables de 2 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales.

Dans les villes, au plus proche des utilisateurs

Pour que son innovation soit optimale, Denv-R n’imagine pas des data centers installés sur un quai mais bel et bien sur l’eau, abrités dans une structure flottante en acier recyclable. « Un data center, il faut idéalement qu’il soit au plus proche de ses utilisateurs et donc dans les villes. Mais dans les villes le foncier est rare et cher. Sur l’eau, il y a de la place. On n’artificialise pas le sol, on n’a pas non plus besoin de créer une dalle épaisse sur un bâtiment existant », indique Vincent Le Breton.

Long de 10 m pour 8 m de large, ce « petit catamaran » ne mesurerait pas plus de 3 m de haut, ce qui « faciliterait son intégration » dans le paysage urbain. « C’est une solution de petite taille (200 kW), robuste et qui peut être déployée rapidement, dès lors qu’il y a un cours d’eau, insiste l’entrepreneur. Développer un réseau à l’échelle locale, ça a du sens. Surtout pour nous, Européens, qui utilisons beaucoup de technologies américaines, donc avec des données qui ne nous appartiennent plus vraiment. »

Sur la Loire en 2023 pour commencer

Soutenu par la région Pays-de-la-Loire, Denv-R mettra un démonstrateur en juin 2023, sur la Loire, quai Wilson à Nantes. Une première version estimée à 900.000 euros, dont 500.000 euros de fabrication. « Notre modèle est moins coûteux qu’un data center terrestre. On pourra accueillir des commandes assez rapidement », assure Vincent Le Breton, qui ambitionne à terme un déploiement international. En parallèle, Denv-R, qui proposera dès janvier une activité commerciale de cloud, réfléchit à une structure flottante un peu plus grosse pouvant héberger des bureaux. « On a reçu beaucoup de marques d’intérêt de clients potentiels, surtout pour un maillage de plusieurs data centers », assure Vincent Le Breton.

Hors d’Europe, la société californienne Nautilus Data Technologies travaille, elle aussi, sur un projet de data center flottant. Un premier modèle est d’ailleurs déjà opérationnel mais à partir d’une structure beaucoup plus grosse que celle de Denv-R et donc inadaptée aux centres-villes. « Son système de refroidissement nécessite aussi de pomper de grosses quantités d’eau, contrairement à nous », indique Vincent Le Breton. Quant à Microsoft, il planche sur des projets de centre de donnés placés dans des caissons immergés.